Pour accéder à la présentation d’un livre cliquez sur le titre correspondant.

On se souvient du film de Buñuel, « Cet obscur objet du désir » inspiré du roman de Pierre Louÿs, La femme et le pantin. C'est par un retour sur ce film que Gérard Bonnet nous introduit à ce petit livre collectif. Il relève que Buñuel a dans ce titre pointé les deux caractéristiques essentielles du désir en tant qu'il pose la place centrale de l'objet et qu’il caractérise cet objet par la difficulté à le cerner : son obscurité.

Avec Gérard Bonnet mais aussi un peu plus loin avec Monique Schneider nous sommes invités à revenir sur le premier rêve que Freud ait interprété dans son Interprétation des rêves (page 98 à 112) : L'injection faite à Irma. Le rêve révèle le désir de Freud de compenser les sous-entendus déplaisants de son ami Otto et de le mettre à son tour en difficulté. L’analyse fouillée que Freud en donne conduit à une conclusion sans appel : « Après complète interprétation tout rêve se révèle comme l'accomplissement d'un désir ». On serait amené aujourd'hui à nuancer quelque peu cette affirmation.

Monique Schneider élargit le travail d'interprétation de ce rêve par quelques questions : De quelle nature est l'injection ? Erotique ou médicale ?

Qui a des problèmes dans la gorge Emma ou Freud ?

Quel est le médecin mis en cause Otto ou Fliess dont Freud a été le patient ?

Un peu plus loin dans l'ouvrage Marjolaine Hatzfeld nous propose de rechercher ce qu'est devenu le désir chez Lacan : la satisfaction subjective qui relaye la satisfaction pulsionnelle.

À nouveau Lacan avec P.L.Assoun qui cite le Séminaire : « La seule chose dont on puisse être coupable, au moins dans la perspective analytique, c'est d'avoir cédé sur son désir», Pour introduire à la distinction essentielle entre envie et désir : le désir pose l'objet pour soi et sur le mode du manque.

L'ouvrage se termine par une nouvelle contribution de Gérard Bonnet qui à travers quelques illustrations cliniques montre comment l'idéal peut être vecteur du désir.

Au mitan de ce livre, François Gantheret nous entraine dans une expérience ancienne : la lecture qu’il fit à seize ou dix-sept ans du livre de Stefan Zweig : La pitié dangereuse. C’est l’histoire d’un jeune officier de cavalerie, en garnison, convié chez le châtelain local. Il invite à danser la fille de son hôte, ignorant que la jeune fille est paralytique, provoquant une vive réaction de sa part. Cherchant à faire pardonner sa bévue, par la jeune Edith et le père de celle-ci, il manifeste un empressement qui va susciter chez Edith des sentiments amoureux qu’il ne partage pas. Le piège se referme sur le malheureux : ou bien il devra sacrifier sa vie ou bien il plongera celle dont il a pitié dans un désespoir mortifère.

François Gantheret nous confie que ce récit a provoqué en lui un bouleversement des valeurs et la prise de conscience du désastre que peuvent provoquer la pitié, la bienveillance, l’altruisme. C’était là une porte ouverte sur les obscurités de l’âme. L’auteur poursuit cette approche de la nature mystérieuse de la psychè, au fil de chapitres qui se lisent dans l’ordre que choisit le lecteur au gré de l’attirance que provoquent les titres.

Ce cheminement passe par des prétextes divers : souvenirs d’enfance de pécheurs de truite et de voleurs de prunes, morceaux de séances d’analyse, bribes de conversations avec J.B.Pontalis, courts récits dont on ne sait s’ils sont purement imaginaires ou s’ils empruntent quelque chose à la réalité.

Chacun de ces fragments, outre le plaisir qu’il procure par l’élégance de l’écriture, invite à jeter un œil sur l’autre scène, stimulé par « le passage à l’acte » de l’interprétation suggérée.

Pourquoi avoir peur de guérir. Tout simplement parce que la maladie apporte des gratifications auxquelles on ne veut pas renoncer. Mais aussi parce que guérir c’est changer. Et le changement ne va jamais de soi. Il est évocateur de risques et de dangers.

Mais comment guérir. Patrick Delaroche fait du guérisseur l’ancêtre du psychanalyste. Voilà qui peut paraître choquant. Pourtant il remarque à la suite d’Ellenberger que l’utilisation thérapeutique de l’inconscient a été très antérieure à l’explicitation théorique de la découverte de l’inconscient.

De Messmer à Bernheim en passant par Puységur et Charcot on aboutit à Freud qui se passant de l’hypnose invente la psychanalyse.

Pour guérir il va falloir renoncer aux symptômes qui traduisent une interdiction de vivre, d’être heureux, de jouir. Ces symptômes assurent un équilibre intérieur et extérieur, douloureux sans doute mais dont il est difficile de sortir. Appuyé sur le transfert, l’analysant peut prendre conscience de ses déterminismes et dépasser ses symptômes.

L’auteur nous décrit cette prise de conscience à travers quelques cas cliniques et nous montre pourquoi, comment, en quel sens, la psychanalyse « guérit » !

Dans les sociétés traditionnelles le passage de l’enfance à l’âge adulte se fait par une initiation qui va structurer, par un rituel, la période de transition que traverse l’adolescent. C’est cette initiation qui va permettre de faire évoluer l’image de soi et de réviser la place que l’on occupe dans la famille et dans le groupe social.

Dans nos sociétés modernes ce passage traîne en longueur du fait de la durée de l’apprentissage et du retard à la prise d’autonomie.

Pourtant les adolescents sont toujours en quête de sens. Trouvent-ils un écho à leur interrogation chez les adultes ?

Ils sont aussi en quête de rîtes. Il faut bien constater que dans nos sociétés les rites disparaissent ou s’affaiblissent. Face à cette situation, on voit des adolescents chercher des substituts de rite : Beuverie, usage de stupéfiants, conduites à risque, stigmates corporels, pratiques vestimentaires excentriques.

Au travers de tout cela peut s’exprimer le désir d’être reconnu par ses pairs mais aussi par les adultes mais sur un mode qui n’est pas celui de l’intégration mais plutôt de la provocation.

Pour l’auteur les troubles du comportement pourraient bien être une ritualisation avortée comme une reconnaissance d’un échec de la communication entre l’adulte et l’enfant.

Philippe Jeammet n’apporte pas de solution toute faite aux parents mais il pose des questions dont il articule les tenants et aboutissants, laissant chacun poursuivre sa réflexion éclairée par l’analyse qui est proposée et trouver la position qu’il va prendre en relation avec sa propre sensibilité.

Dommage que le titre choisi par l’éditeur français soit si maladroit. Il introduit un faux sens sur le contenu de l’ouvrage. Mieux vaut s’en tenir au titre en anglais : «  The examined life. How we lose and find ourselves », que l’on pourrait traduire « Une plongée dans la vie ; Comment nous nous perdons et comment nous nous retrouvons ».

Stephen Grosz s’explique lui-même sur les intentions de son livre (1) : « J’ai soixante ans. J’ai une fille de dix ans et un fils de sept ans. Mon père a fait deux crises cardiaques à mon âge et ma mère est morte à soixante- quatre ans. Adultes. J’ai réfléchi à ce que je voudrais que mes enfants sachent si je ne suis plus là lorsqu’ils seront adolescents ou jeunes adultes. Faire une psychanalyse demande du temps et de l’argent et beaucoup de gens ne peuvent l’entreprendre. J’ai voulu exposer quelques- unes des choses importantes que j’ai apprises pour qu’elles puissent être utiles à ceux qui ne peuvent pas entreprendre une psychanalyse ou une psychothérapie.».

Stephen Grosz a fait ses études à l’Université de Californie, à Berkeley puis à Oxford. Il enseigne à l’Institut de psychanalyse à Londres et a installé son cabinet tout près de Musée Freud. En vingt-cinq ans de psychanalyse, il a passé 50 000heures à écouter ses patients. Dans ce livre, il rapporte quelques-unes de leurs histoires qu’il a suffisamment transformées pour respecter leur anonymat et pour la publication desquelles il a obtenu leur accord.

Il en résulte un recueil délicieux qui conduit le lecteur de surprise en surprise, avec un réel talent de narrateur.

On se souviendra longtemps de Peter qui a tenté de se suicider dans une armoire de sacristie et qui a joué un drôle de tour à son analyste.

On se souviendra aussi de quelques autres histoires distillées avec une exceptionnelle habileté dans le maniement du suspense : l’éternel fiancée, la femme trahie, le portefeuille perdu, j’aimerais autant pas… et quelques autres ; il y en a trente en tout.

Last but not least, ce livre est écrit dans une langue simple, éloignée de tout le jargon si fréquent dans les ouvrages de psychanalystes.

Un livres édifiant et rafraichissant.

(1) Dans un entretien avec Jessica Gross pour The Brooklyn Quaterly en octobre 2014.

Après sa formation en psychiatrie, Abram Kardiner, entreprit une première analyse avec Horace Frink, lui-même analysé par Freud, dans des conditions qui se révéleront dramatiques. Peu satisfait de cette expérience, Kardiner se rendit à Vienne, où il séjournera entre 1921 et 1922. Il y fit son analyse avec Freud au rythme de cinq séances par semaine. De retour à New York, Kardiner aborde l’anthropologie. Bien que n’étant pas lui-même anthropologue de terrain, il réunit en séminaire de nombreux ethnologues comme Linton ou Sapir. Son orientation anthropologique est marquée par l’hypothèse de « la personnalité de base » qui sera celle de l’orientation culturaliste de l’anthropologie américaine, en particulier de Margaret Mead.

Kardiner a critiqué l’orientation phylogénétique adopté par Freud, la conception d’un instinct immuable et réfuté l’existence d’un complexe d’Œdipe universel. Il a proposé de privilégier l’ontogénèse, l’histoire de l’individu dans sa culture.

A la fin de sa vie, Kardiner entreprit de raconter son expérience avec Freud dans un livre dont la simplicité et le brio séduisent le lecteur.

Il y donne un récit pittoresque de ce qui se passait autour du maître de Vienne et décrit le rituel mis en place Berggasse 19. Il n’hésite pas à pointer les limites de Freud : « Quand il avait situé le complexe d’Œdipe et repéré l’homosexualité inconsciente, il ne restait pas beaucoup à faire et il laissait au patient le soin d’opérer le travail psychique (Ducharbeitung) dont lui-même ne savait pas grand-chose ». (p.66 et sv).

Pour autant, Kardiner reconnait la valeur du travail qu’il fit avec Freud. Il souligne son « interprétation extrêmement pénétrante des rêves » mais aussi l’intuition fondamentale qu’eut - Freud du besoin de Kardiner d’être confirmé dans l’image de lui-même. Peut- est- ce la raison pour laquelle Freud se départit avec lui du silence qu’il gardait avec les autres analysants. Au point que Kardiner eut, à Vienne, la réputation de « celui auquel Freud parlait » et cela lui valut quelques succès mondains. C’est aussi la raison pour laquelle, Kardiner dit avoir retiré beaucoup de son expérience viennoise, en particulier lorsque Freud fit le lien entre sa réaction à un échec amoureux et le sentiment d’abandon ressenti lors de la mort prématurée de sa mère. Les paroles de Freud rapportées à cette occasion manifestent qu’il ne se contentait pas de neutralité bienveillante :

« La façon dont K. vous a traité est une répétition de votre réaction à la mort de votre mère. Cela vous renforçait dans votre sentiment d’indignité, d’abandon et de dépression. Mais aussi mauvaise qu’ait été votre réaction, je peux vous dire une chose – et que cela vous serve de leçon pour l’avenir- vous pouvez être au tapis, vous ne serez jamais battu » (p.54).

Freud m’a donné, ce jour-là, un coup de main dont j’avais bien besoin, commente Kardiner ce qui ne l’empêchera pas de nous donnera un peu plus loin dans le récit, une interprétation d’un rêve lié au transfert sur la personne de Freud qui sur le moment avait échappé à Freud lui-même. (p.48)

Kardiner termine son analyse avec Freud le 1er avril 1922. Il nous en a laissé un témoignage dont la liberté d’expression et l’humour réjouissent le lecteur.

Peut-on faire la pédagogie de l’inconscient ? Y en a-t-il une approche possible en dehors de l’expérience que l’on en fait par la voie de l’analyse.

Elisabeth Roudinesco s’est affrontée à cette gageure .Elle nous délivre dans ce livre la démarche qu’elle propose pour une pédagogie de l’idée d’inconscient.

Le livre est censé s’adresser à son petit-fils et il a été écrit après que l’auteur ait interrogé quelques enfants de 9 à 13 ans sur l’idée qu’ils avaient de l’inconscient, du rêve, du rêve, du cerveau et de la sexualité. Pour les enfants avant 12 ans, l’inconscient évoque « être fou, insensé, dingo ». Après 12 ans c’est plutôt « quelque chose qui me fait faire quelque chose que je ne veux pas, moi.

Pour l’auteur, tout commence par la métaphore de l’Iceberg. Cette masse de glace dont la partie immergée représente en volume 90 % de la part émergente, est une représentation du psychisme dont la partie inconsciente est beaucoup plus importante que la partie consciente. L’auteur associe, plus loin, l’Iceberg au drame du Titanic et au danger de l’illusion de toute puissance.

Dans ce petit livre on parle un peu de Freud, d’Artemidore, du voyage d’Ulysse et de l’histoire d’Œdipe mais aussi de la Guerre des étoiles. C’est pour l’auteur une synthèse de tous les grands mythes qui peuplent l’inconscient et ce sera pour le jeune lecteur une voie privilégiée pour accéder à la perception de cet aspect du psychisme.

« On trouve dans un conte de Grimm l’histoire d’un jeune homme qui s’en va courir les aventures pour faire l’apprentissage de l’angoisse. Laissons cet aventureux poursuivre son chemin sans nous soucier de savoir s’il va rencontrer l’épouvante. Mais je dirai seulement que cet apprentissage même est une aventure qu’il nous faut tous subir, si nous ne voulons notre perdition, faute de n’avoir jamais connu l’angoisse, ou en nous y engloutissant ; c’est pourquoi l’apprentissage véritable de l’angoisse est le suprême savoir.

Ange ou bête, l’homme ne pourrait éprouver l’angoisse. Mais étant une synthèse, il le peut, et plus profondément il l’éprouve, plus il a d’humaine grandeur, non pas au sens pourtant où les hommes l’entendent, comme une angoisse des choses extérieures, de ce qui est hors de nous, mais comme une angoisse produite par nous-même…

L’angoisse est le possible de la liberté, seul cette angoisse-là forme l’homme absolument, en dévorant toutes les finitudes, en dénudant toutes les déceptions. Et quel Grand Inquisiteur dispose comme elle d’aussi atroces tortures ? Et quel espion qui sache avec autant de ruse attaquer le suspect dans l’instant même de sa pire faiblesse, ni rendre aussi alléchant le piège où il le prendra, comme l’angoisse en sait l’art ? Et quel juge sagace s’entend à questionner ou à fouiller de questions l’accusé comme l’angoisse qui jamais ne le lâche, ni dans les plaisirs, ni dans le bruit, ni durant le travail, ni jour, ni nuit ? »

C’est par ce très beau texte de Kierkegaard que Gérard Bonnet nous introduit au livre qu’il vient de publier dans la nouvelle collection «  Psy pour tous ».

Il nous y propose une typologie de l’angoisse qui va donner quelques repères sur sa nature, sa genèse, son développement, son sens.

Et d’abord, l’angoisse originaire : celle qui est présente dès avant la naissance pour Françoise Dolto, celle qui accompagne l’accouchement selon Otto Rank, celle des premières heures pour Mélanie Klein, Bion ou pour Spitz, celle qui apparait à partir du huitième mois.

En tout cas, la clinique nous fournit de multiples exemples de la présence de cette angoisse originaire dont le sujet ne parvient à se débarrasser qu’au moment où l’analyse touche les circonstances qui lui ont permis de s’installer.

Pour l’angoisse liée à la naissance on parlera d’angoisse primaire. On voit bien là le caractère ambivalent de l’angoisse. Ce moment est marqué par la violence de la compression, la séparation mais aussi la libération, l’accès à l’’autonomie et à l’enrichissement des interactions.

Cette ambivalence que Gérard Bonnet illustre tout au long du livre et sur laquelle il conclura : « L’angoisse est féconde et porteuse de vie dès lors que l’on se parle »

Ce livre reprend deux articles parus en 1958 et 1963. Ils sont précédés d’une belle préface de Catherine Audibert. Dans le premier de ces articles Winnicott repère la capacité d’être seul comme marqueur de la maturité affective. Elle est liée, pour lui à l’expérience d’être seul en tant que nourrisson et petit enfant en présence de la mère. Le petit enfant fait l’expérience de la solitude bien que sa mère soit à ses côtés. Ce qui compte dans cette situation c’est la qualité de la présence maternelle et c’est ce qui va déterminer le devenir de la maturité affective.

A quelles conditions la capacité d’être seul peut-elle s’établir ? Elle exige l’existence d’un bon objet dans la réalité psychique de l’individu, qui lui donne suffisamment confiance dans le présent et dans l’avenir. Cette intériorisation lui permet d’être heureux même en l’absence de stimuli externes.

Le deuxième article de ce petit volume porte sur la communication et la non communication. Il invite à entrer dans le courant de la Self Psychology peu répandu en France. Winnicott y distingue la communication explicite indirecte qui passe par le langage et la communication silencieuse de personne à personne. Chacune d’elle doit trouver sa place.

Parlant de « mère suffisamment bonne », D.Winnicott  lance une expression devenue célèbre pour dire une façon d’être mère, mise en œuvre dans un juste équilibre qui évite autant l’envahissement que l’abandon. Bien des mères en font la fructueuse expérience.

Mais il arrive que versant dans un excès ou dans un autre, reproduisant les aléas de leur propre histoire, des mères ne puissent mettre en place les conditions nécessaires à une évolution favorable du psychisme de leur enfant. Brigitte Alain Dupré expose dans ce livre les blessures qui en résultent.

Ces atteintes de la relation mère-enfant touchent à l’estime de soi, à la capacité à entrer en relation avec l’autre, à la possibilité de s’accorder du plaisir, à la volonté de tracer son propre chemin sans verser dans la reproduction.

« Il est des plaies, écrit l’auteur dans son introduction, qui ne se referment jamais. On voudrait que leurs cicatrices s’effacent de notre peau d’adulte. Et pourtant comme des revenants, elles se réactivent à la moindre émotion, hypersensibles quand on les voudrait indolores. »

Il s’agit pourtant de savoir que faire de ces blessures, comment sortir de ces paralysies, par quels chemins fuir ces impasses, où trouver l’appui pour échapper à la dévalorisation de soi.

L’auteur, illustrant son propos de quelques vignettes cliniques marque les repères qui ponctuent ce travail intérieur passant par la différenciation, le processus d’individuation et une réelle ouverture aux autres.

Voici donc que nous sont livrées 199 lettres échangées entre Sigmund Freud et Mina Bernay entre 1882 et 1938.

La nature des relations entre Freud et sa belle-sœur Mina Bernay fait l’objet d’une polémique qui rebondit à chaque publication d’une biographie de Freud, à chaque parution d’un document touchant la saga freudienne.

La correspondance entre Sigmund et Minna publiée aujourd’hui dans sa traduction française ne permet pas de trancher définitivement sur une question qui ne le sera sans doute jamais. Elisabeth Roudinesco, dans une préface très documentée ne conclut pas sur ce point. Le champ reste donc ouvert aux commentaires plus ou moins bienveillants…

Mais l’intérêt de cette correspondance est ailleurs. Elle nous permet d’approcher l’organisation d’une famille juive au début du XX° siècle. Elle nous aide à percevoir dans quel contexte familial et social a pu se produire la naissance de la psychanalyse. « Elle témoigne, écrit Roudinesco dans sa préface, d’un moment essentiel de la vie du jeune Sigmund et de sa manière d’envisager ses relations toujours fusionnelles et conflictuelles avec ses proches : femmes, mère, sœurs, frères, beaux-frères, amis, tous issus de familles élargies. En lisant ces missives on découvre à quel point Freud fut marqué par ses origines familiales, un monde communautaire aujourd’hui disparu-celui des juifs germanophones de la fin du XIX siècle-, un monde au sein duquel les relations de parenté étaient strictement endogames : à Berlin, à Hambourg ou à Vienne.»

Plusieurs romans ont exploité récemment la fécondité de la période allant de la fin du dix-neuvième siècle à la première moitié du vingtième. Epoque riche en bouleversements intellectuels, sociaux, politiques, ayant vu surgir quelques personnalités exceptionnelles : Freud, Jung, Nietzsche, Zweig… Ces livres ont en commun d’articuler un récit imaginaire sur des repères historiques solidement documentés. Nous avons rendu compte ici de quelques-uns de ces ouvrages mettant en scène Freud, Jung et Nietzsche.

Le livre de Laurent Seksik qui appartient à cette veine nous propose le cas d’Eduard Einstein fils cadet d’Albert Einstein, né de son premier mariage avec Mileva Maric.

Le récit commence lors de la première hospitalisation d’Eduard au Burghölzli, le fameux hôpital psychiatrique sur les hauteurs de Zurich où Jung a commencé sa carrière.

Au fil des chapitres, l’auteur fait défiler différents protagonistes : Eduard s’exprime à la première personne du singulier. Les autres à la troisième.

Eduard : Il entre au Burghölzli, puis cure Sakel à Vienne, séjour chez sa mère et famille d’accueil. Albert Einstein : A Berlin au moment de la montée du nazisme, apprenant l’internement de son fils, se souvient des cours de Bleuler, Rorschach et Jung lorsqu’il était étudiant à l’Ecole Polytechnique de Zurich. Puis Albert part pour Princeton. Il obtient l’admission aux USA de son fils ainé Hans. Albert va s’établir à Clemson en Caroline du Sud. 

Milena : D’abord l’épreuve de l’entrée d’Eduard au Burghölzli puis les flash-back de la séparation d’avec Albert, les drames qui ponctuent les retours d’Eduard, le voyage à Vienne pour la cure Sakel. Et aussi le voyage à Novi Sad après le décès de la tante Zorka.

Le livre s’achève sur le commentaire éclairant d’une photo d’Albert et Eduard en mai 1933 et qui constitue la jaquette du livre.

Laurent Seksik ne prend pas partie quant à l’étiologie de la maladie d’Eduard :

  • Difficulté d’être le fils d’un génie porté aux nues ou voué aux gémonies, selon le lieu où l’on se trouve.
  • Hérédité issue de la branche maternelle : celle de la tante Zorka
  • Traumatisme de naissance lors d’un accouchement particulièrement difficile
  • Conséquence de la séparation d’Albert et Miléva lorsque Eduard avait quatre ans puis de l’éloignement d’Albert vécu comme un rejet
  • Effet délétère d’un secret de famille : la naissance et le quasi abandon d’une première enfant Lieserl née en janvier 1902 et morte de la scarlatine quelques mois plus tard après avoir été laissée à une nourrice dans le village natal de Mileva. Son existence n’a été révélée qu’en 1985 par la publication de la correspondance entre Miléva et Albert.
  • ou bien encore l’impossibilité de se hisser au niveau de la figure paternelle malgré les efforts déployés. Citation de Kant à l’appui : « Un haut degré d’ambition change des gens raisonnables en fous qui déraisonnent. »

Il est bon que la question reste ouverte.

La rire est une chose sérieuse avec laquelle il ne faut pas plaisanter disait Raymond Devos.

Marie Anaut, l’auteur de ce livre commence par mettre ce conseil en application : Dans la première partie de son livre elle dresse un vaste panorama du rire et de l’humour à travers les âges. Aristote évoquant l’entropélie, reprise par S. Thomas d’Aquin qui recommande le rire en finesse et conseille d’éviter les bouffonneries. Ciceron et Plutarque aussi ont théorisé l’humour et le rire.

Nous savons tous que Rabelais compte parmi les grands défenseurs du rire mais nous apprendrons de Marie Anaut à reconnaitre la place que tiennent Descartes et Spinoza dans cette galerie. Si bien que nous devrons attendre la mi-temps du livre pour aborder ce que nous laisse entendre son sous-titre « Traumatisme et Résilience ». A savoir : la clinique des effets thérapeutiques du rire.

Il s’agit de cette merveilleuse capacité de l’humour et du rire qui permet de prendre de la distance par rapport aux vicissitudes de l’existence et d’introduire de la relativité dans le tragique. Il y a de ce point de vue quelques expériences significatives : Celle par exemple de Norman Cousin qui a réussi à combattre la spondylarthrite ankylosante en utilisant les effets thérapeutiques du rire provoqué par le visionnage intensifs des films des Max Brothers.

Cette position sera théorisée dans le courant dit de la «  psychologie positive » qui privilégie l’autodérision sans agressivité comme outil psychothérapique.

Pour Freud, l’humour est un système de défense, des plus élaboré, contre la souffrance. Une référence s’impose à l’ « Essai sur le mot d’esprit et sa relation avec l’inconscient » (1905) mis à jour par son « Essai sur l’humour » (1928).

Dans la perspective freudienne, Lacan s’est aussi intéressé à l’humour, au rire, au clown. Ce qui fait comique c’est irruption de l’inattendu et cette irruption crée la distance bienfaisante. Il est vrai aussi que l’autodérision est une façon de prendre du recul vis-à-vis des traumatismes subis, d’éviter de provoquer la pitié dévalorisante et de métaboliser la souffrance vécue.

Des illustrations éloquentes nous en sont fournies au travers des récits d’enfance de Charlie Chaplin, Guy Bedos ou Jamel Debbouze. On en trouvera aussi le témoignage dans des œuvres littéraires comme « L’enfant » de Jules Vallès ou « Poil de Carotte » de Jules Renard. On décèlera dans ces histoires et dans ces œuvres, l’humour comme facteur essentiel de résilience.

Gérard Bonnet nous propose une nouvelle version de son livre paru en 2000. Cela même est l’illustration de ce que certaines analyses « terminées », l’analyste continue d’y penser et poursuit l’élaboration qui a été engagée dans la confrontation entre son propre inconscient et celui de l’analysant.

C’est donc une histoire très particulière que nous raconte ici Gérard Bonnet : Didier qui avait alors à peine dix-sept ans se trouvait seul au domicile de ses parents .Il a pris un couteau et s’est rendu chez une femme âgée, en face de chez lui. Il l’a poignardé jusqu’à ce que mort s’en suive puis il a transporté le cadavre et l’a caché dans un buisson. La nuit venue, il ira réveiller sa mère pour lui dire ce qu’il a fait. Jugé, il est confié à l’institution psychiatrique.

Il était interné depuis dix ans lorsqu’il a demandé au médecin qui le suivait, de pouvoir rencontrer un psychanalyste. Gérard Bonnet nous propose dans ce livre de parcourir avec lui quelques-unes des étapes qui ont jalonné cette démarche.

En exergue de cette entreprise, est rapportée ici, la thèse de Lacan, qui étudia le célèbre « cas Aimé » et aussi en 1933, le crime des sœurs Papin. Pour Lacan, ce type de passage à l’acte s’inscrit dans une dimension visuelle : c’est l’expression du désir de faire disparaitre une relation idéalisée devenue persécutive. Cette transformation s’étant produite en fonction des aléas de l’histoire personnelle du sujet.

Les premiers mois de l’analyse de Didier donnent l’occasion de présenter le personnage : il est l’avant dernier né d‘une fratrie de 11 enfants. Une maladie de nature non élucidée l’a amené à de multiples hospitalisations à partir de l’âge de sept ans.

Sa mère venait souvent le voir à ces occasions et lui consacrait beaucoup de temps. A l’adolescence, se manifestent des troubles du comportement qui inquiètent sa famille : fugues, cruautés vis-à-vis des animaux, agressions sexuelles.

Ce qui apparait dès le début du travail analytique, c’est que lorsqu’il parle du meurtre, on ne peut déceler chez lui, aucune trace de culpabilité mais par contre, il exprime de la culpabilité sur certains aspects de son comportement actuel à l’hôpital.

Il se révèle rapidement que le sentiment de toute puissance éprouvé aujourd’hui est en relation avec le souvenir d’avoir sa mère toute pour lui lors de ses hospitalisations. En l’hospitalisant, après son crime, on lui a donné l’occasion de retrouver une position imaginaire comparable, avec cette possibilité actuelle de conquérir « toutes les femmes ».

Il y a un autre lien à faire avec le sentiment de toute puissance : c’est le flou qu’il entretient auprès des experts et des soignants à propos du meurtre qu’il a commis en lien avec une certaine jouissance et une absence de culpabilité.

C’est alors qu’apparait à l’occasion d’un rêve et d’une confidence, le rôle que va jouer le dédoublement de l’image maternelle : d’un côté la mère toute puissante et source de vie, de l’autre côté « la vieille » dangereuse et mortifère.

Nous ne dévoilerons pas la suite du livre car à l’instar d’une intrigue policière, ce récit d’analyse est soutenu par un suspense que nous ne voudrions pas déflorer.

En tout cas, au fil des rêves et des associations, s’opère un dévoilement qui est une belle illustration de ce que peut produire une analyse conduite selon les règles.

La vie de Sigmund Freud a fait l’objet de nombreuses publications. Une polémique a été déclenchée il y a peu par Michel Onfray et quelques autres. A l’exception sans doute du livre de Peter Cray « Freud une vie » paru en 1988, les biographies vont souvent du panégyrique au pamphlet, sans éviter les erreurs factuelles, les interprétations abusives ou les pudiques omissions. C’est dire que l’ouvrage d’Elisabeth Roudinesco est le bienvenu. L’ouverture des archives Freud à la bibliothèque du Congrès de Washington en 2010 a permis de faire justice de certaines allégations colportées par des polémistes mal documentés : Par exemple, on n’a pas trouvé trace d’une liaison de Freud avec sa belle- sœur Mina. Et lors de son exil à Londres Freud n’a pas « abandonné » ses quatre sœurs âgées comme cela a été colporté.

De quoi s’agit-il donc ? se demande E. R. « Du récit de l’existence d’un homme ambitieux issu d’une longue lignée de commerçants juifs de la Galicie orientale, qui s’offre le luxe, tout au long d’une époque troublée - le démantèlement des empires centraux, la grande guerre, la crise économique, le triomphe du nazisme - d’être à la fois un conservateur éclairé cherchant à libérer le sexe pour mieux le contrôler , un défricheur d’énigmes, un observateur attentif de l’espèce animale, un ami des femmes, un stoïcien adepte des antiquités, un « désillusionneur » de l’imaginaire, un héritier du romantisme allemand, un dynamiteur des certitudes de la conscience… » (p.11).

Ce livre nous donne aussi l’occasion de croiser ceux et celles qui furent élèves et disciples puis , pour certains,  dissidents du maître de Vienne: Ferenczi, son plus proche , sorte de fils adoptif avec lequel il échange mille deux cent lettres ; Jung , brillant élève de Bleuler, déjà connu pour ses propres travaux quand il rencontre Freud, qui pense d’emblée en faire son dauphin…

Sur l’évolution de Jung on trouvera un développement complémentaire de celui de Roudinesco dans la monumentale biographie de Deirdree Bair parue en 2007. Sur la contreverse concernant l’attitude de Jung face au nazisme on pourra se référer aux interviews de Jung parues dans le recueil « C G Jung « parle », Buchet Chastel 1998.

Après avoir parcouru les évènements de la vie de Freud, nous avoir fait rencontrer ses disciples et sa famille, Elisabeth Roudinesco nous laisse sur cette belle évocation : « je l’imaginais brandissant sa canne contre les antisémites, mettant sa plus belle chemise pour visiter l’Acropole, découvrant Rome comme un amant éperdu de bonheur, fustigeant les imbéciles, parlant sans note devant des américains ébahis, régnant dans sa demeure immémoriale au milieu de ses objets, de ses chows-chows rouges, de ses disciples, de ses femmes de ses patients fous, attendant Hitler de pied ferme sans parvenir à prononcer son nom et je me dis que, pour longtemps encore, il demeurerait le grand penseur de son temps et du nôtre. »

Irvin Yalom occupe une place à part dans le paysage de la psychothérapie aux Etats Unis. A la fois par sa pratique, par la théorisation qu’il en a faite en particulier dans sa « Thérapie existentielle » reflet de son enseignement aux étudiants en psychologie, par les ouvrages spécialisés mais aussi plusieurs romans. A près de 80 ans il donne une nouvelle édition de « l’Art de la thérapie » - un recueil de conseils aux jeunes ou aux futurs psychothérapeutes.

Nous ne partageons pas toujours les points de vue exprimés par l’auteur, reflets d’une pratique dont la caricature a été récemment présentée dans une série télévisée venue des Etats-Unis. Mais les questions posées tout au long de l’ouvrage sont pertinentes, même si l’on n’adopte pas toujours les réponses apportées par l’auteur. Dans la perspective de ce livre – dialoguer avec un jeune psychothérapeute – c’est le questionnement qui est le plus utile.

Au fil de l’ouvrage, Irvin Yalom aborde la question de la nature de la relation entre le patient et le thérapeute et en particulier celle de la place de l’empathie dans cette relation. Citant Ferenczi qui disait demander quelquefois à ses patients : « Peut-être pouvez-vous m’aider à repérer certaines de mes insuffisances » Yalom fait descendre le thérapeute de son piédestal. Le voici mis dans la position de reconnaître ses erreurs éventuelles et de constater l’effet thérapeutique de cette capacité.

Au long des 85 courts chapitres qui jalonnent le livre, l’auteur explore les divers aspects de la relation psychothérapique et s’interroge sur l’ajustement de la proximité et de la distance qui conviennent. C’est autour de cette thématique que gravite l’essentiel de l’ouvrage bien que les aspects plus techniques : l’analyse des rêves, la prise de note en séance, le traitement des émotions… soient aussi abordés. Et c’est bien à propos des positions prises sur ce thème central que s’exprimeront principalement approbations, critiques ou réserves.

Tobie Nathan mène l’enquête sur le rêve et l’usage que l’on peut en faire, en vieille Europe, en Afrique, en Australie, en Amérique, en Asie...

Le premier principe énoncé est que le rêve doit être matière d’échanges : « Car en dernier ressort aucun rêve ne peut être interprété par le rêveur lui-même. »

Pour avancer dans son dessein, l’auteur propose – projet ambitieux- de croiser les acquis de la psychophysiologie et de la neurophysiologie avec les données anthropologiques sur la réception du rêve dans les différentes cultures et avec les hypothèses psychanalytiques dont la vulgarisation s’est répandue.

Il s’agit donc d’abord de faire le point des données actuelles de la neurophysiologie qui a fait des avancées considérables dans le domaine du rêve à partir de 1960 : la découverte des cinq stades du sommeil qui se succèdent durant un cycle de quatre-vingt-dix minutes. Le cinquième stade, celui du sommeil paradoxal désigne le sommeil plus profond mais aussi celui où l’activité électro-encéphalographies est aussi intense que durant la veille. C’est durant ce sommeil paradoxal que se situe l’essentiel de l’activité onirique.

Certains rêves, en particulier, les cauchemars pourraient apparaitre durant la première phase d’endormissement. Selon Michel Jouvet, le sommeil paradoxal permettrait une reprogrammation du cerveau suivant les données du code génétique c’est-à-dire une réinitialisation en tant qu’individu unique. Cette hypothèse est privilégiée par Tobie Nathan puisqu’il voit la fonction psychique du rêve comme « une machine destinée à faire en sorte que demain ce soit la même personne qu’aujourd’hui » et de ce point de vue, le rêve assurerait la continuité psychique de l’individu et lui permettrait de ne pas être « quiconque ».

Après avoir rappelé l’essentiel de la théorie freudienne concernant le rêve : « expression hallucinatoire du désir en vue de sauvegarder le sommeil », l’auteur nous invite à nous souvenir que dans de nombreuses traditions, le rêve a une fonction divinatoire. Il nous rappelle le caractère extrêmement complexe de certaines procédures divinatoires traditionnelles mais aussi comment les clefs des songes qui se sont succédé à partir de celle d’Artémidore d’Ephèse, à la fois lui empruntent bien des éléments en relation avec la mythologie grecque mais témoignent aussi d’évolution en relation avec la mythologie propre à leur temps.

Rappelant qu’« un rêve qui n’est pas interprété est comme une lettre qui n’a pas été lue », Tobie Nathan parcourt les différentes voies de l’interprétation dont aucune n’est exclusive des autres. Il illustre chacune d’une approche particulière d’un rêve proposé. Ce parcours fait la part belle aux diverses traditions

Regrettons seulement cette position paradoxale lorsqu’il s’agit de l’interprétation des rêves : Fidèle à une certaine tradition française, l’auteur ignore superbement le travail de l’école jungienne de psychanalyse qui a fait de l’interprétation des rêves son instrument privilégié.

On a beaucoup exploré et exploité le personnage de la mère envahissante. Patrick Avrane nous propose ici de nous tourner du côté du père pour mesurer à quel point il peut être parfois source d’encombrement. Encombrement dont l’origine peut être une présence qui devient embarrassante, ou une absence qui le rend défaillant. Il est vrai que dans la tradition freudienne, le père est toujours encombrant. Depuis celui de la horde primitive que les fils vont mettre à mort pour se débarrasser de celui qui s’approprie toutes les femmes jusqu’à Moïse, tué par les hommes de sa tribu, auxquels il veut imposer sa religion monothéiste. Sans oublier Œdipe, assassin du père, qui apparait inopinément en travers de son chemin.

Source d’encombrement, l’auteur n’oublie pas les pères de la psychanalyse qui dans le contexte sectaire de certains groupes sont vénérés comme des maîtres intouchables dans les colloques, séminaires et journées d’étude qui répètent à l’envie le canon des écritures, qu’il soit freudien, lacanien ou jungien.

Patrick Avrane nous parle aussi de l’encombrante dérobade paternelle en suivant le parcours de Patrick Modiano dans ses romans.

Comment une fille peut-elle se tourner vers un homme quand elle est trop encombrée par la pensée de son père nous demande encore l’auteur. Il nous conduit sur ce thème à une fine analyse de la toile de Vermer : « la jeune fille au verre de vin ».

Freud fut-il en particulier pour Anna un père encombrant ? C’est sur cette question que Patrick Avrane termine son livre. Il nous rappelle à ce propos l’épisode du voyage à Londres d’Anna, en 1914, la rencontre avec Ernest Jones et la lettre de Freud à ce dernier pour « protéger » sa fille. Puis c’est l’analyse d’Anne par son père et en 1925 la lecture par celle-ci, au congrès de Bad Hombourg, de l’intervention préparée par son père : « Quelques conséquences psychiques de la différence anatomique des sexes ». Patrick Avrane conclut : « Ici le père encombrant protège du souffle de l’Autre. »

Paul Tonka –c’est le pseudonyme que l’auteur a choisi- rend compte dans ce livre émouvant de son parcours de schizophrène, aujourd’hui en rémission. Il décrit les traitements suivis : psychotropes et accompagnement psychothérapeutique. Il relève que les troubles sont apparus au terme d’une enfance et d’une adolescence marquées par le doute et l’insécurité.

Pour autant cela n’entraîne pas pour lui la responsabilité de l’environnement familial dans l’apparition de ses difficultés. L’auteur remarque avec finesse que les réactions individuelles à telle ou telle situation sont éminemment variables : une perturbation émotionnelle mineure peut avoir un grand retentissement chez un individu alors qu’un traumatisme important sera surmonté sans gros dégât psychique chez un autre.

Pour autant, les évènements et les relations extérieures vont aussi jouer un rôle dans l’évolution de la psychose. En particulier les pratiques pathogènes de l’adolescence : l’isolement, l’addiction à la télévision, le poids de la pornographie avec leur cortège de marginalisation et de culpabilisation. Dans la foulée va se développer la tendance paranoïde.

Cela nous autorise-t-il à faire l’hypothèse que la rencontre de Polo avec le féminin, avec son « Anima » a pu être à un moment donné problématique. Peut-être est-ce ce dont il s’agit lorsqu’il évoque « La Paimpolaise » : une petite fille que j’ai rencontrée lorsque j’étais moi aussi petit garçon ; je ne peux pas dire que je l’ai vraiment connue. Elle est passée dans ma vie comme un esprit. Blonde aux yeux bleus, douce et vive, attentionnée, sans jamais brûler mon cœur…Je n’ai pas cherché à la retenir…Cela fait bien longtemps que je ne l’ai vue mais elle a gardé en moi une puissance d’évocation hors du commun. »

Peut-être aussi le rapport à cette image est-elle source de la créativité qui permet à Polo Tonka d’écrire.

Le pervers narcissique est à la mode. Les ouvrages sur ce thème fleurissent aux vitrines des librairies ; les articles de presse se multiplient. Le thème a toutes les caractéristiques qui peuvent attirer le lecteur : On subodore de la violence, de la psychologie, quelque chose de sulfureux.

Il y a du bon et du moins bon dans cette production éditoriale.

Le livre de Dominique-France Tayebaly mérite d’être signalé. Il expose largement le parcours du pervers et de sa victime à travers quelques cas cliniques et exemples empruntés au cinéma. Il nous propose la description des comportements pervers et des relations qu’ils induisent mais surtout, l’auteur met l’accent sur ce qui caractérise la perversion : les intentions très particulières qui visent à détruire l’autre et à saboter la relation. Exposer le comportement pervers et le stigmatiser peut être utile mais plus encore il importe de décrire la façon dont la victime va entrer dans le système pervers car il n’y a de perversion narcissique que s’il se trouve une victime pour s’y soumettre et collaborer. Il n’empêche qu’il est des situations où il est difficile de se soustraire à l’emprise du pervers. C’est souvent le cas dans le cadre familial où la violence de la pression sur un enfant peut être irrépressible – pour un temps.

Dominique-France Tayebaly s’interroge donc sur les manières d’échapper à la perversion : elles reposent essentiellement sur la restauration de l’image de soi et sur l’instauration de relations positives, amicales ou thérapeutiques. Enfin, et ce n’est pas le moindre intérêt de ce livre, il insiste sur l’intention qui préside à la perversion narcissique – celle-ci n’est pas une structure psychique mais un comportement porté par une intention. Cette perversion se manifeste dans une relation. C’est à dire qu’il serait bien facile de faire l’économie de la question de la participation et de l’adhésion de la victime.

« Que pouvons-nous en retenir ? Que la mise en œuvre de la perversion n’est pas une maladie mais un choix. Que personne ne peut s’en déclarer exempte, à priori. Qu’elle se fonde sur la haine de l’autre, même si elle le nie et même si elle l’habille aux couleurs de la normalité avec force séduction. Qu’elle pratique l’inversion, le renversement, le retournement comme mode privilégié d’emprise ».*

*Severio Tormasella, préface, p.7

Un texte inédit de Jung, en français, vient d’être publié par ce petit éditeur girondin. Il s’agit d’une conférence donnée par Jung à l’Institut Métapsychique de Genève en 1928. Le texte est écrit en français par Jung ou au moins révisé par lui dans cette langue ce qui est particulièrement intéressant puisqu’il connaissait très bien les nuances du français.

La première considération développée ici par Jung concerne son épistémologie. Il cite la formule rendant compte de la vision Aristotélicienne et Thomiste « Nihil est in intellectu, quod non antea fuerit in sensu ». Il nous introduit par là aux quatre fonctions psychiques dont il donne dans ce texte une définition particulièrement limpide. La sensation nous dit ce qui est. La pensée est cette fonction qui nous renseigne sur le sens et la signification de la réalité : « La pensée nous dit ce qu’une chose signifie ». Le sentiment détermine la valeur émotionnelle d’une chose : « Le sentiment nous dit quelle valeur elle a pour nous ». La quatrième fonction concerne les relations que nous ne voyons pas et dont nous savons qu’elles existent. Il l’appelle l’intuition.

Ces fonctions sont mises en œuvre selon Jung par une énergie qu’il appelle impulsion et qu’il origine dans l’instinct.

On notera ici le vocabulaire différent de la notion freudienne de pulsion. On a remarqué que la pulsion freudienne s’origine dans le corps tandis que l’impulsion s’origine dans l’instinct, lui-même issue du corps. Face à l’impulsion se trouve une énergie dont dispose la conscience et que Jung nomme la volonté : « une impulsion assujettie à la conscience » et qui est essentiellement un produit de la civilisation dont la formation peut-être étudiée historiquement.

Il faut relever au passage l’illusion qui porte encore Jung en 1928 à penser que l’homme civilisé n’a pas besoin des rites des primitifs car il a suffisamment de volonté. Il lui faudra attendre 1936 (son essai intitulé Wotan) pour reconnaître l’irruption possible de la barbarie dans la civilisation.

Voici donc mis en place les éléments dont Jung compose la structure de l’âme.

Les quatre fonctions sont disposées comme les deux diamètres perpendiculaires d’une roue : l’intuition au nord, la sensation au sud, la pensée à l’est, le sentiment à l’ouest. L’axe du moyeu porte l’impulsion qui vient du bas et la volonté au dessus.

Ayant discuté de l’origine des éléments psychiques qui constitue la conscience : intérieur ou extérieur, Jung conclue à leur double origine. Partant du mythe du héros, il introduit la notion d’archétype et il termine son propos en évoquant diverses figures de l’intériorité : l’anima (âme féminine dans l’homme), l’animus (âme masculine chez la femme), la figure du vieux sage et celle de l’ombre. Ces figures parmi d’autres, Jung les voit non comme une acquisition personnelle mais plutôt comme un héritage collectif.

Serge Tisseron a été l’analysant de Didier Anzieu. Il nous rapporte dans ce livre quelques échos de cette expérience.

Didier Anzieu né à Melun en 1923 a d’abord reçu une formation de philosophie à l’Ecole Normale Supérieure. Après sa licence de psychologie, il exerce la psychologie clinique au Centre Claude Bernard puis au service de Dermatologie du Professeur Graciansky. Sa thèse d’Etat sous la direction de Daniel Lagache sur l’auto-analyse annonce son ouvrage : « L’auto-analyse de Freud et la découverte de la psychanalyse » publié en 1959, qui est devenu un classique.

En 1949, il commence une analyse avec Lacan, ignorant que sa mère avait été la patiente de celui-ci à l’hôpital St Anne et que Lacan en fit le fameux cas « Aimée » dans sa thèse de médecine : « De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité » (1932).

C’est lors d’une conversation avec sa mère qu’Anzieu apprend la vérité. Lacan, de son côté, avoue n’avoir reconnu cette circonstance qu’au cours de la cure. Cette histoire extraordinaire se poursuit pour Anzieu par son entrée à la S.P.P. en 1953 et la deuxième tranche de son analyse avec Georges Favez.

En 1953 il avait suivi Lagache et Lacan et adhéré à la Société française de Psychanalyse mais en 1964 la rupture avec Lacan est consommée et il est l’un des fondateurs de l’Association Psychanalytique de France.

De 1954 à 1963, Anzieu fut professeur à l’Université de Strasbourg. Nous eûmes pour notre part l’occasion d’y apprécier la clarté et l’élégance de son enseignement.

En 1963 Didier Anzieu est élu professeur à la Sorbonne et il participe à la création de l’annexe de Nanterre. Il y traverse sans dommage les remous de mai 68.

C’est en 68 que parait un ouvrage qui devait devenir un classique : « La dynamique des groupes restreints » qui se situe dans la ligne du travail poursuivi depuis 1962 avec la fondation du CEFRAP où l’on pratique le psychodrame analytique et les groupes de diagnostic.

A partir de 1972 il fonde chez Dunod deux collections d’ouvrages où il accueille des travaux touchant à la psychanalyse et à la psychologie sociale et il se consacre à ses propres ouvrages dont le plus célèbre : « le Moi-peau » paru en 1985. Didier Anzieu demeurera l’un des plus brillants éléments de la troisième génération psychanalytique française.

Le livre de Serge Tisseron nous propose une autre approche de la personnalité d’Anzieu. Il nous introduit dans son cabinet d’Analyste et donne un aperçu du style du praticien. Il nous décrit la relation mise en œuvre par Anzieu dans l’analyse à l’opposé de celle que l’on dépeint parfois caricaturalement : froideur et silence.

Sandor Ferenczi et Michel Balint avaient déjà avancé l’idée de l’opportunité d’une relation empathique dans l’analyse, Tisseron trouve chez Anzieu cet accueil sécurisant qui exclut le silence systématique, le langage énigmatique, le refus des émotions partagées. Il relève aussi ce qu’il est légitime d’attendre d’un analyste : une présence et une écoute qui est manifestée c’est-à-dire qui s’exprime par des paroles, des mimiques, des attitudes, le langage du corps. L’émotion a aussi sa place dans ce travail partagé : émotion exprimée par l’analysant, acceptée, nommée et reconnue comme telle par l’analyste et reconnue, pourquoi pas avec émotion.

Un autre aspect du travail réalisé avec Anzieu a été particulièrement important pour Tisseron. C’est la capacité à accueillir et élaborer les souvenirs de traumatismes passés. On le sait, Freud s’était peu préoccupé de cette démarche mais Ferenczi y a été très sensible et a ouvert le champ exploité ensuite par Abraham et Maria Török.

Au fil des souvenirs de séance on aborde bien des points clés du travail analytique : l’interprétation, la sublimation, l’image des métaphores, le plaisir partagé...

Finalement l’évocation de ces souvenir d’Analyse avec Didier Anzieu se révèle l’occasion pour Serge Tisseron, de revisiter les pratiques de l’analyse classique et de pointer les évolutions nécessaires aujourd’hui.

Les livres de psychologie écrits dans un langage simple et clair sont rares. Celui-ci mérite d’être salué.

Pierre Delion s’adresse aux enfants mais les parents trouveront plaisir et intérêt à la lecture de son ouvrage.

L’auteur aborde les stades du développement psychique de l’enfant et pointe les questions qui se posent à chaque étape, les pièges à éviter, les perspectives ouvertes.

Au fil des pages, Pierre Delion nous entraine à une compréhension plus fine du petit d’homme. La notion de représentation est centrale dans son propos et se retrouvera évoquée tout au long du livre. Quant apparait la « toute puissance infantile » doit s’imposer la nécessité de la limiter avec efficacité mais sans trop de brutalité. C’est l’expérience de la contrainte liée à la réalité et particulièrement à la vie en société.

Dans une langue très concrète l’auteur propose ses commentaires sur l’apprentissage du langage, la différence des sexes, la période de l’Œdipe et l’angoisse de castration.

Le travail fait précédemment sur les représentations va permettre une bonne approche du fantasme et conduire à une interrogation utile sur développement de l’imaginaire dans l’éducation.

Voilà bien sur qui conduira à s’interroger sur l’espace laissé à la télévision qui peut concurrencer ce développement. Le livre se termine sur une présentation du métier de pédopsychiatre et l’évocation de ce que peut être une psychothérapie.

Jean pierre Winter a donné au début de l’année 2012, une série de trois conférences au Collège des Bernardins à Paris dans le cadre d’une exploration des « défis de la transmission ». Ce sont ces communications qui sont proposées ici et qui abordent la transmission du savoir, la transmission dans la famille et la transmission de la religion.

Sur le premier point, Winter cite l’affirmation de Freud : « Le petit bonhomme est déjà entièrement formé dès la quatrième ou la cinquième année et se contente de manifester plus tard ce qui a été déposé en lui à cet âge. » (1)

Et partant de là l’auteur pose la question de savoir : que fait l’enseignant lorsqu’il enseigne ?

Pour reprendre encore l’expression de Freud, quatre à cinq ans c’est l’âge ou celui qui était appelé « pervers polymorphe » devient « métaphysicien » !

C’est à cette époque que se produit ce que Françoise Dolto appellera le miracle de la lecture : « ça a été pour moi un miracle, comme ça, d’une seconde à l’autre, la lecture ça voulait dire quelque chose. » (2)

S’appuyant sur cet exemple et quelques autres, Winter affirme donc que la pédagogie consiste à laisser émerger une curiosité, une vie de la pensée, une aptitude qui existe en chacun et qui est pour chacun particulière. La psychanalyse, nous dit Winter est une anti pédagogie au sens ou ce qu’elle prescrit aux pédagogues c’est de ne pas contrarier le rapport à la castration ; c’est-à-dire le rapport à l’incomplétude de l’être.

Quant à la transmission familiale, il faut revenir à Freud qui soutient que la transmission est indépendante de notre volonté e qu’elle ne suit pas nécessairement l’ordre des générations. Winter propose quelques exemples cliniques pour illustrer cela et en particulier le sien comme expression éloquente de transmission transgénérationnelle.

Dans la troisième étape : Transmission et religion, l’auteur se place dans sa propre tradition : le judaïsme. Il y décèle comment les enfants commencent d’abord par se créer un Dieu à leur façon avant qu’ils ne se mettent à interroger leurs parents à cet égard. Pour le reste, les commentaires de l’auteur sur les livres bibliques sont marqués par la lecture personnelle qu’il en fait tout autant que par sa référence constante à Jacques Lacan.

(1) Introduction à la psychanalyse, PBP, Paris, 1968.
(2) Françoise Dolto, Archives de l’Intime, Gallimard, 2009.

C’est une expérience banale de constater que ceux à qui l’on fait du bien n’expriment pas toujours de la reconnaissance mais qu’ils manifestent une certaine agressivité à l’égard de leurs bienfaiteurs. On peut ne pas se contenter de s’en lamenter et d’en exprimer une indignation moralisatrice.

Le livre de Gabrielle Rubin est de nature à nous aider à comprendre ce phénomène. Elle s’appuie sur les travaux de Marcel Mauss qui a montré qu’autour du don il y a trois obligations : l’obligation de donner, l’obligation de recevoir et l’obligation de rendre. Cela a été relevé dans les sociétés primitives mais se retrouve aussi dans le fonctionnement de nos sociétés modernes, du moins dans les relations entre adultes.

En effet les relations entre parents et enfants ne sont pas régies par cette loi. Il est normal que les parents donnent à leurs enfants les soins et l’amour qui leurs sont nécessaires sans en attendre d’autre retour que leur adhésion à la vie. Cette économie d’échange devrait évoluer lorsque l’enfant grandit et s’oriente vers la réciprocité normale entre adultes. Ce n’est pas toujours le cas : Des adultes en état d’immaturité affective attendent qu’on(les autres, la société) leur donne, sans retour de leur part. Il arrive aussi que des personnes aient du mal à recevoir. Elles sont "gênées" quand elles reçoivent un cadeau, une libéralité. Ces comportements peuvent s’enraciner dans la persistance d’un narcissisme primaire. Ils peuvent aussi, dans le 2e cas, provenir d’une dette ancienne, réelle ou imaginaire, consciente ou inconsciente, sous ou sur évaluée ou encore d’une dévalorisation de l’image de soi.

A partir de là, Gabrielle Rubin nous propose de parcourir quelques cas cliniques dont Colette qui porte la culpabilité et la dette de la mort de son jumeau lors de sa naissance et qui se retrouve dans un rapport de sadomasochisme avec son mari.

Le livre se termine par une élégante analyse de la célèbre pièce d’Eugène Labiche : "Monsieur Perrichon" qui donne une belle illustration de ces mouvements : on en veut à qui nous fait du bien. On éprouve de la sympathie pour celui dont on est bienfaiteur.

La question de la fin de l’analyse a été abordée par Ferenczi, dans une conférence, dès 1927. Dix ans plus tard, Freud reprend le thème dans « Analyse finie et analyse infinie ». A plusieurs reprises, Lacan prend position sur ce sujet dans le « Séminaire » en particulier celui du 13 janvier 1954 et celui du 11 juin 1958.

Nicole Molinconi illustre cette problématique. La séparation qu’elle évoque n’est pas celle d’un couple mais celle de l’auteur et de sa psychanalyste. Sa dernière psychanalyste faut-il préciser car deux autres l’ont précédée.

Ce n’est pas le moindre intérêt de ce livre que d’évoquer les différences de style de ces praticiens et en conséquence la diversité de leurs effets.

A propos de cette fin d’analyse, l’auteur nous fait partager ses hésitations, ses craintes, l’élaboration de sa libre décision. Elle nous dit aussi quelque chose du cadre ; de celui de sa dernière analyse et des précédentes : séances brèves et séances longues, variations sur le silence et la parole. Mais encore elle nous décrit les échanges de propos, le va et vient des regards, toute une phénoménologie de la séance. Mais il faut le dire une phénoménologie bien particulière, celle de Nicole Malinconi qui ne sera pas celle d’un autre.

Le vécu de la séance comme celui de l’analyse est une expérience singulière.

C’est particulièrement de cette singularité que Nicole Malinconi rend compte avec brio.

Emma Rauschenbach est née à Schaffhouse, dans une boucle du Rhin, le 30 mars 1882. Elle appartient à une famille bourgeoise qui doit sa fortune industrielle à Johannes son grand père dont le caractère entreprenant a assuré l’aisance de la famille.

A 16 ans Emma va passer quelques mois à Paris, chez des amis de ses parents. C’est peut-être là qu’elle découvre « La légende du Graal » dans la version de Chrétien de Troie dont l’étude l’accompagnera toute sa vie.

Beaucoup plus tôt, à 11 ans , elle doit apercevoir Carl Gustave Jung qui a 17 ans pour la première fois. C’est dix ans plus tard que les choses se décident : fiançailles en octobre 1901 et grand mariage en février 1903.

Le jeune couple va s’installer au Burghölzli où Jung est médecin assistant auprès d’Eugène Bleuler. Dès le début, Emma collabore aux recherches de Jung par exemple au test d’associations mis en œuvre avec Ludwig Binswanger et Franz Riklin. Elle participe aussi à l’élaboration de l’ouvrage « Métamorphose et symboles de la libido» (1912).

En 1904 naît le premier enfant du couple Jung. C’est aussi l’année où Sabina Spilerein commence sa cure avec Jung. Une relation qui provoquera les premiers remous dans la vie du couple Jung.

La famille s’agrandit rapidement : En 1906 une autre fille, puis en 1908 un garçon. Enfin, la dernière fille en 1910. C’est une des raisons qui amène le Jung a quitter le Burghölzli pour emménager dans la belle maison qu’ils font construire à Küsnacht, au bord du lac de Zurich.

En 1907, Carl Gustave Jung et Emma rencontrent Freud à Vienne. Emma gardera jusqu’au bout des relations personnelles avec Freud. Malheureusement Emma a détruit sa correspondance mais nous avons accès aux six lettres qu’elle a adressées à Freud. L’une d’elle en particulier, du 6 novembre 1911, exprime la grande maturité psychique à laquelle elle est parvenue. (1) Elle en aura besoin lors de la prochaine bourrasque qui va secouer son couple avec l’arrivée de Toni Wolff. A cela s’ajoute, à compter de 1913, la plongée de Jung dans une introversion radicale. Dans ces circonstances Emma doit faire face, protéger, assurer la sécurité de la famille. Et c’est avec Toni Wolff particulièrement que Jung partage les émotions de cette exploration intérieure. Ce fut pour Emma une situation terriblement difficile et douloureuse.

A partir de 1944 une certaine prise de distance avec Toni Wolff va rendre la vie d’Emma plus calme. C’est un parcours plus apaisé marqué tout de même par les accidents de santé de Jung qui va constituer la dernière période de la vie d’Emma Jung qui s’achève le 21 novembre 1955.

Imelda Gaudissart a rassemblé dans ce livre les informations disponibles sur la vie d’Emma. Les sources ne sont pas nombreuses. L’auteure a bien sûr exploité la monumentale biographie de Deirdre Bair. Elle a aussi interrogé les membres de la famille de Jung et diverses correspondances qui touchent à l’objet de son écrit.

Il reste que le livre est marqué par la subjectivité de l’auteure. Si les éléments bibliographiques sont présents, l’ouvrage reste impressionniste. Il reflète largement les points de vue, les jugements, les intuitions, voire les projections d’Imelda Gaudissart.

Pour un contact plus direct avec Emma Jung on ne manquera pas de consulter son petit livre « Anima et Animus » (2) et son travail sur la légende du Graal poursuivi et édité par M. L. von Franz. (3)

(1) S. Freud C. G. Jung, Correspondance, t II, p. 213, Paris, Gallimard,1975.
(2) E.Jung et J.Hillman, Anima et Animus, Seghers, Paris, 1981.
(3) Emma Jung et M.L.von Franz, Albin Michel, Paris, 1988.

Jean-Baptiste Pontalis nous a quittés le mardi 15 janvier 2012. « Le laboratoire central » dont nous rendons compte aujourd’hui sera donc un de ses derniers recueils publiés.

C’est sans doute le fameux « Vocabulaire de la Psychanalyse » qui a rendu son nom familier à des générations d’étudiants. Il est un représentant de « l’analyse profane » pour reprendre l’expression de Freud à propos des analystes qui ne sont pas passés par la filière médicale. Pontalis a d’abord été professeur de philosophie. Il fréquente Sartre et Merleau Ponty, commence une carrière éditoriale et effectue son analyse didactique avec Lacan mais ne sera jamais au nombre de ses thuriféraires inconditionnels.

Il faut rappeler qu’en 1960, il signe le manifeste des 121, en faveur du droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie.

« Le laboratoire central » est un recueil d’entretiens parus entre 1970 et 2012. On y trouve des éléments bibliographiques exprimés ou filtrés, selon le degré de provocation de divers interlocuteurs.

Avec Roland Jaccard, on touche à plusieurs aspects de la relation entre psychanalyse et politique. Le débat avec Marcel Gauchet, sous le titre « Détournement » propose un parcours sous les ombres de quelques grands esprits : Proust, Sartre et Lacan bien sûr. Une occasion pour Pontalis de s’interroger sur l’art du suspens chez Lacan et ses effets de fascination. Avec Michel M’Uzan , c’est la question des rapports entre psychanalyse et écriture qui est abordée et plus précisément l’interrogation sur « écrire la psychanalyse » mais aussi sur les rapports entre analysant et écriture, analyste et écriture.

L’un des derniers textes du recueil – le laboratoire central- entre dans le débat qui agite le monde analytique depuis une dizaine d’années sur la formation des analystes et des psychothérapeutes, sur ce qui sépare et unit la psychothérapie et la psychanalyse.

Les dernières lignes de ce texte méritent d’être rapportées ici en conclusion : « Si la psychanalyse a réussi à résister, à tenir bon, après avoir subi de toutes parts pendant un siècle tant d’attaques venues de l’extérieur, après avoir connu tant de luttes internes, après que tant de sottises ont été proférées en son nom, que tant de passions basses se sont déchaînées en son sein, je me dis qu’elle tiendra encore bon quelques temps. Encore un effort, camarades ! » (p.181)

Cette belle édition nous livre les lettres de Freud à Fliess entre 1887 et 1904, le temps que dura leur amitié. On sait que Freud détruisit les lettres de Fliess, préoccupé de ne pas dévoiler les péripéties de sa relation avec son ami.

Les lettres de Freud nous sont parvenues grâce à un heureux concours de circonstances. En 1936, la famille de Fliess, sur le point de quitter l’Allemagne, vend les lettres de Freud à un libraire qui les propose à Marie Bonaparte. Celle-ci en fait l’acquisition et en informe Freud qui manifeste de vives réticences au projet que ces lettres soient un jour publiées : « je n’aimerai pas que la soi-disant postérité puisse avoir connaissance de quoi que ce soit dans ces lettres » écrit-il le 3 janvier 1937 à Marie Bonaparte.

Pourtant ces lettre ne sont pas seulement l’écho d’une amitié passionnée, touchant reflet de la sensibilité humaine de Freud. Elles marquent aussi les étapes, les hésitations, les interrogations du fondateur de la psychanalyse.

Elles manifestent que celle-ci n’est pas sortie toute faite de la recherche freudienne mais qu’elle a constamment été objet de corrections, d’impasses, de retours, de vérifications. Il n’est qu’à évoquer la réévaluation de la théorie de la séduction et de la théorie sexuelle.

On connaît le passage célèbre de la lettre 129 : « je ne crois plus à mes neurotica ». Freud y expose les raisons qui le font renoncer à la théorie de la séduction sous la forme qu’il avait élaboré entre 1895 et 1897.

A partir de là, il va pouvoir développer les notions fondamentales de fantasme inconscient, de réalité psychique, de sexualité infantile.

Ainsi au long de ce recueil de 287 lettres, le lecteur pourra mesurer le travail d’élaboration de la théorie psychanalytique, s’émouvoir de l’affectivité qui circulait entre Freud et Fliess mais aussi avoir quelques aperçus de la vie quotidienne des familles bourgeoises de la fin du 19e siècle.

Ce volume nous restitue en traduction française une série de courts textes de Winnicott : des hommages, préfaces ou critiques de livres. L’auteur y manifeste toujours une liberté de parole et d’écriture qui réjouit le lecteur. Ces textes s’échelonnent de 1951 à 1969. C’est la période postérieure à la guerre, période troublée, marquée en particulier par la présence en Grande Bretagne, des psychanalystes venus y trouver refuge, accueillis, on le sait, par Ernest Jones, entre autres.

Il est difficile de faire un choix dans la vingtaine de textes présentés dans ce volume. Celui que nous ferons est résolument subjectif.

On y trouvera par exemple une présentation du travail d’Adrian Hill, peintre et professeur de peinture qui inventa l’ "art thérapy" à la suite de ses interventions auprès des soldats blessés. Winnicott explicite la différence fondamentale entre cette démarche influencée par la psychanalyse et ce que l’on connaît par ailleurs sous le nom de thérapie occupationnelle.

Plus loin, Winnicott trace le portrait tout en nuances de James Strachey, le traducteur de Freud pour le Standard Edition, projet de Jones financé par Marie Bonaparte. S’il laisse dans l’ombre certains aspects notoires de la biographie de Strachey, Winnicott donne une esquisse de la personnalité de celui qui fut son analyste et dont l’immense culture apparaît dans l’édition de sa traduction des œuvres de Freud.

On parcoure avec intérêt deux textes sur Ernest Jones où l’on appréciera l’activité que le biographe de Freud déploya pour implanter la psychanalyse en Grande Bretagne et en encourager le développement.

Et "last but not least", Winnicott rend compte du livre autobiographique de Carl Gustave Jung intitulé : Souvenirs, rêves et pensées. Il y manifeste une ouverture d’esprit rare dans les cercles freudiens et particulièrement à son époque lorsqu’il écrit : " La publication de ce livre offre aux psychanalystes une chance, peut-être la dernière, de parvenir à admettre Jung. Si nous ne parvenons pas à admettre Jung, nous sommes les membres d’un parti autoproclamé, les partisans d’une cause déloyale". Winnicott trouve dans les trois premiers chapitres du livre de Jung le tableau d’une schizophrénie infantile et d’une force de personnalité qui lui permet de se guérir lui-même. Et il conclut : "En un sens, Freud et Jung sont complémentaires comme les deux faces d’une même médaille."

C’est par l’abord de la littérature et du cinéma que Patrick Avrane nous propose d’approcher le chagrin d’amour. Prendre cette voie ouvre de multiples entrées : Les souffrances du jeune Werther, Tristan et Iseut, Roméo et Juliette, Phèdre mais encore La femme du boulanger ou Quai des Brumes.

On sait comment Goethe s’est inspiré de sa propre expérience et de celle de Charles Guillaume Jérusalem qui donne une fin tragique à sa vie amoureuse. Werther, le héros du livre raconte à travers les lettres qu’il envoie à un ami, sa rencontre avec Charlotte au cours d’un bal. Il en tombe amoureux mais Charlotte est promise à Albert. Werther tente d’oublier Charlotte, y échoue puis la retrouve mariée à Albert. Amour impossible. Werther se suicide avec les pistolets qu’il a empruntés à Albert.

Jérusalem s’est suicidé, Werther aussi mais non pas Goethe. Werther réalise le fantasme de la mise à mort d’une partie de soi. Goethe survit à ce sacrifice. Dans le chagrin, l’amoureux est tué comme Werther mais comme Goethe, le sujet peut survivre à l’épreuve.

Patrick Avrane s’appuie pour éclairer le coup de foudre amoureux sur un texte de Lacan qui le situe dans la coïncidence de l’objet d’amour idéal : l’idéal du moi avec le moi idéal c'est-à-dire l’image rêvée de soi-même, celle que l’on aspire à atteindre et qui relève de l’imaginaire. L’idéal du moi, lui, relève de l’identification à des personnages réels, parents ou personnes valorisées de l’entourage qui constituent un modèle à atteindre.

Pour l’auteur donc le coup de foudre amoureux survient quand le quand le moi idéal, l’homme à la veste bleue et au gilet jaune des « Souffrances », rencontre l’idéal du moi, celle qui est attendue pour former le couple : la jeune fille à l’élégance simple qui distribue le goûter aux enfants. Elle se distingue par le naturel de son apparence et la générosité de son comportement. Rien à voir donc avec la femme narcissique qui survalorise les vêtements et les bijoux et se complait dans la séduction. Ce n’est pas là l’idéal féminin de Goethe pas plus que celui de Freud.

Tristan et Iseut nous conduisent sur un autre chemin. Tristan neveu du roi Marc va chercher Iseut pour la conduire auprès de son époux, le roi Marc. Au cour du voyage, Tristan partage avec Iseut le contenu d’une coupe : un filtre destiné à assurer le succès de l’union royale. La passion qui en résulte vient de là. Elle ne vient pas de la particularité des personnes. Elle leur est en quelque sorte extérieure ; elle relève de la pulsion.

Il s’agit de tout autre chose avec Roméo et Juliette. C’est aussi dans un bal que les deux jeunes gens se rencontrent et s’éprennent l’un de l’autre mais ils appartiennent à des familles ennemies de Vérone et cette conjecture extérieure à leur relation va les conduire au drame final. Là, l’amour vise un objet singulier et irremplaçable.

Comparer l’histoire de Roméo et Juliette avec Tristan et Iseut nous permet de différencier le chagrin de l’objet du chagrin de la pulsion et d’illustrer la remarque de Freud : "La différence la plus marquante entre la vie amoureuse du monde antique et la notre, réside sans doute dans le fait que les anciens mettaient l’accent sur la pulsion elle-même alors que nous la plaçons sur l’objet". (Trois essais sur la sexualité, Paris, Gallimard, 1987, p.56).

D’autres histoires d’amour et d’autres expériences sont explorées par Patrick Avrane. Phèdre mais aussi Anaïs Nim et Otto Rank en sont les protagonistes.

On y perçoit les reflets et les limites du mot de Lacan : "L’amour c’est offrir à quelqu’un qui n’en veut pas quelque chose que l’on a pas".

Nous aimerions ajouter : Certes il est cela mais bien d’autres choses encore.

Freud et Proust ne se sont jamais rencontrés. On pourrait même dire qu’ils se sont ignorés. On ne trouve aucune allusion à la démarche freudienne et à son auteur dans toute l’œuvre de Marcel Proust. Quant à Freud, il ne semble pas porter en haute estime l’auteur d ‘ "A la recherche du temps perdu" puisqu’en 1926, il confie à Marie Bonaparte, après la lecture de "Du côté de chez Swann" : "Je ne crois pas que l’œuvre de Proust puisse être durable. Et ce style ! Il veut toujours aller vers les profondeurs et ne termine jamais ses phrases…". Pourtant on ne peut qu’être frappé par la conjonction des thèmes abordés par les deux hommes.

Jean-Yves Tadié qui a déjà produit une monumentale biographie de Proust a voulu mettre ici en correspondance les deux œuvres relevant, selon l’expression de Proust de "ce magnifique langage , si différent de celui que nous parlons d’habitude et où l’émotion fait dévier ce que nous voulions dire et épanouir à la place d’une phrase toute autre, émergée d’un lac inconnu, où vivent des expressions sans rapport avec la pensée et qui par cela même la révèlent".

Jean-Yves Tadié annonce clairement son projet : Il ne s’agit pas de faire une lecture de Proust à la lumière de la psychanalyse et de montrer qu’il n’a pas surmonté sa crise œdipienne. Ce qu’il a cherché c’est à mettre en lumière la proximité de deux intelligences et de deux attitudes. Mais ce faisant il manifeste aussi leurs différences. Cela commence par le sommeil et le rêve, champs privilégié de Sigmund Freud mais aussi largement exploré par Proust : rêves de Swann, rêves de Sodome et Gomorrhe, rêves personnels que l’auteur retranscrit, rêves reconstitués ou rêves inventés mais tellement bien imités de vrais songes…

Ainsi dix huit chapitres se succèdent au long desquels J.Y. Tadié fait se croiser la chaîne freudienne et la trame proustienne pour orchestrer cette rencontre autour de thèmes communs : l’Œdipe, l’archéologie, la mémoire, la sexualité infantile, l’homosexualité, l’amour, la jalousie, la fraternité… C’est surtout dans un des derniers chapitres consacré à l’humour que l’auteur élargie sa perspective au-delà des deux protagonistes principaux et esquisse le tableau de toute une époque. Evoquant Jean Cocteau, Alphonse Allais, Georges Feydeau, Sacha Guitry, Oscar Wilde, il nous invite à saisir l'air du temps…

Philippe Grimbert nous livre dans ce recueil une série de textes courts qui ont en commun de peu théoriser et de proposer la lecture de quelques points d’impact de l’hypothèse de l’inconscient psychique dans la vie quotidienne.

Chacun pourra y trouver son miel selon ses intérêts, ses passions, ses obsessions : la politique, le cinéma, le tabac… Mais il est parmi ces chapitres, un petit joyau sur lequel nous voudrions nous attarder un instant. Il s’agit de l’analyse que propose Grimbert, du film d’Alfred Hitchcock, "les Oiseaux". Ce film inspiré d’une nouvelle de Daphnée du Maurier, nous fait assister à de curieux évènements qui vont se dérouler à Bodega Bay et distiller une sourde angoisse tout au long de la projection.

Rappelons la trame de l’histoire assez simple dans son déroulement : Mélanie, une jeune femme, fille d’un riche propriétaire de Presse, se trouve dans une boutique d’oiseleur lorsqu’elle rencontre un homme avec lequel s’instaure un échange ambigu, mélange de séduction et d’agressivité. Sur ce qui parait être un coup de tête, elle décide d’apporter à la sœur de cet homme un cadeau qu’il voulait lui-même lui faire : un couple d’inséparables, ces petites perruches d’Australie qui vivent par paire et ne peuvent se garder seule en captivité.

Mélanie mène une enquête qui l’amène à Bodega Bay où réside cet homme, Mitch Brenner, avec sa mère Lydie et sa sœur Cathy. Elle s’introduit subrepticement dans leur manoir pour y déposer la cage des inséparables. Mitch Brenner l’aperçoit alors qu’elle vient de se faire blesser par un oiseau. Il l’a soigne et l’invite à dîner chez lui. Lydia Brenner l’accueille froidement à l’inverse de sa fille Cathy. Dans les jours qui suivent, les attaques des oiseaux se multiplient et accroissent leur violence. L’anniversaire de Cathy est lui-même perturbé par une incursion des volatiles puis un fermier est tué par ses poules et ce sera le tour de l’institutrice avant l’assaut final de la maison des Brenner, dans laquelle toute la famille s’est barricadée avec Mélanie. Celle-ci est à son tour harcelée par les oiseaux alors qu’elle monte au grenier. Finalement, les Brenner quittent Bodega Bay, emmenant Mélanie diminuée, victime d’un traumatisme majeur.

Contrairement à Daphnée du Maurier dans sa nouvelle, Hitchcock ne fournit aucune explication à la violence des oiseaux ; ce qui permet à Philippe Grimbert de nous proposer l’hypothèse d’une mise en relation avec la jalousie de la mère de Mitch Brenner à l’égard de Mélanie sur le mode d’un délire psychotique. Hitchcock avait dénié par avance une telle interprétation quand, dans le livre de François Truffaut, il avait refusé d’établir le moindre lien entre les personnages du film et l’agression des oiseaux.

Pourtant nous apprenons rapidement dans le film que Mélanie a été abandonnée par sa mère quand elle était enfant et précisément à l’âge de 11 ans, l’âge que célèbre Cathy le jour de son anniversaire. Mélanie pose ce jour là à Mitch une question qui apparaît ici pleine de sens : "Vaut-il mieux être privé de l’amour maternel ou en être prisonnier ?". Philippe Grimbert nous fait brillamment, séquence par séquence, la démonstration de la cohérence de son interprétation selon laquelle "les oiseaux" fonctionnerait à la manière d’un délire psychotique ou d’un mythe. Il trouve là l’origine du succès du film et de son impact profond sur le public. A la suite d’Otto Rank, il propose d’assimiler le récit du film à celui d’un rêve ou du mythe : celui de la mère archaïque. Il reste la question de savoir si de la part d’Alfred Hitchcock il y a eu l’effet d’une intention cachée ou celui d’une spontanéité inconsciente. C’est sans doute cette deuxième hypothèse qui doit être retenue. Pour ce faire, l’auteur s’appuie sur des éléments tirés des entretiens de François Truffaut avec Alfred Hitchcock et sur l’exploitation qu’en a faite Serge Tisseron. Il conclue sur l’évocation de la chaîne signifiante inspiré du nom du réalisateur : Afraid-hitch-cock : l’oiseau lié effrayé.

Le titre de l’ouvrage laisse à penser qu’il s’agit d’un livre que l’on aura plaisir à emporter en vacances. Sans doute l’on aimera lire ces contes à l’ombre légère d’un olivier mais c’est plus que cela. Irvin Yalom est professeur émérite de psychiatrie à la Standford University mais surtout s’il raconte dans ce livre quelques histoires pittoresques, elles sont inspirées de sa démarche de psychothérapie existentielle – forme de psychothérapie fondée sur la philosophie. C’est une méthode illustrée en particulier par Ludwig Binswanger, Médard Boss, Frankl, Laing, Szasz avant Yalom.

Le sous titre de l’ouvrage : "Contes de psychothérapie" nous laisse sur une ambiguïté : s’agit-il de contes autour du thème de la psychothérapie ou s’agit-il de contes à effet psychothérapique. Sans doute l’ambition de l’auteur vise-t-elle les deux objets.

Pour le lecteur, certaines des six nouvelles font plutôt la part belle à l’imaginaire et au symbolique : la première "Momma" et la dernière : "La malédiction du chat hongrois" qui donne son titre au recueil. Les autres récits semblent librement inspirés de l’expérience clinique de l’auteur. Comme il est d’usage avec Irvin Yalom, la trame narrative est traversée par le mouvement du projet psychothérapique et celui-ci se déroule au rythme d’un roman d’aventure. Les contes sont écrits à la première personne et le thérapeute qui y apparaît – double de l’auteur- manifeste dans chacun de ces récits les limites, les ouvertures, les dérapages qui leur donne une épaisseur humaine et une proximité qui n’est pas banale.

En septembre 2011, a été célébré le trentième anniversaire de la mort de Lacan. C’est à cette occasion que les textes réunis dans ce petit livre ont été élaborés. Dans la première partie sont évoquées les relations personnelles que les auteurs ont pu développer avec Jacques Lacan. Une page d’histoire qui éclaire sans doute singulièrement la façon dont chacun d’eux va prendre position en fonction de l’implication qui est la sienne et de la place qu’a tenu Lacan dans sa vie personnelle.

On sait que Elisabeth Roudinesco, fille de Jenny Aubry qui fréquentait assidûment Lacan à partir de 1953, rencontre ce dernier chez ses parents et à Guitrancourt. Elle le retrouvera beaucoup plus tard, en 1969, lors de son séminaire à la faculté de droit du Panthéon.

Alain Badiou est venu à Lacan par d’autres voies : élève d’Althusser, c’est ce dernier qui l’a entraîné au séminaire de Lacan, et c’est le fameux rapport de Rome : "Fonction et champ de la Parole" (1953) qui provoquera l’éblouissement initial.

Il s’ensuit des échanges entre Elisabeth Roudinesco et Alain Badiou portant d’avantage sur l’intérêt philosophique de l’œuvre de Lacan et sur les conséquences politiques observées en particulier autour de mai 68.

Les auteurs se retrouvent sur des commentaires sur les dernières années de Lacan qui ne nous paraissent pas très convaincants. Le propos est de circonstance et reste anecdotique.

Qui veut en savoir plus sur Lacan se tournera plutôt vers le "Jacques Lacan" de la même E. Roudinesco, une somme remarquable dont on trouvera, par ailleurs, le compte rendu dans la bibliothèque de notre site.

Marie Laure Colonna publie le contenu du séminaire qu’elle a tenu dans le cadre de la Société Française de Psychologie Analytique. Elle a conservé la forme orale du séminaire sans structurer davantage son propos et gardé la suite des six séances du séminaire qui se succèdent sans que des titres de chapitre annoncent leur contenu.

Ce choix préserve sans doute la spontanéité de l’expression orale mais ne facilite pas la lecture de l’ouvrage. D’autant que le titre du livre peut présenter un certain décalage par rapport à son contenu : Il s’agit moins de l’aventure du couple aujourd’hui que d’une exploration du féminin et du masculin dans la perspective Jungienne : les concepts d’anima et d’animus.

C’est l’occasion de revenir à l’expérience qui permit à Jung de découvrir l’image féminine inconsciente de l’homme. Dans son autobiographie il situe l’origine de l’image de l’anima en ce qui le concerne. Il s’agit de la jeune fille qui le gardait lorsque sa mère dû séjourner à l’hôpital de Bâle quand il avait trois ans. Cette image a été fortement activée lorsqu’en 1904 Jung rencontra Sabina Spilerein qui devint sa patiente puis l’objet d’une relation passionnée. Jung parvint à prendre ses distances avec cette fascination par le dialogue intérieur qu’il rapporte dans son livre.(1)

L’ouvrage de Marie Laure Colonna, on l’aura compris, n’a pas pour premier objet les relations dans le couple mais plutôt le développement du masculin et du féminin dans chaque individu. C'est-à-dire la question de la bisexualité psychique. En ce sens le livre nous invite à nous interroger sur les évolutions qui touchent la différence des genres (masculin-féminin) et la différence des sexes (homme-femme).

(1) C. G. Jung, Ma vie, Ed. Gallimard, Paris, 1966, p.215 et Sv.

Les précédents ouvrages de J. B. Pontalis nous ont largement manifesté que les méditations sur le temps, la mort et l’écriture sont pour lui des trames privilégiées. Il nous y entraîne à nouveau ici au travers de textes courts dont certains sont repris de publications antérieures, d’autres inédits mais qui trouvent dans leur réunion une unité harmonique.

Le titre du livre ouvre sur cette interrogation qui nous touche tous : c’était mieux avant ?

Oui c’était mieux quant la côte d’azur n’était pas bétonnée. C’était mieux quand les effluves du lisier ne flottaient pas sur l’arrière pays breton. C’était mieux quand les serres n’avaient pas envahi l’Andalousie. Quand on pouvait trouver près de chez soi un épicier, un plombier, un libraire à la place d’une banque. Qui parmi nous n’a éprouvé ces regrets auxquels J. B. Pontalis a la malice d’ajouter : « Avant quand la psychanalyse était encore inventive ou même dans un temps plus reculé, objet de scandale. »

Pourtant on se tromperait en croyant que ce livre cultive la nostalgie. Le bandeau de l’ouvrage « Le temps traversé » explicite le propos.

Pour l’auteur, Avant désigne certes le passé mais aussi ce qui est en avant ou ce qui est devant, comme la proue du navire et le mouvement auquel incite l’injonction « En Avant ». Il ne s’agit donc pas de regretter le temps passé mais d’habiter le temps et de faire cohabiter tous les âges de la vie. Ce que Pontalis appelle un « hors temps », un temps qui échappe à la succession et qui est constitutif de notre identité.

Cette cohabitation des âges de la vie se retrouve dans le présent de l’écriture du livre qui rassemble des souvenirs, souvenirs de vie, souvenirs de séances, souvenirs de lecture qui prennent la parole aujourd’hui.

L’écriture pour J. B. Pontalis n’est elle pas selon l’expression qu’il utilisait lui-même, chez le libraire Mollat à Bordeaux, pour définir la psychanalyse : « Un lieu où le je et non le moi va pouvoir s’énoncer avec sa voix propre. »

Rechercher l’origine de l’interdit, cerner sa spécificité humaine, distinguer entre les différents types d’interdits… Gabrielle Rubin déploie une démarche qui situe les points de vue et permet de poser l’interdit dans sa diversité, de pointer sa légitimité humaine et les abus auxquels il peut donner lieu.

Mettre l’interdit en relation avec la pulsion et avec l’instinct permet de comprendre de quoi il s’agit. La pulsion est une poussée dynamique qui fait tendre l’organisme vers un but. La pulsion est aveugle au sens où elle ne connaît que le but qu’elle vise. Les pulsions doivent donc être régulées c'est-à-dire à la fois satisfaites et contrôlées, sans quoi leur violence peut être destructrice.

L’interdit va permettre de contrôler la pulsion en calmant sa violence ou en changeant son but. L’interdit a connu différents statuts selon l’évolution de la société. Lorsque les interdits sont trop forts, la société devient étouffante, castratrice, propice aux refoulements et à ses retours.

Si les interdits légitimes ne sont pas posés, la porte est ouverte à toutes les violences.

L’interdit fondateur pour les humains est celui de l’inceste. Il va permettre à l’enfant d’échapper à l’amour fusionnel qui le lie à la mère et donc le faire accéder à l’autonomie. C’est le père qui impose cette séparation et qui est responsable de l’interdit de l’inceste. Il sera à la source du Surmoi qui va permettre de poser les limites.

L’auteur s’interroge enfin sur les transgressions proposées en matière d’art depuis le Dadaïsme jusqu’à l’Actionnisme. Elle rappelle à ce propos que Mélanie Klein suggérait que certains criminels agissent pour qu’on pose enfin les limites qui les arrêtent. Gabrielle Rubin se demande si ce n’est pas le cas de certains artistes…

Ce livre est un plaidoyer et ne s’en cache pas, dès la préface. Dans son avant propos l’auteur dresse un tableau bien noir de l’image de Jung en France. Il serait accusé d’être un mystique, ésotérique et antisémite. Il est vrai que ces accusations ont circulé. Il est vrai que la pratique jungienne est longtemps restée confidentielle, sans doute en partie du fait de la frilosité, jusqu’à ces dernières années, des organisations susceptibles de la promouvoir. Mais il est vrai aussi que les choses ont évolué. Les nombreuses publications récentes dans la sphère jungienne et le grand succès de l’exposition sur le «Livre rouge » au Musée Guimet en témoignent.

Venons en a l’objet du livre de Viviane Thibaudier qui a pour ambition de pointer « l’essentiel » de Jung puisque c’est l’enjeu de la collection.

Après nous avoir conté les premières années et la jeunesse de Carl Gustave, ses premières relations avec Freud, Viviane Thibaudier rapporte les circonstances de la rupture et les divergences sur la nature de la libido, énergie psychique qui pour Jung, peut prendre plusieurs expressions et pas seulement celle de la sexualité. Cette énergie psychique peut refluer vers les couches archaïques de l’Inconscient : c’est l’inceste avec la Grande Mère dont il va falloir se détacher dans un mouvement coûteux quasi sacrificiel.

Quant au rêve nocturne il est pour Jung comme pour Freud, la voie royale pour accéder à l’inconscient psychique. Il est vrai que souvent pour Freud le rêve met en scène un désir refoulé qui y apparaît sous une forme déguisée. Pour Jung, nous rappelle l’auteur, le rêve à une fonction compensatrice de l’attitude consciente mais aussi une fonction prospective, c'est-à-dire que le rêve n’est pas seulement tourné vers le passé mais aussi vers le présent et l’avenir. De notre point de vue, s’il nous semble utile de distinguer les approches freudienne et jungienne du rêve nocturne, il faut aussi ne pas perdre de vue qu’elles ne s’excluent pas nécessairement si l’on prend en compte la pluricausalité et la plurisémie des phénomènes psychiques. Le processus jungien de traitement du rêve et de l’imagination active est bien mis en lien dans ce livre avec ce qui se passe dans la vie de Jung durant l’hiver 1913-1914.

L’auteure fait preuve d’une réelle habileté pédagogique lorsqu’elle aborde la question de la typologie jungienne. Elle nous propose une description claire, nuancée, bien illustrée des types psychologiques mais aussi de l’ombre et de la persona en illustrant ces concepts de manière démonstrative.

Ce parcours bref mais éloquent se conclut par l’évocation de quelques autres repères de la psychologie jungienne : Anima, Animus, Soi et Individuation.

Ce petit livre constitue une rapide mais pertinente introduction à l’œuvre de Carl Gustave Jung.

La littérature concernant la figure du père a été abondante ces dernières années. Jean-Claude Liaudet, psychanalyste et psychosociologue se propose d’explorer la nature et l’extension du lien entre le père et sa fille.

La première étape du livre n’est pas la meilleure. L’auteur s’y livre à une analyse un tantinet cavalière des mythes religieux en particulier des textes judéo-chrétiens.

On aborde les questions sérieuses dans la deuxième partie de l’ouvrage : La fonction paternelle y est décrite comme celle du tiers qui intervient dans la relation mère-enfant pour y introduire de la distance et de la loi. Pour remplir cette fonction c’est l’homme désigné comme tel par la mère qui va agir. C’est l’ordre œdipien caractéristique de l’humain qui pose pour tout homme l’obligation de prendre femme hors de son clan et pour toute femme de prendre homme hors de son clan. Il entraîne la prohibition de l’inceste. Le mythe de la horde primitive manifeste l’intériorisation de l’interdit de l’inceste avec la mort du père chef de horde. La loi devient alors symbolique. A partir de là, l’interdiction de l’inceste est ce qui fonde l’humain et c’est le père qui annonce la loi.

Le mythe freudien prend son sens dans le contexte du patriarcat. Auparavant, dans le matriarcat, l’inceste serait évité non pas au nom de l’interdit par le père mais parce que aller dans le sens de la mère, c’est retourner d’où l’on vient : à la mort d’avant la naissance. Dans le matriarcat, l’inceste est tabou.

On le sait, Freud en son temps fut étonné du nombre d’expériences incestueuses dont il recevait la confidence. Il se rendit compte qu’il ne s’agissait pas toujours de scènes réelles mais souvent de scènes fantasmées. En effet l’inceste ne concerne pas seulement une relation physique entre père et fille mais tout ce qui peut avoir une connotation sexuelle en matière de désirs, fantasmes, paroles…

Jean-Claude Liautet décline ensuite les figures du père symbolique, du père réel, du père imaginaire. Il va alors nous raconter l’histoire du père et nous conduit ainsi de la conception à l’enfantement, de l’allaitement à l’apprentissage de l’autonomie en situant la place du père en face de la petite fille et en pointant les aléas qui peuvent advenir à chacune de ces étapes. Il y aura à passer le stade phallique, franchir le complexe d’Oedipe et faire route vers l’adolescence.

Que d’aventures pour le père et sa fille. L’auteur a la sagesse de nous rappeler qu’il n’y a pas plus de bon père que de bonne mère.

Sans doute pourrions nous dire, paraphrasant Winnicot, qu’il est seulement souhaitable d’être un père suffisamment bon.

L’auteur est fondateur de la Société Française de Coaching et de l’ Institut Psychanalyse et Management . Il propose dans cet ouvrage une introduction à quelques concepts psychanalytiques à l’usage des managers. Au fil des pages on verra ainsi défiler des traits de personnalité qui sont aussi des styles de manager : hystérique, obsessionnel, narcissique, pervers, psychotique…

Au travers de plusieurs observations cliniques, on trouvera, mis en valeur, le lien entre la structure narcissique et l’intoxication par le travail, assez fréquent chez les managers et les cadres.

L’auteur puise dans la vie des entreprises la plupart des illustrations qu’il propose et les managers reconnaîtront sans doute, en parcourant ces portraits, des personnages qu’ils ont croisés. Peut être, au mieux, se reconnaîtront ils eux-mêmes s’ils ont la sagesse de savoir quelquefois s’examiner dans un miroir.

L’auteur a voulu se mettre à la portée de ceux qui de formation technique ou commerciale n’ont pas nécessairement une culture de base en psychologie. Il a réussi cet effort de vulgarisation au prix de quelques approximations. Il est quelques affirmations que l’on souhaiterait plus nuancées. Mais c’est souvent le prix à payer lorsqu’il s’agit de simplifier l’analyse des réalités complexes de l’âme humaine.

On éprouvera un regret plus marqué de ne pas percevoir suffisamment dans le livre le caractère révolutionnaire de la découverte freudienne : le surgissement de l’inconscient psychique et de l’irrationnel dans la vie quotidienne.

L’historienne de la psychanalyse, Elisabeth Roudinesco, nous a donné en 1993 un monumental "Jacques Lacan, esquisse d’une vie, histoire d’un système de pensée" dont on trouvera le compte rendu dans notre "bibliothèque".

A l’occasion du 30e anniversaire de la mort de Lacan, elle nous propose un livre plus modeste mais très enlevé qui apporte de nouveaux éclairages sur le psychiatre de la rue de Lille. Elle a ici le dessein de parler de Lacan d’une manière plus libre, plus personnelle, plus subjective même.

E. Roudinesco est habile à nous guider dans l’exploration des lumières et des ombres, des perspectives et des excès, des intuitions géniales et des tristes pitreries qui tissent le parcours de Lacan. Elle se garde et nous garde des caricatures réductrices comme des inflations hagiographiques. Et nous conduit ainsi des étapes du "Stade du miroir" au Colloque de Bonneval et aux diverses positions assumées vis-à-vis du Cogito Cartésien.

Nous trouvons l’occasion dans ce petit livre de retrouver Marguerite Anzieu, l’Aimée de la thèse soutenue en 1932 par Lacan, dont l’histoire a pu être reconstruite grâce au témoignage de Didier Anzieu. La "perte" (?) des écrits que Marguerite Anzieu confia à Lacan alors qu’elle était internée à St. Anne ouvre le chapitre de la transmission des archives. On peut dire que dans un certain nombre de cas il y a forclusion et le déplorer. Peut-être y a-t-il dans cette impossibilité d’accéder aux sources une des causes de la floraison des anecdotes plus ou moins imaginaires et des légendes qui fleurissent autour du souvenir de Jacques Lacan.

Dans les derniers chapitres de l’ouvrage, Elisabeth Roudinesco entreprend de parcourir quelques concepts lacaniens et de tenter de les expliciter. Le résultat n’est pas à la hauteur des efforts prodigués. Nous croyons pour notre part qu’il convient aujourd’hui d’appliquer à Lacan le conseil de Levinas : Il ne faut pas se demander ce que veut dire un texte. Il faut se demander ce qu’il peut dire.

Eric Vartzbed est psychothérapeute en institution et en cabinet à Montreux en Suisse. Il a beaucoup vu et apprécié les films de Woody Allen. Il en témoigne dans cet ouvrage qui est une invite à ne pas valoriser uniquement pour l’agrément du spectacle, les œuvres du cinéaste.

On trouve en effet dans les films de Woody Allen non seulement les traces de ses expériences analytiques mais aussi le témoignage de ce que peut être en diverses circonstances, la confrontation avec soi-même.

Marion, le personnage principal d’ Une autre femme est de ce point de vue exemplaire : une circonstance tout à fait accidentelle l’amène à la prise de conscience de l’aliénation de son existence, de la rigidité de son système de protection qui tout en lui ayant été utile jadis, est devenu un carcan. Eric Vartzbed nous confie que cette histoire a été pour lui l’occasion d’une révélation et le point de départ d’une évolution personnelle.

Dans la trame même de ses scénarios, Woody Allen rejoint les questions posées par Freud :

Celle de la fixation sur un traumatisme pour Lane dans September, figée dans ce qu’elle a vécu à l’adolescence. Celle de la rigidité du Surmoi qui dans ce personnage joué par Allen dans Hanna et ses sœurs va être dissous par un humour salvateur.

On y rencontre aussi les péripéties de la confrontation du désir et de l’interdit, de la recherche du bonheur et de la culpabilité ou comme dans Annie Hall, l’affrontement de l’imaginaire et de la réalité.

Des personnages dont le profil psychologique ne manque pas de sel, traversent les films comme Léonard Zelig qui calque sa personnalité sur celles des autres, au hasard des rencontres. On trouve là un écho à ces personnalités "as if" évoquées par Hélène Deutsch, à l’identité flottante qui peuvent s’assimiler à l’image d’autrui dans un mimétisme systématique.

Avec Woody Allen comme avec Freud, pas de traité du bonheur systématique, pas de voie balisée universelle; à chacun de trouver son chemin personnel : "Whatever works".

Dans la première partie de ce livre, retour d’analyse, on trouvera une série de fragments : courtes nouvelles, moments d’analyse, souvenirs du praticien qui en disent sans doute plus sur le psychanalyste que sur l’analysant. Et c’est justice puisque ainsi le livre ne nous dit pas seulement "que font vos psychanalystes ?" mais aussi quelque chose de ce qu’ils sont.

Michaël Larivière suit dans cet ouvrage un mouvement du retour, retour sur l’analyse mais aussi retour sur les lectures, pensées écritures, échanges, la vie en somme, en référence à la psychanalyse.

La seconde partie du livre intitulée "Envois" regroupe des textes courts qui sont pourtant aussi des retours sur le passé de l’auteur, souvenirs, rencontres. Chacun fera son propre choix dans ce "melting pot", y trouvera des occasions d’adhésions ou de prise de distance.

Nous ne partageons pas, par exemple, la conviction de l’auteur sur le caractère invérifiable de l’identité de l’analyste (p.147). Une telle approche pourrait entraîner l’abandon de l’analysant à l’aveuglement et à toutes les dérives ou bien au seul recours à la crédulité institutionnelle. Il y a d’autres voies : l’analyste peut être interrogé sur : d’où il vient, sur ce qu’il dit, sur sa pratique. On sera toujours dans le relatif et dans le risque, mais l’on ne se sera pas bouché les yeux et les oreilles. Témoin de l’Inconscient, l’analyste n’est pas, pour autant, insaisissable.

Voici accessible en langue française un ensemble d’articles de Michaël Balint réunis sous le titre "Sexe et Société" emprunté au texte qui ouvre le recueil. Comme il est fréquent pour ce type de publication, l’assemblage est un peu hétéroclite et les éléments sont d’inégal intérêt

Le premier texte donc qui donne son titre à l’ouvrage, restitue le discours prononcé en 1956 lors de la célébration du centenaire de Freud, aux universités de Heidelberg et de Francfort. Balint y analyse le statut particulier du comportement sexuel chez les êtres humains et la nécessité d’une certaine contrainte pour permettre la vie sociale. Quelle est la juste mesure de cette contrainte ? Toute la question est là.

On sait que Michaël Balint est d’origine hongroise et qu’il fut analysé par Ferenczi entre autres. A Londres, où il travaille à la Tavisstock Clinic, il rencontre W.R.Bion et Enid qui allait devenir sa troisième épouse et qui l’initia au "case work", avec laquelle il élabora les groupes cliniques de supervision que l’on a appelé groupes Balint. Mais ce ne sont pas les écrits touchant ce type de recherche pas plus que ceux traitant du "défaut fondamentale" que l’on trouvera dans ce livre puisque les articles réunis ici s’échelonnent de 1923 à 1955. On y trouvera donc des éléments propres à intéresser l’historien de la psychanalyse et les prémices de certains développements à venir, en particulier un article de janvier 1955 intitulé "Le médecin, son malade et la maladie" qui annonce le livre portant ce titre, paru en 1957.

Marie Balmary se propose ici de confronter psychanalyse et spiritualité. Elle rappelle, à la suite de Jean Allouch, la remarque de Michel Foucault : "La psychanalyse n’a pas su se penser dans le tranchant historique de l’existence de la spiritualité et de ses exigences. Seul Lacan, ajoutait Foucault, n’aurait pas participé à cet oubli".

L’auteur s’interroge sur le rapport entre faute et symptôme et sur le couple qui y correspond : pardon et guérison. Elle nous propose de considérer la confrontation de Freud avec la religion archaïque, en particulier lorsqu’il manifeste ses craintes à propos du Moïse de Michel Ange lors du voyage à Rome.

Marie Balmary qui fut à ses débuts élève de Léon Chertok, évoque cette capacité inquiétante qu’a l’esprit humain de pouvoir s’introduire dans l’esprit d’un autre ; propriété manifestée dans l’hypnose mais présente dans toutes les techniques d’emprise psychique dont l’expérience de Stanley Milgram sur la soumission à l’autorité, récemment reprise par un jeu télévisé, nous fournit une démonstration particulièrement parlante.

Cette voix à laquelle on peut se soumettre peut aussi venir de l’intérieur, voix persécutive que connaissent bien tous les cliniciens, porteuse de toutes les dévalorisations qui accompagnent la souffrance psychique. Marie Balmary lui trouve un écho dans l’accusateur du verset 10 chapitre 12 de l’Apocalypse mais aussi chez Freud dans un texte des "Essais de psychanalyse appliquée" ou il se présente en accusateur de son patient.

Ce petit livre se révèle riche de perspectives originales. Il donnera envie au lecteur de venir ou revenir aux ouvrages précédents de Marie Balmary. En particulier :

- L’homme aux statues, Freud et la faute cachée du père, Paris, Grasset, 1997.

- Le sacrifice interdit, Freud et la Bible, Grasset, 1995.

Dans ce petit livre, Serge Tisseron part d’une distinction fondamentale. Qu’elle ne soit pas posée peut être source de graves confusions : Il faut distinguer ce que l’on désire, ce que l’on décide et ce que l’on fait. Cela est vrai aussi bien pour nos désirs agressifs que pour nos désirs érotiques.

S’il est vrai que l’homme est un être de désir, il est bon que ce désir ne soit pas refoulé, qu’il soit formulé à soi- même et éventuellement aux autres. La formulation n’entraîne pas l’obligation du passage à l’acte, de la réalisation du désir.

En effet, l’expression et la représentation d’un désir ne veut pas dire sa mise en œuvre, en particulier si l’objet de ce désir est interdit par la loi sociale, l’éthique, le choix personnel.

La pertinence de ces distinctions apparaît particulièrement éloquente dans l’application que l’auteur en fait au désir pédophile. Il s’interroge sur l’usage souterrain que fait la publicité du désir pédophile et sur la manipulation perverse de ce désir non exprimé.

La question de l’expression de ces désirs touche particulièrement les institutions qui s’occupent d’enfants. La proposition de Serge Tisseron à leur égard peut se formuler : Apprendre à dire pour ne pas faire.

La réflexion proposée dans ce petit livre aurait sans doute été utilement prolongée par une interrogation sur le statut des représentations conscientes et inconscientes du désir et leur lien à établir avec fantasme et acte manqué.

Lou Andréas-Salomé naquit à St. Pétersbourg dans une famille aristocratique allemande. Très tôt, à 17 ans elle manifeste son esprit d’indépendance en refusant d’être confirmée par le pasteur de la paroisse Saint Pierre et entre en relation avec un prédicateur de l’église réformée hollandaise Hendrik Gillot. Il se charge de son éducation jusqu’à ce qu’elle refuse sa demande en mariage.

Installée à Zurich avec sa mère, elle rencontre Paul Rée qui lui fait connaître Nietzsche qui à son tour lui propose le mariage. En juin 1887, elle épouse l’orientaliste F. C. Andréas. Puis elle s’installe à Munich où elle fait la connaissance de Rainer Maria Rilke. Elle rencontre Freud en 1911 au congrès de l’I.P.A. de Weimar. C’est le début d’une amitié qui durera jusqu’à la mort de Lou en 1937.

Elle s’installe à Vienne à partir de 1912 et participe aux réunions du cercle freudien mais aussi à celles organisées par le dissident Alfred Adler. Elle se tiendra dès lors dans une fidélité infaillible qui n’est pas soumission. Freud acceptera d’elle des divergences de position qu’il n’aurait accepté d’aucun ses disciples masculins.

Elisabeth Barillé nous propose dans ce petit livre une introduction à la personne et à l’œuvre de Lou. En quelques pages elle situe cette femme non-conformiste qui non seulement repoussa les modèles traditionnels du couple mais encore affirma la volonté de réalisation de soi jusqu‘au refus de toute concession dans la relation à l’autre. Elle nous conduit ainsi à travers quelques textes choisis à parcourir quelques étapes de l’itinéraire de Lou Andréas.

Ce sont les chapitres sur les "Paradoxes de l’amour" et "Une rebelle au royaume de l’inconscient" qui nous semblent présenter les aspects les plus caractéristiques du parcours de cette figure exceptionnelle de la féminité narcissique. Le lecteur curieux d’en savoir plus, outre les ouvrages de Lou Andréas, se tournera avec intérêt vers la belle biographie que lui a consacré Stéphane Michaud : Lou Andréas-Salomé, l’alliée de la vie, Paris, Le Seuil, 2000.

Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n’existait plus pour moi, quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusais d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisait. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillérée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l’appréhender ?

Marcel Proust, A la recherche du temps perdu. Du côté de chez Swann, 1913.

A la lecture de ce texte de Proust, on ressent combien l’expérience qu’il nous livre s’enracine dans les profondeurs de la psyché. On peut comprendre que Patrick Avrane ait été tenté de nous proposer cette promenade qu’il intitule "Éloge de la gourmandise". Promenade, en effet qui nous conduit au Musée devant la "Suzanne au bain" et la "Danaë" de Rembrandt, puis de la "Bethsabée" de Drost, à "la Sainte famille" de Rubens. Nous sommes conviés devant le grand écran pour "Affreux sales et méchants" d’Ettore Scola, afin d’évoquer la figure de la horde primitive. Nous aurons aussi au passage à feuilleter "le parfum" de Süskind, "le dîner de Babette" de Blixen et "une gourmandise" de Muriel Barbery. On l’aura compris, c’est plus sur les productions culturelles que sur les comptes rendus cliniques que va s’appuyer Patrick Avrane pour explorer le champ de la gourmandise.

Quelques courtes vignettes viennent pourtant porter les interrogations qui ponctuent la démarche.

L’auteur gourmet mais aussi psychanalyste met en contrepoint des œuvres visitées et des souvenirs de table, une réflexion nourrie de culture freudienne : le meurtre du père, le repas totémique, le refoulement organique. On n’évitera pas la confrontation à l’oralité et le jeu autour du sein maternel.

De cette mise en perspective du champ culturel et de la problématique freudienne se dégagent des éclairages pertinents à l’évidence et aussi des considérations sous tendues par une amplification tirée vers la thèse et l’on ne manquera pas de s’exclamer quelques fois, encore, "Si non e vero, e bene trovato".

Les quelques images cliniques proposées par l’auteur et la finesse de leur analyse nous confortent, pourtant, dans la conviction que celui qui parle ainsi des nourritures ne saurait être un cuistre dans la fréquentation de l’inconscient psychique.

L’auteur met sous ce terme idéaux "toutes les aspirations, les valeurs, les principes auxquels les hommes consacrent leur existence et qui animent le progrès dans tous les sens du terme".

Gérard Bonnet a conduit sa réflexion sur les idéaux à partir de la vision d’un film des frères Dardenne : La Promesse. C’est une histoire qui se passe en Wallonie où Roger s’occupe des immigrés clandestins qu’il loge moyennant finance et qu’il exploite en les faisant travailler pour lui. Le récit met en scène Igor, tout dévoué à son père au début du récit et fidèle collaborateur. Cet apprenti mécano va se transformer radicalement au fil du récit. L’évènement déclencheur est l’accident qui survient à Hamidou, l’un de ces immigrés, lors de sa fuite consécutive à la visite de l’Inspection du travail. Roger refuse de soigner Hamidou puis dissimule son cadavre. Avant la mort d’Hamidou, Igor lui a promis de veiller sur son bébé et son épouse.

A partir de là, Igor va voler son père pour aider Assita et son enfant sans, d’abord, rien lui dire du sort d’Hamidou. Mais lorsque Roger complote d’emmener la jeune femme à Cologne pour la vendre comme prostituée, Igor prend la camionnette de son père et emmène la jeune femme. Après quelques péripéties, il finit par avouer la vérité à Assita, sachant que lui et son père vont être dénoncés à la police.

Gérard Bonnet s’interroge sur cette transformation et le surgissement de cette adhésion aux idéaux les plus fondamentaux. Il nous fait remarquer que l’idéalisation est présente dès le début de l’histoire mais c’est une idéalisation au bénéfice du père qui lui impose ses idéaux partiels, en particulier l’argent.

Au moment où il est confronté à ce déni d’humanité, les idéaux fondamentaux vont surgir et bouleverser le comportement d’Igor. L’auteur nous propose une lecture de la transformation du jeune homme comme traversée de l’oedipe, Assita y tenant le rôle de la mère.

Au-delà du film des frères Dardenne, Gérard Bonnet poursuit son investigation en interrogeant une expérience de jeunesse de Sigmund Freud, puis le "Narcisse" et "Madeleine et Marthe" du Caravage. A travers des cas cliniques est abordée ce que nous pouvons appeler la psychopathologie des idéaux. Pour aller au-delà des effets individuels, Gérard Bonnet nous propose d’explorer l’emprise des idéaux sociaux. Il y analyse particulièrement le rôle des idéaux dans les traditions religieuses ce qui ne peut manquer de conduire à rechercher l’origine du surgissement des idéaux avant de s’attacher à situer l’idéalisation dans la théorie sexuelle.

Voilà un ouvrage à recommander : une interrogation très actuelle y est servie par la clarté de la pensée et la fluidité de l’écriture.

Michel Schneider fait l’hypothèse d’une transformation de l’image du pouvoir à l’époque moderne.

Traditionnellement le chef est Père. "Nommer un roi "père du peuple" est moins faire son éloge que l’appeler par son nom", écrivait La Bruyère. Le Big Brother de George Orwell cache derrière cette étiquette, le pire des pères despotiques.

Dans cet ouvrage, l’auteur avance l’idée d’une "maternalisation" de la vie politique. Il est vrai qu’habituellement on attribue le pouvoir aux hommes et aux pères, l’autorité. Pourtant la donne semble s’être transformée au cours du 20e siècle. Selon Michel Schneider, la domination a changé de sexe : le pouvoir aurait basculé du côté des femmes et l’autorité du côté des mères. Il voit dans la répartition des budgets privilégiés de l’État, le signe du maternage qui serait sa première préoccupation dont le signe serait la dépendance croissante des individus vis-à-vis de l’assistance et de l’assurance.

Il s’agit donc ici de revenir sur ce débat souvent repris, et à juste titre, ces dernières années à savoir l’impact social de l’évolution des places du père et de la mère et de leur fonction symboliques.

On ouvre ici une discussion utile, quelquefois provocatrice, à bon escient, sur les innovations juridiques et les évolutions sociales qui ont marqué la fin du vingtième siècle.

Que l’on partage ou non les positions de l’auteur, ses analyses et ses argumentations sont sources d’utiles remises en cause et de nécessaires confrontations.

Dans le prolongement des questions posées par le mouvement de l’antipsychiatrie, initiée par Ronald D. Laing et David Cooper et par la théorisation qu’en ont proposée Jean Paul Sartre et Michel Foucaud, Adam Phillips s’interroge sur les rapports entre folie et santé mentale.

La mise en cause du rapport entre santé mentale et folie, déjà exprimée par Shakespeare dans Hamlet, trouve une expression moderne chez Laing : La santé mentale est-elle soumission aux règles, réussite sociale et professionnelle, conformité aux valeurs du groupe ou bien est-elle adéquation à la personnalité profonde, recherche de fidélité aux valeurs personnelles jusque et y compris la transgression à certaines attentes sociales.

L’auteur nous rappelle que l’on trouve facilement des définitions de la folie. Il est beaucoup plus difficile de définir la santé mentale.

A le lire, on en vient vite à se demander si une certaine dose de folie n’est pas nécessaire à la santé mentale. Nous évoquons Platon qui disait :" C’est par la folie que les meilleures choses sont arrivées en Grèce". C’est une pensée très proche de celle qu’exprime Winnicott, faisant référence au parcours de Carl Gustave Jung dans "Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées" : "j’étais sain et par l’analyse et l’autoanalyse, je suis parvenu à une certaine démence." La véritable santé psychique, laisse entendre Jung, n’est pas un équilibre acquis. C’est un parcours qui passe par des crises et des moments de "folie". Ce sont les aléas du parcours qui permettent de progresser si on les prend en compte et si l’on s’y confronte.

A partir du fameux texte de Keynes de 1932 sur le caractère pathologique de l’amour de l’argent, Adam Phillips s’interroge sur la place des plaisirs infantiles authentiques : être aimé, dormir, manger, jouer et sur leur devenir à l’âge adulte.

En conclusion, l’auteur s’essaie à définir ce qu’est une personne saine mentalement. Sa tentative n’est pas convaincante parce que trop liée aux valeurs de l’époque. Ce qui nous conduit à poser la question : Peut-on définir la santé mentale en dehors de l’ici et maintenant ?

En 1980, paraissait la troisième édition du DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) avec l’ajout de la "phobie sociale" à la liste des pathologies mentales. Ce "trouble de la personnalité évitante" vise ce que l’on appelait jusqu’ alors timidité et pouvait être caractérisé par une introversion appuyée. Ce DSM est la bible des psychiatres du monde entier (cette 3e édition est parue en France en 1983*) et grâce à elle l’individu introverti se trouve transformé en psychotique léger, porteur des symptômes suivants : se montre distant ou indifférent, aime être seul.

Christopher Lane nous raconte donc l’histoire de la "phobie sociale". Comment les groupes de travail du DSM ont défini ce trouble, comment l’industrie pharmaceutique l’a associé à des médicaments et en a fait un enjeu commercial colossal.

En contrepoint, l’auteur nous propose un parcours des livres et des films qui ont proposé une satire des comportements des psychiatres et de l’industrie pharmaceutique sur la question du traitement de l’anxiété. Christopher Lane s’attaque ici à un problème de société majeur : la complicité active entre de larges secteurs de la psychiatrie et l’industrie pharmaceutique.

Son enquête s’appuie sur une exploration des archives, correspondances, minutes des réunions préparatoires au DSM. Il nous propose un florilège des publicités vantant aux États-unis certains médicaments et qui mettent bien en évidence ce processus : créer l’image d’une maladie puis mettre sur le marché le remède censé y répondre.

Quel est l’actualité de cette dérive en Europe ? Et chez les Français, premiers consommateurs européens de psychotropes ?

* Elle a été suivie de fréquentes rééditions jusqu’ au DSM-IV(1994).

D’emblée, Pierre Willequet situe son propos : il s’agit du "principe maternel" que d’autres nomment "archétype de la mère" et qui, bien sûr, concerne d’abord la génitrice et l’être qu’elle a porté et nourri. Principe qui peut exprimer une bienveillante sollicitude pour l’enfant démuni mais qui peut aussi véhiculer les pulsions les plus mortifères et les plus destructrices.

Ce principe maternel, s’il se manifeste principalement en relation avec le féminin lié à la procréation, n’est pas exclusivement lié à un genre même s’il concerne d’abord et principalement les femmes-mères. Un père biologique ou non peut aussi être porteur de dimensions maternelles et le principe maternel peut s’exprimer chez un homme selon tous les aspects de son spectre.

Pour conduire son interrogation, l’auteur va prendre pour fil conducteur le mythe de Déméter et de sa fille Koré qui deviendra Persephone, tel qu’il est transmis dans la tradition homérique des Hymnes. Nous en rappellerons ici l’argument :

Déméter, l’épouse de Zeus, est avec sa fille Koré en Nysie. La jeune fille cueille des fleurs avec ses compagnes. Au moment ou elle va se saisir d’un narcisse, la terre s’ouvre et Hades, le dieu des enfers s’empare de la jouvencelle. Koré pousse des cris affolés. Son père Zeus ne l’entend pas, personne ne l’entend, excepté Hécate et Hélios. Déméter part à la recherche de sa fille. Elle rencontre Hécate, sa sœur, et Hélios qui lui révèlent l’identité du ravisseur. Ayant fui chez les humains, après diverses péripétie, Déméter fait peser sa malédiction sur la terre : le grain ne lève pas. Devant son inflexible résolution, Zeus envoie Hermès aux enfers pour décider Hades à ramener Koré-Perséphone à sa mère. C’est ce qu’il fait mais après avoir fait ingérer à son épouse un grain de grenade ce qui va obliger celle-ci à passer un tiers de l’année dans les obscures profondeurs. Malgré cela, Déméter accepte de faire lever le grain et de rejoindre l’assemblée des dieux.

Au début du mythe il n’y a ni père, ni frère, ni amant. On se trouve dans l’univers paradisiaque, horizontal, régi par le maternel. C’est ensuite la fascination par Narcisse, la descente aux enfers, l’irruption de l’Autre et l’initiation. On relève là, la coupure dans la violence incestueuse (relationnelle et identitaire) entre Koré et Déméter – bienheureuse triangulation.

La priorité à l’horizontalité se trouve mise en avant dans notre culture depuis mai 1968 avec l’exil du Père. Pourtant il est juste de remarquer que ce n’est ni dans la priorité à l’horizontalité ni dans le primat de la verticalité que l’on va trouver la totalité du développement humain. C’est plutôt dans le croisement et la tension entre les deux dimensions.

Autour de ces thèmes, l’auteur apporte quelques illustrations cliniques. Il leur trouve aussi des échos dans plusieurs courants analytiques et ce n’est pas le moindre intérêt de l’ouvrage que de manifester cette ouverture dans la recherche.

Dans nos sociétés modernes l’individu n’est plus porté par les communautés. Lorsqu’il a une demande de sens, il se tourne vers les religions ou vers la psychanalyse. Celles-ci répondent-elles de manière antagoniste ou concordante ? Sur cette question l’auteur nous propose d’interroger trois manières de penser et de pratiquer la psychanalyse : Freud, Jung, Lacan.

Au delà du rapprochement entre la névrose obsessionnelle et certaines pratiques religieuses qu’il aborde dès 1907, Freud en arrive à chercher l’origine psychique de la croyance en Dieu. Il la situe dans l’Hilflosigkeit, l’état de détresse éprouvé par l’enfant lorsque le père ou la mère ne répondent plus à l’appel au secours : premier trauma de l’existence humaine. Il y aurait alors selon Freud, nostalgie de la toute puissance du père et croyance en un Dieu tout puissant. On en trouve la trace dès 1910 dans « Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci » : « La psychanalyse nous a fait connaître que le Dieu personnel n’est psychologiquement rien d’autre qu’un père porté aux nues.

On s’étonnera au passage que Freud qui nous a appris à prendre en compte la pluricausalité des phénomènes psychiques, puisse écrire rien d’autre et l’on ne manquera pas de s’interroger, à son école, sur le sens de ce ton péremptoire. en 1927 dans « L’avenir d’une illusion » un nouveau pas est franchi : Si les idées religieuses sont la réalisation des désirs les plus anciens de l’humanité, « on ne peut pas plus les réfuter que les prouver ».

Philippe Julien voit pour sa part une concordance entre psychanalyse et judéo-christianisme dans la nécessité d’assumer « le déclin de l’image traditionnelle du père en tant que maître, image infantile selon Freud, image païenne selon le christianisme.

Abordant Jung, l’auteur relève d’abord l’attention portée au numineux c’est à dire à l’expérience psychique immédiate du sacré. Il la considère comme une caractéristique essentielle de notre psyché que l’on retrouve dans toutes les religion mais qu’elles ne mettent pas particulièrement en avant aujourd’hui.

En second lieu, lorsque Jung parle de dieu, il parle non de Dieu lui-même nommé par les églises qui reste inconnaissable, mais de l’image psychique du divin dans notre inconscient.

Enfin il y a l’apport de Jung dans sa « Réponse a Job » qui propose de retrouver en Dieu la conjonction des opposés présente dans l’homme, manifestation d’opposition radicale à la théologie dogmatique traditionnelle.

Pour ce qui en est de Jacques Lacan, c’est à partir de deux textes de Freud : « Totem et Tabou » et « Moïse et le monothéisme » qu’il aborde le rapport entre psychanalyse et religion. Il nous renvoie à la genèse de l’œdipe, au Nom du Père et à trois approche de la paternité :

Approche symbolique : le père est celui qui occupe la place donnée comme telle par la mère.

Approche imaginaire : celle donnée par l’enfant d’une image d’un père fort et admiré. Cette dimension va entrer en conflit avec l’image du père symbolique qui n’est pas à la hauteur de l’imaginaire.

Troisième approche : C’est le père réel qui vient occuper la place désignée dans le symbolique qui va permettre de dépasser cet écart : Le père du réel qui porte son désir sur une femme et peut transmettre ce désir.

Une autre approche est proposée par Lacan où la psychanalyse rejoint la mystique : « le sans pourquoi » que l’on trouve illustré dans la controverse à propos de la transverbération de Thérèse d’Avila, entre Marie Bonaparte et Lacan. Pour Philippe Julien, en fin de compte, il y a entre la psychanalyse et la religion un trait commun : la rencontre d’une béance irréductible.

Anna G. entreprend une psychanalyse avec Sigmund Freud à Vienne entre avril et juillet 1921. Cette jeune femme, psychiatre au Burghölzli à Zurich, a 27 ans. Alors qu’elle est fiancée depuis 7 ans, son mariage est annoncé pour l’automne.

Il y a 20 ans, 6 ans après sa mort, sa famille découvrit une lettre de Freud lui indiquant ses conditions pour une éventuelle analyse. Puis, quelques temps après, on retrouva son journal.

On y a accès à une partie des séances et des échanges qui ont eu lieu. On y est confronté à un étonnant témoignage sur ce qui pouvait être entendu et ressenti sur le divan de Freud.

La petite fille d’Anna G. a réuni dans cet ouvrage, outre l’édition du journal, divers commentaires qui le mette en situation : une étude historique de Karl Fallend qui brosse un tableau du contexte politique, social et culturel à Vienne en 1921. Puis une contribution de Thomas Aichhorn : "j’étais dans mon lit, Freud était là aussi" qui emprunte son titre au récit d’un rêve. Cet article analyse la position prise par Freud en la circonstance à propos de la pulsion sexuelle : La répression de la sexualité et son refoulement sont nocifs mais il ne s’agit pas pour autant de se laisser dominer par la pulsion. Il s’agit plutôt de gérer la pulsion, voire de renoncer à la pulsion. On le voit conseiller à son analysante de pratiquer l’abstinence pendant la durée de la cure. Ce thème est aussi abordé dans la contribution de John Forrester : "la névrose de transfert mouvementée d’Anna G. sur l’usage et l’abus de l’abstinence".

Nous disposons de plusieurs récits d’analyse avec Freud : ceux d’Ernst Blums, Hilda Doolittle, Hélène Deutsch, Abram Kardiner, Joseph Wortis. Pierre Passet nous propose dans son étude : "Freud observé pendant l’interprétation" de repérer comment le désir de la construction théorique peut venir en concurrence avec la simple exploration clinique.

C’est une problématique assez proche qu’aborde Ernst Falzeder dans son article "Freud analyste et thérapeute". Juliet Mitchell se livre pour sa part dans "Anna G. : Fragment d’un autre cas de petite hystérie" à une intéressante critique de l’interprétation oedipienne proposée par Freud. Confrontant ce journal avec d’autres sources, Ulrike Meys s’interroge sur la façon dont Freud travaillait effectivement dans son cabinet.

Au fil de ces commentaires le lecteur aura pu situer le journal d’Anna G. dans un contexte élargi et s’interroger sur les diverses questions qu’il suscite quant à la pratique freudienne.

Face à l’aveuglement persistant fut ce celui d’un "philosophe" médiatisé, on peut être tenté de baisser les bras et d’ignorer la vaine agitation des gazettes. Elisabeth Roudinesco ne cède pas à cette tentation et affronte avec détermination l’ignorance insolente fut-elle issue d’une université populaire.

L’historienne rappelle ici quelques unes des attaques subies par la psychanalyse et son fondateur, dont le dernier avatar fut "Le livre noir de la psychanalyse" paru en 2005, relancées par le récent pamphlet de Michel Onfray.

Elle fait justice, dans ce petit livre, des rumeurs et affabulations colportées par le livre d’Onfray et quelques articles de presse, comme la légende des honoraires abusifs qu’aurait exigés Freud. Elle revient point par point et sources à l’appui sur les accusations présentant Freud abusant de ses enfants et amant de sa belle sœur pendant quarante ans.

Les travaux historiques nous ont dégagé des peintures hagiographiques qui ont pu être faites des fondateurs de la psychanalyse. C’est heureux et il n’est nul besoin de les noircir à la manière caricaturale du "Crépuscule" pour avoir une vision plus réaliste de ces hommes et de ces femmes qui à travers leur cheminement personnel ont dégagé les voies de l’évolution psychique.

Après l’enquête historique sur l’histoire d’une rumeur : celle de la liaison de Freud avec sa belle sœur Mina, Elisabeth Roudinesco donne la parole à cinq contributeurs. Parmi eux Guillaume Muzeau, historien, donne, en contrepoint, une critique du livre écrit par Onfray, en 2009, sur Charlotte Corday. Franck Lelièvre recherche pour sa part les enjeux éditoriaux du "Crépuscule". Enfin, Pierre Delion trace une esquisse des effets de la psychanalyse sur l’évolution de la clinique et du traitement des désordres psychiques.

Laissons pour conclure la parole à Elisabeth Roudinesco "Quand on sait que huit millions de personnes en France sont traitées par des thérapies qui dérivent de la psychanalyse, on voit bien qu’une telle démarche s’apparente à une volonté de nuire. Elle ne pourra à terme que soulever l’indignation de tous ceux qui – psychiatres, psychanalystes, psychologues, psychothérapeutes- apportent une aide indispensable à ceux qui sont autant frappés par la misère économique – les enfants en détresse, les fous, les immigrés, les pauvres – que par cette souffrance psychique que mettent au jour tous les collectifs de spécialistes" (p.13).

Federico Fellini a été en psychanalyse d’abord avec un freudien : Emilio Servadio puis avec un jungien : Ernst Bernhard, Il écrivait ses rêves et les illustrait de dessins et de peintures. Ces documents longtemps inaccessibles, après la mort de Fellini en 1993, ont été publiés en 2007 simultanément en Italie, en France et aux États-unis (1).

Christian Gaillard se livre dans la première partie de l’ouvrage à une évaluation qualitative des récit et des images des rêves de Fellini au fil du temps. Il discerne dans cet espace, un avant et un après le début de l’analyse avec Bernhard. Il y voit Fellini "se laisser progressivement aller à accueillir les expressions en fait de plus en plus inattendues, voire les plus dérangeantes du travail inconscient qui se manifeste sur la scène de ses rêves".

On suit donc au fil des rêves les représentations felliniennes du féminin mais aussi les variations des images de lui-même et l’évolution du transfert avec son analyste.

Le lecteur trouvera chez Fellini l’illustration de ce qu’écrivait Carl Gustave Jung : "Le rêve est un théâtre où celui qui rêve est à la fois scénariste, réalisateur, auteur, public et critique".

Dans la seconde partie de l’ouvrage, Lella Ravasi Bellochio nous propose quelques hypothèses sur le cheminement intérieur du cinéaste. Elle suit la trace de ces figures du féminin qui hantent les rêves de Fellini mais aussi ses films : de la mère-madone à la putain, de Giulietta à l’Anita de la Fontaine de Trévi dans la Dolce Vita.

Ce sont les archétypes qui traversent aussi la vie de Fellini et qui y manifestent le dialogue du réel et du symbolique.

Deux approches qui donnent au lecteur le goût d’aller explorer un peu plus "Le livre de mes rêves" mais aussi l’envie de revoir quelques films du Maestro.

(1) F. Fellini, Le livre de mes rêves, Paris, Flammarion, 2007.

Les grands concepts caractéristiques de la démarche de Winnicott ont fait fortune. Sans doute, même s’ils ne les ont pas découverts dans le texte, beaucoup connaissent la mère suffisamment bonne (good-enough mother) ou le vrai et le faux self (false, true self) et l’objet transitionnel.

Ce remarquable clinicien de l’enfance (1896-1971) faisait parti à Londres du groupe des indépendants qui se tenaient à distance du sectarisme des kleiniens et des annafeudiens. Il développe des idées originales sur la relation d’objet, le soi, le jeu et une approche de la psychose comme un échec à la relation maternelle.

La mère suffisamment bonne est celle qui établit progressivement la juste distance , ni captation, ni abandon et développe le désir de l’enfant plutôt que sa soumission ou sa révolte.

Les conférences rassemblées ici, inédites en français, s’adressaient initialement à des travailleurs sociaux. On y voit se développer une acuité clinique exceptionnelle, une modération dans l’intervention et une sagesse empreinte de bon sens et de bienveillance, caractéristique de la démarche de Winnicott.

Françoise Bouillot a traduit ce recueil dans une langue précise et élégante qui donne un accès agréable à ces textes.

A travers des récits tirés de sa pratique, de ses lectures et du travail d’autres psychanalystes, Gérard Haddad nous propose une nouvelle étiologie de l’alcoolisme féminin.

Son point de départ est le cas d’une jeune femme venue chez lui dans un état d’alcoolisme avancé. Elle se révéla avoir été victime lors d’une intervention chirurgicale pour l’ablation de l’appendice, d’une stérilisation opérée par le chirurgien soudoyé par son mari.

Au bout de quelques mois de travail analytique le lien fut établi entre l’alcoolisme et cette mutilation imposée. Il arrive aussi que ce soient des avortements contraints qui conduisent à l’alcoolisme et souvent, l’origine de cette addiction serait à chercher dans cette violence faite au désir de maternité.

Gérard Haddad pense que l’alcoolisme et d’autres dépendances seraient aussi pour les hommes en rapport avec la génération mais d’une manière différente.

En ce qui concerne la femme qui s’adonne à l’alcool, il y a à chercher du coté de la destruction de son désir de maternité ou de la mise à mal de la fonction symbolique de la maternité.

Chez l’homme, il s’agit de la difficulté à mettre en œuvre la fonction symbolique du père.

Pour l’auteur, il s’agit donc de rechercher une cause de l’alcoolisme dans les aléas et les échecs qui surviennent lors de l’accession des hommes et des femmes aux fonctions symboliques qui règlent la reproduction de l’espèce.

Une hypothèse intéressante qui mérite d’être explorée et discutée.

Les histoires que raconte Anne Dufourmantelle pourraient, pour beaucoup, être l’illustration du vers de Louis Aragon : « Il n’y a pas d’amour heureux ». En tous cas, souvent l’image de la souffrance portée par ces amours malheureuses qui sont la répétition de séquences anciennes, se réitèrent sans se dévoiler. C’est à ces dévoilements que concoure la psychanalyse en révélant comment la peur d’être abandonné trouve son origine dans un évènement de l’enfance, en pointant l’origine d’une culpabilité dans un sentiment de toute puissance et ainsi de suite, en cherchant où s’enracinent la jalousie, la haine, la fusion, le conflit qui scandent ces histoires d’amour.

En contre point de cette démarche, l’auteur convoque quelques philosophes, Sénèque, Épicure, Nietzsche, Kierkegaard, Husserl, et nous propose quelques considérations sur les pratiques sociales de la sexualité. Certains lecteurs y discerneront sans doute comme un évitement à aller au plus loin dans l’interrogation de l’inconscient psychique. Il demeure que ce petit traité de psychopathologie amoureuse ne manque pas de piquant !

Lou Salomé rencontrant Joseph Breuer dans un café de Venise pour le solliciter de venir en aide à Frédéric Nietzsche; c’est le point de départ du roman imaginé par Irvin Yalom pour raconter à sa manière et à l’aide d’une fiction, la naissance de la psychothérapie. Puisque nous sommes en Italie, nous appliquerons volontiers à ce livre l’expression d’outre mont : « Si non è vero, è bene trovato! ».

En effet, ce gros roman nous fait assister à la confrontation de deux individus peu ordinaires, tous deux en difficulté psychique. Breuer essaie d’échapper à la fascination qu’il éprouve pour sa patiente Anna O. (Bertha Papenheim) tandis que Nietzsche se remet mal de sa relation contrariée avec Lou Salomé et de son amitié brisée avec Paul Rée.

Les deux hommes vont conclure un pacte d’aide mutuelle non exempte de rouerie et d’arrières pensées de part et d’autre. A travers ce qui se présente comme une curieuse partie d’échec, ils vont pourtant, chacun pour sa part, progresser vers leur vérité personnelle à travers une cure par la parole.

Ce livre est une fiction qui intègre quelques références historiques : Frédéric Nietzsche et Joseph Breuer ne se sont jamais rencontrés. Pourtant, le récit qui nous est fait sonne juste au-delà de la fiction événementielle. La démarche d’exploration psychique décrite par Irvin Yalom a une réelle cohérence interne et paradoxalement a une saveur plus réaliste que bien des comptes rendus cliniques. Elle décrit avec finesse et nuance les chemins d’un périple au cœur de la psyché.

Simone Korff-Sausse nous propose de réfléchir à la transformation de l’image du père. Elle s’élève contre l’idée reçue, largement répandue de la disparition des pères, de l’absence des pères, de la démission des pères. S’il est vrai que le pater familias à l’ancienne a pris un coup de vieux, il n’en reste pas moins pourtant que les pères sont présents, différents, en recherche d’adaptation à de nouvelles modalités. L’auteur s’oppose donc à ce modèle idéologique envahissant du père manquant qui semble généraliser des situations réelles mais accidentelles.

Il est vrai que la dissociation de la procréation biologique, sociale et relationnelle ébranle l’image de la paternité. Pour l’auteur ce qui caractérise cette évolution c’est le passage du pater familias au père affectif. C’est une contre proposition et un rééquilibrage par rapport aux positions de Aldo Naouri et de ceux qui voient le rôle essentiel du père dans l’exercice du refoulement du féminin envahissant.

Simone Korff-Sausse, fait une hypothèse sur l’évolution de l’identité masculine, qui mérite d’être relevée : Dans la petite enfance, le petit garçon comme la petite fille s’identifie avec la figure maternelle. Pour accéder à la virilité, il doit renoncer à cette identification. On peut voir dans cette nécessité la source des attitudes péjoratives et agressives vis à vis du féminin. La situation actuelle pourrait permettre d’aborder autrement ce cheminement en se réappropriant les identifications féminines primaires : lorsque les jeunes pères s’identifient dans une certaine mesure au rôle maternel, ils vont intégrer les aspects féminins et maternels de leur identité. Il s’agit bien d’une révolution anthropologique.

Ce livre marque un jalon dans une évolution : celle de l’image du père, de la vision de la virilité, de l’identité masculine, des rapports entre féminin et masculin; rien de moins !

Lydia Flem nous rend compte ici de l’expérience que vivent tous les parents avec plus ou moins de conscience, plus ou moins de bonheur, plus ou moins de liberté intérieure : celle de la séparation d’avec les enfants devenus grands, qui vont prendre leur envol, en ont le désir mais y résistent aussi, qui partagent avec leurs parents une certaine ambivalence vis à vis de ce départ.

Le grand intérêt de l’écrit de Lydia Flem est de ne pas faire l’économie de l’expression de l’émotion. Elle ne dissimule pas ce qui est ressenti à la perspective de cette séparation au plan de l’affect et au niveau même des réactions somatiques. Elle explicite la dimension éthique de la situation mais elle n’ignore ni les résistances ni les conflits qu’elle entraîne.

Au travers de son témoignage, le lecteur pourra apprendre à reconnaître et assumer ses propres émotions. Il pourra percevoir le sens de l’évolution à laquelle il est convié, nommer ses résistances et peut-être, au delà de ces tensions, réussir à se retrouver dans un nouvel équilibre relationnel.

Voici un psychanalyste qui se livre au jeu des associations. A partir d’un objet (le manteau), d’un geste (l’escalier), d’une parole (l’un parle l’autre pas), d’une succession d’évènements (les trois chutes), d’un fantasme (un cri du corps), il déroule un morceau de l’histoire d’une analyse. S’y articulent la référence à un texte de Freud, une parole de Jung, un concept Kleinien, le souvenir d’une peinture du Duomo de Florence, un emboîtement de souvenirs. Ainsi se tisse la trame sur laquelle on reconnaîtra les traces de l’inconscient psychique.

Ce parcours va permettre à l’auteur de poser quelques questions qui susciteront l’intérêt des analystes et de ceux qui observent la pratique analytique : La place de l’interprétation, la possibilité de l’analyse des psychotiques, le sens de l’indifférence, le rôle du genre dans le transfert, la violence du fantasme, des interrogations sur le cadre et quelques d’autres .

Il est plusieurs dictionnaires de la psychanalyse qui se sont mesurés au classique, technique et traditionnel ouvrage de référence "Laplanche et Pontalis". Le modeste ouvrage de Jacques André n’est pas le moins pertinent, loin s’en faut.

Il passe en revue des termes que l’on rattache habituellement au champs de la psychanalyse : ça, complexe d’Œdipe, cure, hystérie, phallus, pulsion de mort… Il s’intéresse aussi à des mots du vocabulaire courant : amour, angoisse, corps, désir, honte, tendresse…à propos desquels il apporte l’éclairage particulier que peut donner l’attention à l’inconscient psychique et à la démarche analytique.

Dans l’un et l’autre cas, l’auteur s’attache à parler un langage simple, accessible au non spécialiste. On lui saura gré d’avoir évité le jargon et aussi d’avoir illustré son propos de nombreux exemples et anecdotes.

Il sait également s’impliquer et manifester que l’analyste aussi est objet d’analyse (contre-transfert).

Last but not least, l’humour de Pierre André nous accompagne au long de cette exploration de la langue de la psychanalyse qui, déjà, nous fait toucher du doigt la réalité de l’exploration de l’arrière-scène du psychisme humain.

Martine Bacherich aime les histoires. Elle nous suggère dans son avant propos qu’elle en tient le goût d’une réaction au monde ordonné et silencieux de son enfance. C’est là aussi que s’enracine son envie de comprendre en compensation aux refus de répondre à ses interrogations enfantines.

C’est ainsi que devenue psychanalyste, elle envisage le travail avec ses patients comme une création d’histoires. Et donc, de ces cures, il deviendrait possible de parler dans une langue simple et accessible. A l’instar de Freud, notre auteur soutient que c’est sans recourir au jargon que l’on peut rendre compte du voyage qui se poursuit entre divan et fauteuil.

Martine Bacherich reconnaît elle même dans cette passion pour les histoires une parenté avec Françoise Dolto et finalement un style d’analyse : « Raconter des histoires, attendre du patient une histoire, la raconter à un ou des collègues, se raconter à soi l’histoire de ce patient… la remanier sans cesse à deux tout au long de la cure, la rejouer dans le transfert… ».

Il y a sans doute dans cette perspective une manière de se relier avec la vie psychique plus convaincante et plus stimulante que le jeu avec les concepts.

Au moment où Freud fait paraître "Le malaise dans la culture" en 1930, John Maynard Keynes publie "Perspectives économiques pour nos petits enfants". Ce dernier présente une perspective plutôt optimiste sur ce que parait promettre le progrès du Capitalisme. Nous verrons qu’il n’en restera pas là. L’ouvrage de Freud, de son côté, manifeste comment, au sein même de la force de vie portée par la civilisation, il y a une pulsion de mort contre laquelle elle lutte sans cesse.

Bernard Maris et Gilles Dostaler opèrent un rapprochement stimulant entre les positions de Freud et de Keynes. Ils posent ainsi la question centrale : "Le capitalisme, en détournant la technique au profit de l’accumulation, n’a-t-il pas largement ouvert les vannes à une pulsion de mort enfouie au cœur de l’humanité?

Déjà en 1959, Brown, l’auteur de "Eros et Thanatos" relevait les convergences entre les idées de Freud et de Keynes sur l’argent, le capitalisme et la mort. Chez l’un et l’autre, l’argent n’est pas seulement un commode instrument d’échange. Il renvoie à des réalités de l’inconscient psychique : l’érotisme anal, la destruction, la mort.

Les auteurs nous rappellent au fil du livre l’histoire du roi Midas qui, pour récompense d’avoir recueilli le précepteur de Dionysos, obtient de ce dernier la réalisation de son vœu : le pouvoir de transformer en or tout ce qu’il toucherait. Ce qui l’amena bien près de mourir de faim et de soif sur un tas d’or. Il ne dû qu’a la bienveillance du dieu d’échapper à ce privilège et à cette malédiction en se baignant dans le fleuve Pactole.

Les deux économistes nous invitent à appliquer les grilles de lecture induites par Freud et Keynes à la situation d’aujourd’hui. Ils passent au crible de cette analyse trois phénomènes contemporains : la mondialisation, la crise financière, la rente.

La conclusion n’est pas optimiste mais elle est argumentée. Pourtant laissons-nous espérer qu’Eros, encore une fois, pourra surmonter Thanatos. Mais à quel prix ?

L’auteur qui est psychanalyste à la Société Psychanalytique de Paris a entrepris de parler de la psychanalyse en évitant, autant que faire se peut, le jargon des spécialistes. Il donne d’abord quelques conseils pour choisir son psychanalyste. A notre avis, ils ne sont pas suffisants. Se fier à ses impressions, où s’adresser à une société, ce n’est pas assez. Il faut vraiment savoir à qui l’on a affaire : culture de base (psychologique, médicale, ou autre) et formation spécifique (durée de l’analyse personnelle, didactique, contrôles), expérience professionnelle. Ce sont des questions à poser lors d’un premier entretien. A ces garanties objectives, il faudra alors ajouter une impression subjective : celle de pouvoir travailler avec telle personne.

Dans ce livre, au fil des conversations avec un patient imaginaire, vont être abordées beaucoup d’autres questions qui peuvent se poser au "commençant" : comment se passe une analyse, combien de temps ça dure, qu’est ce que ça coûte ? Le problème du transfert y est aussi approché de façon explicite. On y trouvera enfin un point de vue pertinent sur le "comment devient-on psychanalyste" : un drôle de métier.

Ces questions et quelques autres sont traitées avec simplicité et finesse au long de cet ouvrage. Ce livre sera utile à ceux qui envisagent un travail sur eux-mêmes et veulent éclaircir quelques idées avant de se lancer dans l’aventure.

Max Eitingon (1881-1943), psychiatre et psychanalyste polonais, est une figure peu connue des débuts de la psychanalyse. Il n’a pas laissé une œuvre théorique marquante. Pourtant il a joué un rôle de premier plan dans l’organisation du mouvement psychanalytique. C’est dire l’intérêt historique de l’édition en français des 821 lettres qu’il échangea avec Freud entre 1906 et 1939.

Après avoir terminé ses études de médecine à Leipzig, Eitingon part à Zurich pour travailler avec Bleuler. Il y croise Carl Gustave Jung, Karl Abraham, Ludvig Binswanger et Sabrina Spielerein. Il se rend à Vienne en 1907, rencontre Freud et entreprend avec lui une analyse didactique au cours de leurs promenades vespérales à partir de 1908. Puis à Berlin en 1909, il fonde, avec Abraham, la Société Psychanalytique. En 1920, il crée la Polyclinique et son influence va aller grandissant en ce qui concerne la formation et la supervision des analystes.

En 1933 le Reich décrète l’interdiction pour tout étranger d’occuper une fonction dans une société médicale. Après une visite à Vienne, Eitigon démissionne de la Polyclinique, démarche favorisée par Félix Boehme qui assure sa succession.

Cela aboutira, deux ans plus tard, à la prise en main par les nazis du Berliner Psychoanalytisches Institut.

La correspondance de Sigmund Freud et de Max Eitingon témoigne des évènements tragiques vécus par ces pionniers, mais aussi de la mise en place de la première ébauche institutionnelle du mouvement psychanalytique.

Entre psychanalyse, littérature et cinéma, l’auteur explore ce symptôme banal de la vie quotidienne qu’est la timidité. Par son intensité et sa permanence, ce handicap peut faire de la vie un enfer et être à l’origine d’une demande d’analyse.

Tout en parcourant les Confessions de J.J.Rousseau, puis au travers du cinéma italien et de quelques cas cliniques, Patrick Avrane, l’air de rien, entraîne le lecteur à revisiter quelques concepts fondamentaux de la psychanalyse comme le narcissisme, le moi idéal et l’idéal du moi, la pulsion de regarder (voir et être vu).

Le conflit permanent entre le moi idéal et l’idéal du moi serait la question centrale du "symptôme timidité".

Sophie Cadalen défend une thèse et n’évite pas toujours de tomber dans l’unilatéralité. Il s’agit pour elle de revendiquer le droit pour les femmes d’exercer le pouvoir sans qu’on puisse les accuser de trahir leur nature. L’auteur part donc en guerre contre ceux qui accusent les femmes au pouvoir de perdre leur féminité mais son discours vise aussi ceux qui distribuent trop facilement féminin et masculin dans des rôles étanches, dans des manières de vivre une sexualité stéréotypée.

La revendication phallique excessive ne réside pas dans le fait que les femmes prennent le pouvoir. Elle est dans la manière de l’exercer.

Prendre le pouvoir est sans doute pour les femmes comme pour les hommes une expression légitime du phallus. Ce peut être une manière juste d’exprimer l’affirmation de l’Animus chez la femme. Ce qui est insupportable c’est, chez la femme comme chez l’homme, l’excès de cet exercice du pouvoir. La femme phallocrate qui est possédée par son Animus se met dans une position castratrice aussi bien pour les hommes que pour les femmes à l’entour. C’est dire que le phallocratisme peut être exercé aujourd’hui aussi bien par l es femmes que par les hommes.

D’autres aspects de cette problématique sont évoqués dans un livre dont nous rendrons compte prochainement : Col. Sous la direction de Catherine Vidal, Féminin Masculin, Mythes et Idéologies, Paris, Berlin, 2006.

Le "Dictionnaire Jung" qui vient de paraître est une version augmentée et enrichie du "Vocabulaire de Carl Gustav Jung", édité en 2005. Sous la direction d’Aimé Agnel, quelques psychanalystes jungiens auxquels s’est joint Michel Cazenave, éditeur de la traduction en français des œuvres de Jung, proposent de parcourir les grands thèmes de la pensée Jungienne à travers son vocabulaire de l’ "Affect" à l’ "Unus Mundus".

Dans sa préface, Aimé Agnel relève la place centrale que tient, dans l’œuvre de Jung, le concept de différenciation qui vise la distinction et la séparation entre l’individu et le collectif, entre la personne et les relations qu’elle a établies au long de son histoire mais aussi toutes les discriminations qui jalonnent l’individuation et qui touchent au conscient-inconscient, introversion-extraversion, masculin-féminin, moi-Soi…

Étonnamment, la différenciation n’apparaît pas dans la liste des termes égrenés par le Vocabulaire et par le Dictionnaire. Peut-être le trouverons-nous dans la future édition d’un "Lexique de C. G. Jung" ?

Il est vrai que l’on rencontre dans le présent ouvrage des références à ce concept central dans de nombreux articles. Nous en avons, pour notre part, trouvé des occurrences lorsqu’il s’agit de l’Altérité, de l’Ame, d’Anima /Animus, Fonction d’adaptation, Individuation etc…

Il s’agit bien évidemment d’une idée essentielle et transversale à propos de laquelle on constate que si l’ouvrage se prête à la consultation d’un terme particulier, il permet aussi un parcours en saute mouton d’un concept à l’autre et le suivi d’une idée au travers de différents termes.

C’est donc un outil fort utile qui, avec le "Catalogue chronologique des écrits de Carl Gustav Jung", réalisé par Juliette Vieljeux, sera à portée de main du lecteur curieux de Jung.

Ce petit volume rend compte du Forum tenu le 12 octobre 1999 qui s’interrogeait sur le fait de savoir si les progrès de la pharmacologie permettent d’affirmer que les antidépresseurs sont la réponse adéquate pour les patients déprimés.

S’il en était ainsi, nous entrerions dans une banalisation médicale de la dépression accompagnée de la disqualification de la psychologie clinique et de la psychanalyse dans ce champ.

Pourtant comme le remarque Pierre Fedida : "La dépressivité est inhérente à l’émergence du sens dans la communication humaine et à cet égard, elle est constitutive de ce qu’on appelle psychique".

Le débat s’organise autour des apports du neurobiologiste, ceux du sociologue, de l’historien, du philosophe, du psychiatre et du psychanalyste. On y élabore quelques problématiques essentielles comme celles-ci : Peut-on encore distinguer entre les malheurs et les frustrations de la vie ordinaire et la souffrance pathologique ? L’individu n’est-il pas aujourd’hui confronté plus à une pathologie de l’insuffisance qu’à une maladie de la faute, à l’univers du dysfonctionnement plus qu’à celui de la loi, au moment où les règles sociales demandent de l’initiative et des aptitudes plus que des conformismes de pensée et des automatismes de conduite ? N’y a-t-il pas en ce sens un déplacement de la culpabilité à la responsabilité ?

La dépression est-elle encore une affection de l’esprit ? Question posée en référence à la résistance opposée à la vision de la dépression comme malaise psychique, considérée comme péjorative et stigmatisante : complaisance et faiblesse de caractère.

Vient enfin l’interrogation du sociologue : Dans le contexte d’idéalisation de la performance prônée par la société libérale, la dépression serait-elle la contre partie psychopathologique à la recherche de l’adaptation à cette exigence ? Au travers des contributions diverses on voit bien se dessiner les hypothèses qui peuvent être avancées entre phénomènes psychiques et évolutions sociales.

Catherine Ternynck qui est psychanalyste, membre de la Société Psychanalytique de Paris, nous propose dans ce livre un parcours original, une balade impressionniste, évocatrice de ce qui se passe dans cette chambre à part qu’est le cabinet du psychanalyste.

On ne trouvera dans ce livre rien de théorique, à peine de suggestion clinique mais des évocations, des impressions, des circonlocutions, une approche empreinte de symbolisme et de poésie. Au fil du récit et au long du défilé des visiteurs de la chambre se succèdent les descriptions suggestives, les métaphores évocatrices, les raccourcis quelquefois saisissants, d’autres fois quelques peu rapides et péremptoires.

On pourra y voir selon sa disposition d’esprit une grande richesse d’évocation avec de multiples harmoniques ou bien une entreprise quelquefois erratique marquée par le flou et l’ambiguïté.

Peut-être y a-t-il plusieurs livres comme il y a plusieurs lecteurs ?

DH.O.D. de Macedo utilise ici une fiction analogue aux "Lettres à un jeune poète" de Rainer Maria Rilke pour parcourir avec une interlocutrice fictive les questionnements posés par l’expérience de la psychanalyse.

Il y aborde les convictions qui fondent son attitude de psychanalyste. Il évoque ses contacts avec Françoise Dolto et la supervision qu’il a reçue de celle-ci, puis le travail avec Gisela Pankow et leur proximité dans l’abord des psychotiques.

A propos de ce qui s’est passé entre Freud et Ferenczi, de Macedo nous propose quelques pistes et nous invite à nous interroger sur cet épisode l’histoire de la psychanalyse en offrant quelques repères opportuns.

Au fil des pages nous abordons certains thèmes chers à l’auteur dans une approche originale : la place de l’humour dans la relation analytique mais aussi le transfert et l’amitié, et bien d’autres questions abordées avec vivacité et concision au long des trente six lettres qui constituent l’ouvrage.

Didier Lauru plaide dans cet ouvrage pour que la libération des mœurs issue de mai1968 n’entraîne pas une confusion entre la sexualité des enfants et celle des adultes, ce qui serait déni de la succession des générations et de la temporalité. L’auteur, psychanalyste, directeur du CMPP Etienne Marcel à Paris, aborde sans dogmatisme, ni rigidité ou laxisme les expressions des étapes de la sexualité infantile de l’autoérotisme à la découverte de l’autre et à la découverte du sentiment amoureux. En évoquant l’Oedipe, il ne peut éviter de pointer les situations qui rendent sa traversée difficile et mettent en question l’intégration de l’interdit de l’inceste et le renoncement à la toute puissance.

Didier Lauru propose quelques hypothèses pertinentes sur les origines du symptôme d’hyperactivité chez l’enfant. Il les illustre de vignettes cliniques assez suggestives.

Il faut bien alors, aborder la question de l’incestuel, c'est-à-dire cette modalité relationnelle qui à une dimension incestueuse sans qu’il y ait acte sexuel direct sur le corps de l’enfant. On vise là tout ce qui inclut un échange ambiguë, érotisé, sans aller jusqu’au contact sexuel. Il y a des comportements à symbolique incestuelle auxquels il convient d’être particulièrement attentif. Dans une société donnée, les transgressions culturelles peuvent prendre une connotation incestuelle et rendre problématique l’interdit de l’inceste.

A coté de l’inceste réel, il y a l’inceste anthropologique qui concerne par exemple la relation entre un homme et l’enfant de sa compagne et l’inceste du 2° type qui concerne la relation avec un enfant adoptif du conjoint. La pornographie mais aussi l’imprégnation de la publicité et de la presse par les pratiques sexuelles, accessibles au regard des enfants introduit un clivage entre la pratique sexuelle et la relation amoureuse et une confusion entre performance et expérience.

En paraphrasant le titre du livre de Didier Lauru, on pourrait dire que la sexualité des enfants est aussi l’affaire des grands, dans la mesure où ces derniers ont à ne pas confondre leur sexualité avec celle des enfants et à garder la juste distance qui permette à leurs enfants de grandir à leur rythme.

Les FOLIES MINUSCULES présentent une vingtaine de textes dont les titres évoquent autant de nouvelles. Mais il s’agit bien de psychanalyse : « La fourchette, le mensonge, le parapluie, le trou, ma mère est folle, ne me touche pas ». Dans une langue pleine de finesse, l’auteur nous conte les mots d’amour et de haine dont l’Inconscient se tisse au quotidien.

« tu es un accident, mon enfant est tout pour moi », mots empreints de folie minuscule qui marquent le sujet en devenir.

De là, on passe aux « folies meurtrières », récits recueillis aux Antilles, crimes de gens ordinaires qui ont tué des proches trop aimés, trop haïs. Leurs paroles sont sidérantes.

Il faut citer quelques lignes de l’avant propos de Jacques André : « Il y a bien une communauté de nature entre l’esprit sain et celui que la folie dérange… La pathologie ne crée rien, elle exagère… Le fêlé, si bien nommé par la langue usuelle, l'être brisé, ne font que manifester par le bruit, la fureur ou la douleur, notre commune folie ».

Jed Rubenfeld, professeur à Princeton, auteur d’une thèse sur Freud, nous livre ici son premier roman. L’intrigue est construite dans le cadre du voyage, accompli à New-York en 1909, par Freud, Jung, Jones et Ferenczi, dans le but de donner une série de conférences à l’Université Clark à Worcester.

Le récit de Jed Rubenfeld est organisé à partir d’éléments réels : circonstances du voyage, interlocuteurs, relations des protagonistes. Il a intégré ceux-ci à une intrigue policière tout à fait bien ficelée qui tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière ligne. S’ajoute au plaisir du "polar" celui d’un récit qui met en scène les premiers praticiens de la psychanalyse.

Le lecteur curieux pourra confronter les événements de 1909 racontés par Rubenfeld avec ce qu’en rapportent les historiens. Du coté de Freud : Ernest Jones, La vie et l’œuvre de Sigmund Freud, Paris, PUF, 1961, en particulier tome II, p. 56 à 69 et du coté Jung : Deidre Bair, Jung, Paris, Flammarion, 2007, p. 246 à 262.

A quoi tient la fragilité masculine repérée par la série de symptômes présentés par les hommes adultes, plus fréquents que chez les femmes : alcoolisme et toxicomanie mais aussi une occurrence plus grande de la paranoïa et des comportements paranoïdes ?

Guy Corneau reprend ici la thèse qui attribue cette déficience à l’absence du père et des modèles masculins. Ce serait là l’origine des difficultés liées à l’identité masculine.

Le lien entre le père manquant et le fils manqué s’appuie ici sur l’hypothèse de la constitution de la personnalité par identifications successives, processus par lequel l’enfant intègre un aspect de l’autre et se transforme à partir de ce modèle. Et cela se fait si on a reconnu un élément commun entre soi et l’autre.

La première identification de l’enfant se fait naturellement à la mère. Il va falloir pour le garçon transférer cette identification première à la mère à une identification au père.

C’est dans nombre de sociétés le sens des rites d’initiation. Le père va aider l’enfant à se structurer dans l’affirmation de soi, la capacité à faire sa place, l’aptitude à l’abstraction et aux relations sociales. C’est aussi la présence du père réel qui va humaniser l’archétype paternel ; humaniser, c'est-à-dire échapper à l’idéalisation comme à la dégradation.

L’absence du père produit un manque de structure interne qui entraîne la confusion intérieure, désordre qui peut être compensé par une structuration à partir de l’extérieur. Guy Corneau y voit le moteur des activistes, des séducteurs mais aussi des bodybuilders et des alcooliques…

L’auteur nous invite, pour illustrer son propos, à parcourir une galerie de portraits supports d’une analyse parfois quelque peu rapide mais qui ont l’intérêt de pointer quelques types caractéristiques de l’évolution masculine et ses avatars.

Les noms de Gilles Deleuze et Félix Guattari sont liés à la publication en 1972 de "l’Anti-Œdipe" qui rencontra à l’époque une grande audience. C’est une date dans l’expression du courant Reichien et cela constitue un évènement pour le mouvement antipsychiatrique en France.

Gilles Deleuze est un philosophe qui a travaillé Spinoza, Nietzsche, Proust et Bergson.

Félix Guattari, analysé par Lacan, fait partie depuis 1953 de l’équipe du château de La Borde à Court-Cheverny, qui pratique une psychothérapie institutionnelle caractérisée par la vie communautaire, la suppression des blouses blanches mais le maintien, à côté de la psychothérapie, des approches de la psychiatrie classique y compris l’électrochoc. Cette équipe est animée par Jean Oury disciple de Lacan.

Dès la parution de "l’Anti-Œdipe", apparaît le décalage entre les théories antipsychiatriques de l’ouvrage et la réalité institutionnelle dans laquelle elles sont censées se manifester.

François Dosse nous décrit les itinéraires personnels de Deleuze et Guattari et leur rencontre en 1969, qui va apporter bien des bouleversements à la clinique de La Borde.

On trouvera dans cet ouvrage les échos de cette période riche et troublée. On pourra regretter que l’auteur n’ait pas une position suffisamment critique par rapport au mouvement anti-oedipien et que sa présentation du contexte où se déploient les anti-oedipiens, les freudo-marxistes, antipsychiatres et lacaniens, soit assez tendancieuse.

On gardera de l’ouvrage une présentation chaleureuse de deux personnalités qui ont marqué un moment de l’histoire.

Cette biographie de Carl Gustav Jung, parue en anglais en 2003 est enfin disponible dans sa version française. On se réjouira donc de pouvoir accéder plus aisément à cette somme considérable qui ne tombe ni dans les facilités de l’hagiographie ni dans celles de la caricature pamphlétaire.

A la lecture de l’ouvrage on mesure la masse de documents que l’auteur a du consulter et le nombre de témoins qu’elle a du solliciter pour établir les informations qu’elle nous livre.

Le résultat est probant. Bien des épisodes de la vie de Jung se trouvent éclairés de manière inédite : La rencontre et la rupture avec Freud, les relations entre Carl Gustav, Tony Wolf et Emma Jung, les positions prises par Jung face au nazisme et les soupçons d’antisémitisme objets de tant de controverses.

On trouvera donc dans ce livre de précieuses sources d’information appuyées sur des notes bien documentées et l’ouvrage, écrit d’une plume alerte, peut se lire malgré sa dimension imposante, comme une fresque historique passionnante.

Au moment où s’apaisent les remous créés par la parution en 2005 du Livre noir de la psychanalyse, dernier avatar de la lutte incessante menée par ceux qui ont fait de la découverte de Freud leur ennemie privilégié, parait un livre qui prend de la hauteur et propose de donner du sens à la dispersion et aux affrontements qui se manifestent dans le champ des psychothérapies.

Daniel Sibony passe en revue les approches diverses, en particulier celles qui prétendent faire l’économie de l’inconscient psychique et résoudre par l’apprentissage et le conditionnement ce qui fait difficulté dans la vie des gens. En explorant l’hypnose, la suggestion, les thérapies cognotivo-comportementales, les thérapies systémiques et les thérapies familiales mais aussi la résilience et l’ethnopsychiatrie, il met en lumière ce que chacun doit à la découverte freudienne sous une forme ou sous une autre. Il relève comment toutes d’une manière ou d’une autre, prennent en compte l’inconscient psychique et le transfert. Ce qui n’empêche pas certaines de développer des rites hostiles à la démarche analytique.

Nous pouvons disposer depuis 1970 d’une édition française de la correspondance de Lou Andreas Salomé avec Sigmund Freud. Grace à la traduction de Stéphane Michaud, nous avons aujourd’hui accès au volumineux recueil des échanges épistolaires entre Lou Andreas-Salomé et Anna Freud. Cette correspondance couvre près de 20 ans de 1919 à 1937, donc jusqu’à la mort de Lou.

Ces écrits commencent sur un ton réservé qui devient très vite familier. On y trouve beaucoup d’échanges personnels mais aussi des notations qui touchent à l’environnement de Freud, à divers protagonistes du monde de la psychanalyse. La place des considérations professionnelles est relativement restreinte dans ce volume épais de plus de six cent pages mais il nous renvoie une image très humaine parfois étonnamment proche des deux épistolières qui sont dans l’ombre tutélaire de Sigmund.

On trouvera dans une excellente postface de D. Rothe et I. Weber, une mise en perspective de cette correspondance et des relations qui la soutiennent.

Ceux qui souhaitent élargir leur connaissance du contexte pourront se référer à des ouvrages très accessibles:

Deux bonnes biographies de Lou :

- H.F.Peters, Ma sœur, mon épouse, Gallimard, Paris, 1967.
- Stéphane Michaud, Lou Andreas-Salomé, Paris, Seuil, 2005.

Et puis bien sur :
- Lou Andreas-Salomé, Lettre ouverte à Freud, Paris, Seuil, 2005.
- Correspondance de Lou Andreas-Salomé avec Sigmund Freud, Paris, Gallimard, 1970.
- Correspondance de Lou Andreas-Salomé avec Rainer Maria Rilke, Paris, Gallimard, 1979.

Elisabeth Roudinesco nous convie dans son dernier ouvrage à un voyage dans le temps à travers les perversions ou plutôt, elle nous invite à examiner avec elle l’évolution du sens de ce terme et de son contenu.

On y entre par le moyen âge avec Gilles de Rais connu à la fois pour ses crimes sadiques perpétrés sur de jeunes enfants et pour avoir été un brave soldat au service de Jeanne d’Arc.

D’emblée, à propos de la première figure perverse qu’elle aborde, E. Roudinesco pointe la proximité de l’ombre et de la lumière.

Au XVIIIe siècle, c’est autour de la vie et de l’œuvre du marquis de Sade qui reçut comme Gilles de Rais, une éducation venue de l’arrogance d’une noblesse débauchée, que va s’organiser le rapport entre le désir pervers et l’écriture. A l’asile de Charenton le marquis finira ses jours sous l’étiquette de la "démence libertine".

Au siècle suivant, la médecine va s’emparer des perversions, constituer leur catalogue et décrire leurs variations. Mais c’est au XXe siècle que l’on voit s’affirmer avec le nazisme, le développement du crime pervers, illustré en particulier par Rudolf Höss (le commandant d’Auschwitz parle, Paris, La Découverte, 2005).

Après quoi, on voit de nos jours la perversion changer de nom selon qu’elle affecte la sphère du privé ou qu’elle est porteuse de violence sociale et relève du trouble de l’identité ou de la délinquance voire du crime.

Suivre Elisabeth Roudinesco dans ce parcours historique permet de discerner les variations du regard que porte la société sur ce que Georges Bataille appelait "sa part maudite".

L’historienne de la psychanalyse nous conduit ainsi au seuil des interrogations actuelles dans les champs de la politique et de l’éthique, nous rappelant que nous ne pouvons ignorer cette "part obscure de nous-mêmes".

François Roustang nous propose en préambule à cet ouvrage une exploration de l’attente comme attitude thérapeutique mais aussi par contagion comme démarche d’évolution et de bien être.

Il aborde ensuite sa conception du changement, les résistances qui y sont opposées, les points d’appui sur lesquels il va s’étayer.

Le levier, pour François Roustang, est la transe hypnotique. L’instrument peut être différent dans le cadre d’autres voies thérapeutiques mais l’image de la transe garde son poids en ce qu’elle est signifiante d’un accès à une autre scène, à un changement de regard et de perspective, une rupture de perception.

Le but de la thérapie, pour Roustang, n’est pas d’amener le patient à guérir, à abandonner symptômes et angoisse mais plutôt de l’aider à se trouver au point où il va pouvoir décider lui-même s’il veut guérir. Il s’agit simplement de l’inviter à se mettre dans cet état d’attente, à laisser monter en lui ce qu’il ne soupçonne pas, ce dont, peut-être, il a peur parce qu’il ne le maîtrise pas mais qui va lui ouvrir un chemin. C'est-à-dire se mettre dans cette position active de passivité où l’on considère ce qui se présente. Voilà qui n’est pas sans évoquer le "laisser advenir" (Geschehenlassen) de Carl Gustave Jung. Cette attitude qui ne doit pas être confondue avec le "laisser faire", François Roustang la poursuit par l’hypnose, une pratique de l’hypnose tout de même assez singulière, qui ne peut ignorer sa longue expérience de psychanalyste. On est très loin, on le voit, des représentations caricaturales assez courantes de l’hypnose puisqu’on se trouve en présence d’une démarche dont la préoccupation la plus prégnante est de mettre en œuvre les conditions les plus favorables à la liberté du sujet.

Daniel Tammet est atteint du "syndrome savant", plus précisément le syndrome d’Asperger.

Le syndrome savant est une forme d’autisme rare qui a été popularisé par Raymond Babbitt, le héros de "Rain man". Ce handicap se manifeste par un besoin obsessionnel d’ordre et de routine, par une difficulté récurrente à communiquer, par le besoin compulsif de se trouver seul. L’autre aspect du syndrome est une capacité hors du commun à manipuler les chiffres et à les mémoriser.

Daniel Tammet, par exemple, est arrivé à retenir et à réciter les 22.514 premières décimales du nombre Pie.

L’intérêt du livre ne réside pas dans ces curiosités, mais plutôt dans la façon dont l’auteur nous introduit dans son monde intérieur. Il nous décrit, par exemple, la manière dont les nombres sont, pour lui, dotés de qualités synesthésiques. Tammet nous manifeste ainsi que son univers mental est structuré d’une manière qui n’est pas habituelle et il nous fait toucher du doigt cette distance.

A la différence de ceux qui souffrent d’autres formes d’autisme, l’auteur a la capacité de décrire ce qu’il ressent et ce qu’il perçoit des opérations mentales qu’il effectue.

C’est le grand intérêt de ce livre de manifester à la fois la singularité et la proximité du monde intérieur du narrateur.

On y verra comment il parvient à se dérober à l’exclusion qui le menace et comment il entreprend courageusement les coûteuses sorties qui le font échapper à un monde clos.

Le récit qui nous est fait de ses premières années, son goût pour la lecture, les épisodes épileptiques, le temps de l’école, puis l’enseignement de l’anglais à l’étranger, enfin une rencontre amoureuse et l’aménagement d’une stabilité, en sont autant de témoignages.

Nous saurons gré à Daniel Tammet de nous avoir permis une incursion dans un monde psychique marqué par l’étrangeté et pourtant si proche par son humanité.

On sera attentif d’emblée au sous titre du livre d’Howard Buten : "Des autismes". Le pluriel nous oriente vers une approche diversifiée qui se refuse à opérer la réduction à une expression caricaturale de l’autisme. Les rencontres que nous propose l’auteur manifestent bien qu’il y a autant d’autismes que d’autistes, au-delà des classifications proposées par la nosologie. Il y a aussi autant d’approches thérapeutiques possibles. Avec Howard Buten on fait feu de tous bois : la Psychanalyse freudienne bien sur mais aussi la Gestalt et pourquoi pas l’Analyse transactionnelle dans sa vulgarisation de la deuxième topique freudienne et puis aussi le jeu, au sens du jeu théâtral, du jeu avec les émotions.

Cela prend un sens tout particulier si l’on sait que le propre de l’autisme est le manque d’empathie, une faiblesse moins du coté de l’émotion que du coté du sentiment.

H. B. nous décrit les étranges correspondances et les déplacements curieux constatés chez les autistes entre les perceptions des sens, par exemple : voir un son, correspondances et déplacements que l’on constate, à minima, chez les sujets non autistes.

Sur ce point comme sur quelques autres, l’auteur nous permet de percevoir comment l’observation de ses propres expériences et leur mise en relation avec les comportements autistes lui permet d’en saisir quelque chose et facilite la communication avec eux.

H. B. relève notre ignorance quant aux causes et au traitement de l’autisme, qui nous invite à chercher, à inventer un traitement pour chaque individu qui se situe dans le spectre autistique.

Sous le titre "Ennemis publics", quelques cas lourds nous sont présentés : Adam qui vit son comportement évoluer au point d’acquérir une certaine autonomie. Il n’est pas sur que le processus décrit soit reproductible mais il est plein d’enseignements. On comprend en particulier, que "l’efficacité relative de quelque méthode que ce soit, dépend directement du talent de celui qui la pratique". Ce sont les qualités humaines du praticien qui vont être essentielles dans l’approche de l’autiste, en particulier le respect et l’affection manifestés ; mais aussi le courage, y compris le courage physique. On le saisit aisément lorsque l’auteur nous parle de Hakim et de la thérapie particulière mise en œuvre, prenant en compte ses manifestations de violences.

Au travers de quelques autres cas d’alliance thérapeutique on perçoit comment l’imaginaire du thérapeute peut être sollicité dans ces jeux d’empathie si particuliers qui peuvent permettre d’avancer avec ces personnages extraordinaires que sont les autistes.

Ce petit livre rend compte du débat organisé par le professeur Bernard Grangé entre Daniel Widlöcher et Jacques-Alain Miller, l’un étant alors Président de l’Association Psychanalytique Internationale, représentant la continuité historique Freudienne et l’autre étant encore Président de l’association Mondiale de psychanalyse porteuse d’un des courants lacaniens.

Les deux protagonistes de cette confrontation commencent par présenter leurs associations, revendiquant, chacun à sa manière, sa filiation à Freud. On voit affirmé ici que les pratiques d’exclusion qui ont marqué l’histoire de la psychanalyse au vingtième siècle sont révolues. On ne peut que s’en réjouir.

Le débat va ensuite aborder des questions assez fondamentales quant aux différences des pratiques, touchant à la nature de l’écoute liée à la durée des séances, mais aussi au traitement du contre transfert.

On y aborde encore la question de l’éventualité de l’établissement d’un lien entre écoute analytique et diagnostic pour terminer autour d’une problématique qui a récemment connu un regain d’actualité : celle de l’évaluation des thérapies psychanalytiques.

Voilà une question que se posent aussi bien ceux qui ont pensé choisir un jour cette profession particulière que ceux qui, au moment d’entreprendre une analyse, s’interrogent sur les critères de choix d’un praticien et veulent savoir quel cursus, s’il en est un, peut attester de sa légitimité.

L’auteur joue également sur l’assonance avec le "Comment peut-on être Persan" à la manière de Montesquieu, visant une interrogation sur le désir et les moyens d’exercer un tel métier.

On trouvera dans cet ouvrage un excellent état des lieux de la situation française de la psychanalyse, des institutions qui s’y réfèrent et des problématiques touchant à la formation des analystes et aux qualités indispensables à l’exercice de ce métier : la capacité à écouter, la discrétion, la neutralité, l’aptitude à interpréter.

On nous y décrit le passage obligé par une psychanalyse personnelle approfondie, prolongée par une phase didactique. On y évoque les diverses modalités de contrôle et de supervision.

L’auteur fait un tour d’horizon des sociétés de psychanalystes, illustré à la fin du livre par une liste de quelques associations essentiellement freudiennes et lacaniennes.

Gérard Bonnet aborde enfin, la question controversée de la place de la théorie, ou plutôt, des théories, dans la formation initiale, permanente et la pratique des psychanalystes. Il est bien placé pour le faire puisqu’il est fondateur et l’animateur de l’École de propédeutique à la connaissance de l’Inconscient qui propose un enseignement ouvert à tous, des divers courants de la psychanalyse freudienne.

Dans cet ouvrage, les auteurs appuient leur démarche sur la question posée par Lacan : Avec quoi l’analyste entend-il ? Ils répondent : Avec ce qui nous échappe le plus c'est-à-dire notre propre système de mythes. Référence à la conférence que prononça Jacques Lacan en 1953 : "Le mythe individuel du névrosé". Ils reviennent sur cette question tout à fait centrale du passage du mythe au rêve et sur l’Oedipe, rêve de Freud et mythe individuel de Freud. Ce qui renvoie à élaborer autour du thème : La psychanalyse est-elle une science. On serait plus tenté de penser ici qu’elle est un artisanat. En tous cas il est tout à fait essentiel de s’interroger sur les outils de cet artisanat s’il en est.

Une illustration de la place des mythes dans cet outillage nous est suggérée par E. Godart et J. P. Bernard à propos du rôle joué dans la structuration névrotique mais aussi dans l’interprétation par le système patricentré considéré comme un mythe parmi d’autres.

Il y a là thème à une controverse qui va être exposée par les auteurs.

Curieusement sur cette question du mythe, ils en appellent judicieusement à Freud et à Lacan mais point à Jung chez lequel ce thème tient une place fondamentale tant en ce qui concerne son "mythe personnel" que pour ce qui regarde les matrices culturelles que sont les archétypes.

Cela n’est pas sans écho dans le débat proposé dans ce livre.

Voici l’édition française d’une intéressante série de documents touchant à l’épisode délirant traversé entre 1918 et 1928 par Aby Warburg.

On sait que Aby Warburg était un érudit spécialiste de la Renaissance, particulièrement de la peinture de cette époque, réputé pour les liens établis entre l’histoire, la philosophie et l’art. On connaît quelques uns de ses ouvrages : Essais Florentins, L’image survivante, Le rituel du serpent.

En 1918 il se croit responsable de la défaite allemande et il entre dans un délire qui nécessitera son internement dans la clinique Bellevue où exerce le psychiatre Ludwig Binswanger. Cinq ans plus tard, Aby Warburg qui veut recouvrer sa liberté, propose un marché à Binswanger: S’il réussit à donner une conférence aux médecins et malades de la clinique, il sortira. En 1923, il traite devant cet auditoire du rituel du serpent chez les indiens Hopi, qu’il avait observé trente ans auparavant.

Il quitte la clinique quelques temps après, se remet au travail, voyage, entreprend, jusqu’à sa mort en 1929. Le présent ouvrage ne lève ni l’énigme de l’entrée dans le délire, ni celle de la guérison mais fournit un dossier passionnant: les fiches cliniques de Binswanger, les notes autobiographiques de Warburg et la correspondance entre les deux hommes, source de pertinentes interrogations.

La résilience, voici un vocable victime de son grand succès médiatique, devenu un mot valise, propre à transporter du bon et du moins bon, véhiculant le flou et l’imprécision, une aubaine pour les idéologies simplificatrices qui s’en sont emparé. Il est donc fort utile de faire le point, de rechercher les origines du terme, d’opérer un tri dans ses usages plus ou moins légitimes et d’en poser le sens dans les limites d’une clinique plus rigoureuse.

On sait que l’origine de cette expression est à rechercher dans la physique des solides : c’est la propriété d’un corps, de reprendre sa forme initiale après avoir subi une déformation - propriété liée à un certain nombre de conditions.

De là, on est passé dans le champ psychique, à la capacité de réagir positivement après un traumatisme. C’est en ce sens que Boris Cyrulnik a utilisé le terme pour, à partir de sa propre expérience, remarquer qu’il est nécessaire qu’il y est eu, antérieurement au traumatisme, une relation affective positive, référence qui va permettre de dépasser la situation traumatisante et quelquefois d’en faire un tremplin (Boris Cyrulnik, Un merveilleux malheur, Odile Jacob, Paris, 1999).

A partir de là, Serge Tisseron dénonce les généralisations abusives et les déformations tendancieuses qui ont été faites, du concept de résilience, utilisé dans une visée simpliste de psychologie du comportement sans référence à une interprétation psychanalytique qui lui donne son sens dans la perspective complexe du psychisme humain.

Jean-Pierre Gattégno est l’auteur de deux thrillers psychanalytiques qui ont été portés à l’écran : "Neutralité malveillante" et "Mortel transfert".

Dans son dernier ouvrage, il quitte le style romanesque pour parler de son analyse.

Marie Cardinale avait déjà, magistralement fait le récit de la sienne dans "Les mots pour le dire". Madeleine Chapsal s’était aussi essayée à cet exercice à la suite du travail réalisé avec Serge Leclaire et Françoise Dolto. Elle avait alors écrit "Le retour du bonheur".

Le livre de Jean-Pierre Gattégno n’est pas un récit mais il rend compte de son expérience sur le divan au travers des questions que se pose tout candidat à l’analyse. Il aborde ainsi les thèmes qui touchent à l’utilité de la démarche, à sa durée, à son coût. Il évoque le divan et le fauteuil, le choix d’un praticien, la guérison, l’ "après" de l’analyse.

La grande qualité de cet ouvrage est qu’il ne s’embarrasse pas de querelles théoriques. Il va à l’essentiel et reste très proche de l’expérience de l’auteur et de celle des analysants et des analystes qu’il a rencontrés. Un livre qui pourra être une introduction utile pour ceux qui envisagent de sauter le pas et de tenter l’expérience.

Alain Valtier, psychanalyste, thérapeute de couple, introduit ce livre par un constat historique : la mise en œuvre des couples s’est longtemps opérée sans faire appel aux choix réciproques des partenaires. L’appariement était à la charge d’autrui : les parents ou le groupe social. Le choix du partenaire est devenu aujourd’hui une affaire personnelle mais il ne semble pas que cela ait rendu la vie de couple plus facile.

Au travers des dialogues théâtralisés que déroulent les chapitres, l’auteur approche quelques thèmes qui traversent la vie des couples : jalousie, culpabilité, agressivité, répétition. On y reconnaît les situations qui constituent des épreuves pour beaucoup de couples. On y lit en filigrane les racines de celles-ci. Mais l’on regrette que la démarche tourne court et que l’on n’aille pas au bout de l’explication analytique possible, laissant l’impression que l’auteur a privilégié le projet littéraire sur le projet clinique. On aurait sans doute aimé entrer un peu plus sur l’arrière scène de ces histoires de couple.

Mais d’abord, d’où vient la mythologie ?

Pour Tylor, Frazer et Freud, ce sont les phénomènes extérieurs : le lever du soleil, le cycle des saisons, la fécondité de la terre…. qui sont à l’origine de la mythologie. Pour Jung, ce sont les structures psychiques de l’homme qui projetées sur les réalités extérieures ont donné naissance aux mythes.

La mythologie fournit une histoire qui décrit l’univers, raconte son origine, l'évolution du monde et donne une place et un sens à chaque chose. Les théories philosophiques et scientifiques comme les religions ont cette fonction.

Monique Salzmann nous fait découvrir dans ce livre la mythologie des peuples du Grand Nord et en particulier le personnage mythique de Grand Corbeau. Elle y applique la démarche analytique jungienne en postulant que, sous cette représentation archaïque, se trouve une dynamique structurante de notre psychisme. Et c’est donc dans les rêves nocturnes que l’on trouve les traces de ce qui est à la fois images mythologiques et archétypes en action.

Si le livre de Didier Lauru porte en sous titre "une histoire de regard", c’est que pour l’auteur, le regard porté par le père sur sa fille va être déterminant pour le devenir de celle-ci : regard valorisant ou regard méprisant, pire, regard ignorant, regard respectueux dans la juste distance ou regard concupiscent, regard libérateur ou regard enfermant.

L’auteur nous rappelle le "parcours freudien" de toute petite fille : la demande d’amour inconditionnel à la mère , le désir d’un pénis , le désir d’un enfant de la mère , la déception qui amène le désir à se porter sur le père, sous sa coloration oedipienne .

Entre réalité et fantasme on aborde ainsi la question de l’interdit de l’inceste et l’on évoque la place de la séduction des pères, réelle ou imaginaire, dans l’hystérie féminine.

Quant au père, c’est bien la manière dont il a résolu son propre complexe d’oedipe qui va conditionner sa façon d’envisager ses liens avec sa fille. Didier Lauru suggère que la forme d’attachement de Freud à sa mère n’est pas étrangère au type de lien qui s’est ensuite noué entre Sigmund et sa fille Anna.

Au fil des chapitres, l’auteur nous propose quelques hypothèses sur la genèse de l’homosexualité féminine et sur les origines de l’anorexie. On y rencontre au détour des pages l’histoire d’une agoraphobie, puis d’autres manifestations névrotiques. Souvent rêves et lapsus font effet de sens et l’irruption de l’inconscient psychique provoque un dévoilement de la place et du rôle que jouent les pères dans l’imaginaire de leurs filles.

Dans ce livre, Marcel Rufo nous emmène dans sa consultation de pédopsychiatre et c’est une confrontation avec son style psychothérapique mais aussi l’occasion de dérouler un certain nombre d’histoires de thérapies, rédigées comme de courtes nouvelles.

On y voit comment fonctionne la cothérapie de Lucie et Marine, mise en place parce que les deux fillettes paraissent présenter la même pathologie et on assiste à un spectaculaire échange de symptômes qui heureusement ne résistera pas à la suite du processus.

On aura repéré dans ce récit comme dans les suivants que le symptôme est toujours en relation avec un événement psychique interne ou avec un traumatisme externe. Le symptôme porte le sens de ce que le sujet ne peut exprimer par la parole ou par une élaboration psychique. Le symptôme a donc son utilité. Il ne s’agit pas de chercher à le supprimer mais plutôt d’en découvrir le sens afin que le dévoilement de ce sens le rende inutile.

Au fil de ces histoire, souvent touchantes, on voit remettre en cause certaines certitudes : par exemple la nécessité proférée de toujours dire la vérité aux enfants même celle qui n’est pas bonne à dire. On y voit aussi comment l’action thérapeutique peut se situer dans l’entredeux du parent et de l’enfant et comment une action située dans cet espace peut conduire un bébé a laisser tomber ses symptômes.

Au final, on ne manquera pas d’être confirmé, à la lecture de ce livre, dans la conviction de l’utilité universelle de la gratification narcissique.

C’est une bonne nouvelle que celle de la parution en traduction française de la correspondance adressée par Freud à son ami Wilhelm Fliess, oto-rhino-laryngologiste à Berlin. Cette correspondance a été souvent citée par ceux qui ont revisité l’œuvre et la vie de Freud et s’y sont confrontés aux ombres et aux lumières du psychanalyste viennois.

Ces 287 lettres dont la première édition complète date de 1985, sont enfin accessibles dans leur traduction intégrale et nous donnent accès à ce que Freud écrivait à son pittoresque ami et collègue berlinois qui avait entrepris des recherches sure les relations entre le nez et les organes génitaux . Nous ne disposons pas des lettres écrites par Fliess qui ont été détruites par Freud. Mais c’est à Fliess que Freud emprunte ses thèses sur la théorie de la bisexualité. C’est dans ces lettres que l’on peut suivre la genèse de la pensée freudienne : l’hystérie, la névrose, l’oedipe. On y trouve trace de l’évolution de Freud quant à sa théorie de la séduction et de comment il y renonce pour introduire la notion de fantasme. Elles évoquent aussi l’affaire d’Emma Eckstein dans laquelle on connaît l’implication de Fliess.

Ces documents ont le très grand intérêt de nous introduire dans l’intimité de Freud et de nous permettre de suivre la genèse de sa démarche, ses hésitations, ses retours. Ils nous le rendent plus proche et plus humain.

Pierre Lembeyre nous présente une succession de saynètes et d’essais en lien avec la vie de Freud et son œuvre. Certains peuvent se référer à des évènements historiques, d’autres s’inspirent d’avantage de l’imagination de l’auteur mais tous ont une relation pertinente avec la démarche de l’inventeur de la psychanalyse.

On peut dire que Pierre Lembeyre a sa place dans le mouvement anti- hagiographique qui porte sur le psychiatre viennois un regard critique et tente d’appliquer à sa propre démarche la méthode qu’il préconise. Il y a du piquant dans ces courts récits et un humour qui prend une saine distance par rapport à l’orthodoxie freudienne .Mais on peut dire aussi que l’auteur a travaillé sur "l’ombre" de Freud dans les différents sens que prend le mot ombre : l’ombre portée, c’est à dire la mise à l’ombre de certains aspects qui apparaissent ignorés en contraste avec ceux qui sont mis en lumière. L’ombre projetée révélatrice d’une problématique interne à celui qui formule une théorie psychique. Mais aussi l’ombre en tant qu’aspects de la personnalité peu différenciés ou peu développés qui s’exprime par exemple par certains discours de Freud sur les femmes, rapportés dans cet ouvrage.

Cette ombre est encore évoquée à différentes occasions par exemple à propos du départ de Vienne le 4 juin 1938 quand les Freud s’en vont à Londres en laissant les quatre sœurs de Sigmund qui seront arrêtées et déportées le 29 juin 1942.

Pierre Lembeyre présente Freud comme un "homme moderne" c’est à dire un homme du XIX° siècle qui traite Dieu comme "l’anagramme du vide" à l’opposé de l’homme du futur qui fera prévaloir la synthèse et reconnaîtra la place du sacré. On peut s’étonner alors que Carl Gustav Jung soit absent de la bibliographie et de des références de l’auteur.

Laissons cependant Pierre Lembeyre exprimer sa conclusion : "Freud est le prototype de l’homme moderne qui n’existe qu’à réduire le mythe et le théologique en faisant des interprétations. Il y a encore aujourd’hui des psychanalystes qui croient interpréter le mythe ou le théologique alors que c’est évidemment le mythe qui interprète la psychanalyse. Freud n’est pas l’homme du futur qui lui sera enfin réconcilié et donnera en primordial la place qui lui échoit. Nous avons beaucoup à faire à partir de Freud."

Mikkel Borch-Jacobsen se propose dans cet ouvrage de revisiter les débuts de la psychanalyse et de passer au crible de la critique historique "la légende freudienne". Entreprise difficile à mener de manière objective dans la mesure où l’accès aux archives de Freud est toujours aussi problématique.

M.B.J. revient longuement sur la guérison supposée de Bertha Pappenheim (Anna O.) et plus largement sur la façon dont Freud proposait des hypothèses, sur l’accueil que pouvait leur faire les patients, sur le processus d’élaboration et de rédaction des récits de cas, en un mot sur la stratégie narrative de Freud.

M.B.J. relate aussi ici les circonstances de la création de l’Association Psychanalytique Internationale et en commente le contexte relationnel.

Une large place est faite aux relations entre Freud et Fliess et à l’histoire de la publication des lettres à Fliess récupérées grâce à Marie Bonaparte. Les lettres de Fliess ayant malheureusement été détruites par Freud. Nous découvrirons aussi des aperçus intéressants sur la collaboration entre Jones et Bernfeld à propos de la biographie de Freud plus où moins contrôlée par Anna. On lira également avec intérêt les réactions de Balint au "traitement" de Ferenczi.

On trouvera donc dans ce livre des sources documentaires non négligeables, des citations éclairantes au service d’une thèse qui ne joue pas sur la nuance et n’hésite pas à jeter le bébé avec l’eau du bain.

On trouvera dans ce petit livre deux articles de Nina Coltart. Dans le premier, l’auteur confronte son expérience de la psychanalyse et sa pratique du Bouddhisme theravâda.

On y lira une belle démonstration d’ouverture sans confusion, par la différenciation. Si l’on cherche où sont les proximités entre les deux démarches, on ne manquera pas de relever une parenté entre l’espace analytique et le champs de la méditation bouddhique où l’on se confronte, sans jugement, à ce qui se présente à l’esprit.

Chacune des deux voies a l’ambition de nous permettre de sortir de la répétition, des identifications au passé pour entrer dans une perspective de changement et de renouvellement. Il reste que la psychanalyse peut contribuer à préserver la démarche spirituelle des illusions dans lesquelles elle risque parfois de se fourvoyer. On en trouvera dans le livre quelques exemples pertinents.

La deuxième partie du livre aborde les principaux enseignements du bouddhisme. La brièveté du propos rend leur approche plus aléatoire. Fabrice Midal qui a rédigé la postface de l’ouvrage, nous y donne quelques aperçus éclairants sur les différents courants du bouddhisme et leurs développements historiques.

Robert Hopke se propose dans cet ouvrage de rendre accessible à un large public l’approche suggérée par Carl Gustave Jung du phénomène de synchronicité, principe de relation acausale. Dans un texte paru en 1952, Jung désigne ainsi la rencontre de deux phénomènes qui semblent se produire sans lien de causalité mais dont le rapprochement manifeste un lien de sens. Ce sont des coïncidences dont Carl Gustave Jung a beaucoup discuté avec W. Pauli, prix Nobel de physique, qui a fait le rapprochement de ces phénomènes avec l’indéterminisme en physique quantique. On trouve des références plus anciennes dans la théorie des correspondances de Jacob Boehme et dans celle de l’harmonie préétablie de Leibniz ou encore chez Schopenhauer lorsqu’il évoque "la simultanéité sans lien causal".

Hopcke, pour sa part, commence par donner les sources du terme de synchronicité dans l’œuvre de Jung, puis très vite il passe à des illustrations du phénomène, relevées dans sa propre expérience ou celle de ses relations. Il accumule les exemples mais cette accumulation même n’est pas convaincante car si l’on trouve là, citées un grand nombre de coïncidences, il y manque une analyse fine qui lui donnerait un sens, en lien avec une activation particulière de l’inconscient psychique. On sera donc tenté de revenir aux sources, en particulier:

C. G. Jung, Synchronicité et Paracelsica, Albin Michel Paris, 1988.
W. Pauli, Physique moderne et philosophie, Albin Michel, Paris, 1999.

Marie Rose Moro nous donne dans ce livre une vision d’ensemble de la démarche transculturelle telle quelle est pratiquée en particulier dans sa consultation d’ethnopsychiatrie à l’hôpital Avicenne de Bobigny. Elle nous raconte d’abord l’histoire de cette consultation et sa filiation par Tobie Nathan à Georges Devereux sans oublier l’ouverture donnée dès le départ à la Faculté de Médecine par Pierre Cornillot.

Puis elle invite les collaborateurs de la consultation transculturelle à se présenter à la suite de Marie Rose Moro. Isabelle Réal, Tahar Abbal, Anne Revah-Lévy, Kouakou Kouassi, Taïeb M. Ferradji nous livrent des éléments de leurs itinéraires. François Giraud, M. A. Abdelhak, Isam Idris, Felicia Heidenreich font le lien entre quelques éléments de leur histoire personnelle et le contexte de leur métier de psychothérapeute transculturel.

La deuxième partie du livre est constituée de quelques vignettes cliniques : Les voies étranges par lesquelles Antoine retrouve la parole. Le retour de Fatima en Algérie. Yasmina : de l’adultère à la sorcière. Et d’autres histoires tout aussi étonnantes qui permettent de repérer la finesse de la perception clinique dans des contextes culturels variés.

Tobie Nathan a réuni quelques collaborateurs des Editions "Les empêcheurs de penser en rond" avec l’ambition d’apporter un nouveau point de vue dans l’échange polémique provoqué par la parution du "Livre noir de la psychanalyse" suivi de "Pourquoi tant de haine" et de l’ "Anti-livre noir".

On trouvera dans cet ouvrage du meilleur et du pire : D’un coté une volonté d’ouverture et une prise en compte de l’expertise des patients. De l’autre beaucoup de (fausse ?) naïveté dans la reprise de la critique sartrienne du refoulement qui semble ignorer l’existence de processus et de complexes autonomes dans la psyché.

On appréciera un certains nombre de remarques méthodologiques apportées par Tobie Nathan, Philippe Pignarré, Bertrand Meheust et Isabelle Stengers, mais l’on ne manquera pas de relever, flottant ici ou là, un étrange parfum anachronique qui réduit la cure à la prise de conscience par le patient de ses désirs refoulés comme si la psychanalyse d’aujourd’hui en était restée à son enfance et que l’on puisse se contenter la caractériser par une réduction à un seul courant freudien.

L’auteur , psychanalyste , qui est l’un des fondateurs du mouvement de thérapie familiale , nous fait toucher du doigt au travers de quelques cas cliniques, comment un traumatisme peut en cacher un autre souvent plus conséquent par les effets qu’a produit le trauma en relation avec certains éléments du contexte familial antérieur.

Il introduit une distinction pertinente entre la crise familiale événement physiologique ou changement contextuel , la catastrophe familiale qu’est un changement massif qui ne peut être intégré qu’en deux ou trois générations et enfin le traumatisme familial constitué par une altération de ce qui constituait l’identité du groupe.

Robert Neuburger propose trois principes thérapeutiques pour lever le fardeau de la culpabilité pour les familles traumatisées :

- Reconnaître, c’est à dire prendre en considération l’existence et la légitimité de la souffrance psychique vécue par une personne. Il est important que cette reconnaissance soit faite en particulier par ceux qui ont subi des traumas analogues et par le thérapeute.

-Remythifier. Si l’effet d’un trauma familial est d’attaquer le mythe organisateur du groupe, l’approche thérapeutique peut être de les aider à retrouver la capacité normale de créativité d’un nouveau mythe familial.

-Reritualiser. Dans les familles traumatisées, les rituels font en général cruellement défaut. Elles ont besoin de retrouver des rituels qui leur permettent de solidariser le groupe.

Après les réponses au « Livre noir de la psychanalyse », voici la contre attaque, dirigée vers les tenants des Tcc : Thérapies cognotivo-comportementales.

Jacques Alain Miller a réuni une quarantaine de collaborateurs qui sur des registres divers mènent une offensive en bon ordre. On y découvrira sous la plume, de Gérard Miller, les origines du rapport de l’Inserm retiré du site Internet du Ministère de la Santé. On y lira comment a été traitée la demande de deux associations de patients et ex-patients de la psychiatrie.

Quelques collaborateurs nous convient ensuite à faire un tour du coté l’Inserm, à propos de travaux publiés comme le rapport sur : "Suicide, Autopsie psychologique, outil de recherche en prévention, expertise collective, mars 2005". ou encore : "Troubles de conduite chez l’enfant et l’adolescent, expertise collective, 2005".

Puis nous sont proposées quelques relectures de cas cliniques traités par la thérapie comportementale et cognitive. Ce sont des histoires drôles à force d’être tristes.

Deux textes de Clotilde Leguil-Badal posent les questions de fond présentes dans cette controverse : celle du statut du sujet et celle de la vision du monde induite par le cognitivisme.

On trouvera donc dans ce livre, de bien des manières et sur tous les tons, matière à informer et à nourrir un débat auquel on ne peut se soustraire.

D’emblée, Gérard Bonnet situe le champs de la guérison possible : c’est en s’appuyant sur la pulsion qu’une relation thérapeutique peut s’amorcer et celle-ci réalise un accompagnement du sujet dans la mise en œuvre des capacités de guérison qui sont en lui. Voilà qui pose dès l’abord l’ambition et la limite de l’action du thérapeute.

Il en vient aussi rapidement à ce constat : si la relation thérapeutique conduit à la guérison, l’affirmation de Lacan : "on ne sait toujours pas pourquoi et comment un symptôme disparaît" reste d’actualité.

Vient donc ensuite la question de savoir quels sont les ressorts de l’efficacité thérapeutique ?

Parler et être écouté ? Ce n’est peut être pas suffisant. Il faut en arriver à ce qu’on appelle depuis Freud, les processus primaires, c’est à dire les mécanismes qui président à l’échange entre les représentations inconscientes : actes manqués, oublis, lapsus, rêves nocturnes.

Gérard Bonnet énonce quelques unes des conditions au dépassement du symptôme :

Avant de guérir de telle affection il faut guérir du désir d’être malade.

La relation thérapeutique ne peut fonctionner sans qu’il y ait quelques "correspondances" entre le thérapeute et son commettant et elle a besoin d’être érotisée d’une manière ou d’une autre ce qui n’entraîne pas la mise en œuvre d'une sexualité génitale ou perverse.

Enfin, la relation fondée sur un rapport humain réel doit aussi s’étoffer dans l’imaginaire.

G. Bonnet situe le trouble psychologique comme un trouble de la relation. L’attention librement flottante apparaît comme l’attitude qui va jouer de façon thérapeutique pour retrouver la juste distance avec ce qui fait symptôme.

Quoiqu’il en soit des conditions nécessaires et des outils mis en œuvre, Gérard Bonnet nous rappelle qu’en dernière analyse, c’est toujours la relation en tant que telle qui guérit.

Nise de Silveira a dirigé le département de thérapie occupationnelle de l’hôpital psychiatrique Pedro II à Rio de Janeiro de 1946 à 1974. Elle s’y est démarquée des méthodes psychiatriques de l’époque en particulier l’électrochoc et elle est entrée en contact, à travers leurs productions, avec le monde intérieur des psychotiques.

Sa rencontre avec l’œuvre de Carl Gustav Jung a été décisive dans la conduite de cette démarche. Dans cet ouvrage, Nise de Silveira nous expose comment peindre fournissait, aux patients, l’occasion d’exprimer les images de l’inconscient, de laisser monter leur énergie et d’échapper à la confusion envahissante.Elle nous montre, à travers les œuvres produites, comment s’expriment les forces de morcellement, d’éclatement et comment se manifeste, par exemple au travers de mandala, la compensation auto thérapeutique du désordre intérieur.

Nise de Silveira s’est appuyée sur quelques idées forces tirées des travaux de C.G.Jung sur la démence précoce :

• La causalité d’une psychogenèse de la schizophrénie, plus vraisemblable que la causalité toxique.

• Les graves perturbations de la capacité de synthèse du moi qui caractérisent cette maladie.

• Le traitement psychique prenant en compte non seulement les représentations liées à l’histoire personnelle du sujet mais aussi des formes et des reproductions archaïques en rapport avec des motifs mythiques : l’inconscient collectif.

Au fil des pages, Nise de Silveira, aborde plusieurs repères fondamentaux de la psychologie de Jung et elle les illustre des productions de l’atelier d’Engenho de Dentro : l’ombre, l’animus, l’anima, la grande Mère, le vieux Sage.

Nous parcourons ensuite cinq thèmes mythiques, ceux du dragon baleine de Daphné, Dionysos, l’union des opposés et le Dieu Soleil et nous sommes introduits à la résonance de ces mythes dans les productions théâtrales, graphiques, picturales des pensionnaires qui fréquentaient l’atelier de "Casadas Palmeiras".

Ceux qui seraient tentés de lire "Le livre noir de la psychanalyse" en auront un excellent résumé dans l’ouvrage d’Elisabeth Roudinesco! Ils y trouveront des informations sur les conditions de sortie du livre, sur sa genèse, des aperçus sur le parcours de certains de ses auteurs.

On y rend aussi justice à Henry Ellenberger, fondateur d’une historiographie antihagiographique que les historiens révisionnistes tentent de s’approprier. Elisabeth Roudinesco saisit l’occasion de cette présentation critique pour esquisser une histoire des rejets qu’a subi le mouvement psychanalytique de la part des institutions et des idéologies depuis son origine, mais elle n’ignore pas la responsabilité des sociétés analytiques dont les querelles et certaines dérives sectaires ont pu affaiblir la force de la subversion freudienne.

Elisabeth Roudinesco ne nous éclaire pas sur les motivations du "Nouvel Observateur" à contribuer massivement au lancement du Livre Noir mais le lecteur averti saura formuler ses propres hypothèses à cet égard.

Ce petit livre se termine par les contributions de Roland Gori, Jack Ralite, Jean Pierre Sueur, Pierre Delion qui viennent aussi exprimer de manière vigoureuse leurs réactions à cette parution.

Ce volume met à la disposition du lecteur francophone, une douzaine d’articles publiés à l’origine sur divers supports. On y trouvera d’abord plusieurs textes dans lesquels l’auteur traite des quatre fonctions psychiques selon C. G. Jung. Elle le fait avec beaucoup de finesse clinique et évite la plupart du temps de tomber dans le piège qui guette toute typologie: en faire un système à visée totalisante. On trouvera là une présentation approfondie, claire, nuancée des quatre fonctions psychiques, Pensée, Intuition, Sentiment, Sensation et l’abondance des illustrations permettra d’avancer dans l’intelligence de leur perception.

Viennent ensuite dans cet ouvrage plusieurs développements qui touchent à "l’Imagination active", une démarche de mise en relation du moi et de l’inconscient psychique que C. G. Jung a commencé à expérimenter sur lui-même en 1916, processus qui met en œuvre les productions comme l’écriture, la peinture, la sculpture, dans une perspective de communication entre le conscient et les couches profondes de la personnalité.

Suivent quelques articles sur le transfert, la projection, la psychologie de groupe qui ouvriront des perspectives intéressantes sur les développements de la psychologie Jungienne.

Ce petit volume recueille la correspondance échangée entre Freud et Zweig entre 1908 et 1939, du moins la totalité des lettres qui ont été retrouvées. A coté de textes d’intérêt circonstanciel (envois d’ouvrages, anniversaires…) on appréciera de trouver ici quelques discussions de fond. Par exemple, on y voit Freud contester la présentation que fait Zweig de Dostoïevski dans "Trois Maîtres" et proposer un diagnostic d’hystérie plutôt que d’épilepsie pour rendre compte d’éléments de son histoire personnelle et des caractères de son œuvre, sans que cela diminue en rien la grandeur de son génie poétique.

Plus loin le commentaire freudien porte sur les trois nouvelles contenues dans le recueil intitulé "La confusion des sentiments". Il en propose une interprétation psychanalytique qui explicite la prise en compte de l’inconscient psychique par le travail littéraire. Le lecteur trouvera plaisir et intérêt à relire les nouvelles de Stefan Zweig en regard des commentaires de Freud.

A travers quelques lettres, on suivra les étapes de l’élaboration par Zweig de "La guérison par l’esprit". C’est à propos de ce dernier ouvrage que l’on pourra recueillir quelques commentaires de Freud sur son propre portrait ( Lettre du 17 février 1931) et aussi quelques remarques utiles pour l’histoire de la psychanalyse (Lettre du 2 juin 1932 à propos de Breuer).

Enfin on trouvera ici, présentés par Zweig quelques uns des illustres visiteurs de Freud : Romain Rolland, Jules Romains, H.G. Wells, Thomas Mann, Salvador Dali…

Marie Jo Bonnet pose dans ce livre la question complexe de la nature du désir lesbien.

Ce qui est recherché là est-ce le reflet de sa propre féminité ou bien la fuite de la pesante domination de l’hétérosexualité dominante ou enfin la recherche d’une autre culture et d’une autre société que celles issues de la tradition patriarcale ? Elle pointe les justifications de l’interdit dans la transgression de la norme sociale, dans le rejet du modèle phallique ou dans la régression à une situation incestueuse mère-fille.

L’auteur en vient au point de vue de la psychanalyse. Elle relève que l’histoire personnelle de nombreuses lesbiennes est marquée par une défaillance dans la relation avec une mère qui préférait la condition masculine.

Marie-Jo Bonnet nous propose une relecture du complexe d’Oedipe, mise en relation avec un épisode de l’histoire personnelle de Freud, analysée par Marie Balmary. Et, dans la foulée, nous convie à revisiter l’étude de Freud consacrée à la « Psychogenèse d’un cas d’homosexualité féminine ».

Au delà, Marie-Jo Bonnet pose de multiples manières la question fondamentale de l’homosexualité, désir de l’Autre, mais quel Autre ? Quels sont le sens et la nature de cette altérité ?

Voici les actes des journées d’étude Françoise Dolto 2003 et 20004.

Francis Martens nous introduit avec humour dans le « continent noir » de la sexualité féminine et nous invite à nous interroger avec Muriel Djéribi- Valentin sur le texte de Françoise Dolto : « Sexualité féminine ». Jean Pierre Winter aborde la problématique posée par Freud lorsqu’il écrit : « Il nous faut maintenant reconnaître que la petite fille est un petit homme ». La place de l’image inconsciente du corps dans la perspective d’une poétique du respect est tracée par Marie Josée Mondzain avant que Gérard Guillerant ne trace dans « féminité et structure » les éléments du dialogue et des oppositions entre Dolto et Lacan. Caroline Eliacheff formule à travers textes et entretien de Françoise Dolto quelques hypothèses sur les relations mères filles.

La journée du 13 mars 2004 nous offre une contribution de Jacques Sedat sur les filiations de F. Dolto, puis une intervention de Catherine Dolto sur les racines de l’haptonomie. Les rôles parentaux sont ensuite abordés dans une perspective anthropologique par Marika Moisselff avant que Claude Schauder ne s’interroge sur les positions de F. Dolto dans les débats qui touchent à la monoparentalité et à l’homoparentalité.

Pour tracer une phénoménologie de la panique, Lydia Flem emprunte la fiction d’une journée d’angoisse.

Dans cet élégant ouvrage de la collection du vingt et unième siècle, elle nous conduit minute par minute sur les chemins qu’emprunte une crise de panique. Ceux qui connaissent cette épreuve y liront qu’ils ont des compagnons qui vivent le même trouble et seront peut-être encouragés à chercher ses racines.

Ceux qui se heurtent à l’angoisse de l’autre sans la « comprendre » y trouveront sans doute de quoi sentir l’inanité des raisonnements, des bons conseils et des injonctions moralisantes.

Il se peut qu’ils y trouvent de quoi nourrir une empathie qui prenne en compte ce qui se passe sur « l’autre scène ».

Jacques Alain Miller, l’exécuteur éditorial de Jacques Lacan a entrepris un nouveau programme de publication de l’œuvre écrite et orale. Dans la série intitulée « Les paradoxes de Lacan », le premier volume est celui dont nous rendons compte ici :

Le premier texte : « Le symbolisme, l’imaginaire et le réel », daté du 8 juillet 1953, introduit les trois registres qui vont traverser toutes les élaborations qui suivront. Il y pose une question fondamentale : « Qu’est ce que cette expérience singulière entre toutes, qui va apporter chez ces sujets, des transformations si profondes ? » Ce qui conduit à s’interroger sur ce qui y opère : la parole, c’est à dire le symbole, et d’y articuler l’imaginaire et le réel.

Le deuxième texte « Introduction aux Noms du Père » est daté du 20 novembre 1963. C’est la seule leçon du séminaire interrompue par la radiation de Lacan en tant que didacticien, par l’ IPA.

On trouvera le contexte de ce séminaire dans la note que donne en fin de volume Jacques Alain Miller et plus largement dans « L’histoire de la Psychanalyse en France » Tome II, d’Elisabeth Roudinesco p. 368 et sv.

« Notre cœur comme nous l’avons constaté tend vers le sud ; vers les figues, les châtaignes, le laurier, les cyprès, les maisons ornées de balcons, les marchands d’antiquités… » écrit Freud à son épouse Martha dans une lettre de septembre 1900.

On pourrait dire que dans ce recueil de lettres et de cartes postales s’exprime le Freud du principe de plaisir et ça n’est pas si fréquent. Il y décrit ses rencontres avec la Sixtine, Pompeï, le Vésuve, le Moïse de Michel Ange mais aussi le vin, le pain, le café, les jolies filles du Frioul, les citronniers de Sorrente, les bains de mer au pied du Vésuve.

Il est agréable de rencontrer au travers de cette correspondance de voyage un autre visage de Freud, plus sensible, plus charnel, d’une certaine manière d’une plus humaine proximité.

S’il n’y a qu’un livre à lire sur Jacques Lacan, c’est bien la somme produite par Elisabeth Roudinesco. L’historienne de la psychanalyse met à profit une documentation considérable pour tracer le parcours du fils d'Alfred, issu d'une longue lignée de vinaigriers d’Orléans, au travers des rencontres diverses qui jalonnent son itinéraire.

Si elle décrit son caractère à travers ses manifestations, elle trace aussi son cheminement intellectuel jalonné par des lectures, des travaux, des rencontres. Elisabeth Roudinesco élabore ainsi la généalogie d’une pensée dont les sources ne sont pas toujours évidentes.

On découvre aussi comment l’analyse de Lacan avec Lowenstein et ses contrôles avec Charles Odier, sont éclairants pour ce que deviendra sa pratique.

Au fil de son récit, Elisabeth Roudinesco brosse quelques portraits qui ne sont pas dépourvus de sel pour qui s’intéresse à l’histoire de la psychanalyse. On voit ainsi apparaître sur cette scène : Mélanie Klein, Jones, Anna Freud, Marie Bonaparte, bien sur Françoise Dolto et beaucoup de ceux qui ont joué un grand ou petit rôle dans l’histoire qui nous est contée ici.

Richard Pollak a été personnellement confronté à Bruno Bettelheim à travers son histoire familiale. Il nous rapporte les circonstances dans lesquelles son petit frère Stephan est entré à l'Ecole Orthogénique de Chicago et l’entretien qu’il a eu vingt ans plus tard avec Bruno Bettelheim pour tenter d’élucider cet épisode. C’est encore vingt ans après qu’il envisage de répondre positivement à la proposition qui lui est faite d’écrire la biographie de Bettelheim.

Cela s’avère une entreprise d’autant plus hasardeuse que B. B. a toujours refusé de collaborer avec ceux qui ont souhaité écrire sur lui et qu’il est toujours resté muet sur certaines circonstances de son passé.

L’enquête menée par Richard Pollak auprès de collaborateurs et familiers de B. B., dévoile des aspects peu connus jusqu’alors de l’auteur de « La Forteresse vide ». Elle nous conduit de la douceur viennoise du début du siècle à la montée du nazisme. Nous y suivons B. B. à Dachau puis à Buchenwald. Nous y trouvons quelques éclaircissements sur les circonstances dans lesquelles il a pu en réchapper et embarquer pour New-York.

C’est ensuite Chicago et l’aventure très controversée de l’Ecole Orthogénique . Les multiples témoignages de natures très diverses, permettent au lecteur de porter un jugement nuancé sur cet institution et le rôle qu’y a joué B. B. Pollak rapporte des points de vue très contrastés qui éviteront une prise de position trop péremptoire sur la personnalité et le travail de Bruno Bettelheim. Ils permettront toutefois de relativiser ses théories et d’avoir une lecture plus distanciée de ses ouvrages.

Sans ménager les critiques ni dissimuler les ombres du tableau, ce livre laisse une peinture attachante du personnage.

En une soixantaine de pages, Aimé Agnel nous donne une synthèse équilibrée de l’apport de Jung à la psychanalyse.

Il expose d’abord quelques éléments biographiques qui, pour brefs qu’ils soient, donnent les nœuds décisifs du parcours et n’évitent ni ne censurent aucun des éléments importants pour la compréhension de l’œuvre. L’auteur passe ensuite en revue les thèmes principaux des problématiques jungiennes. Il le fait en cernant, avec beaucoup de précisions, les repères, facilitant l’orientation du lecteur et en donnant pour chaque thème abordé, les références bibliographiques pertinentes, si bien qu’au fil de l’ouvrage toute l’œuvre de Jung est parcourue et évoquée.

Psychologue clinicienne d’origine, Christiane Berthelet Lorelle, formée au Yoga est devenue psychanalyste. C’est de la conjugaison de ces voies diverses qu’elle témoigne ici et de la non étanchéité de ces démarches, l’une par rapport à l’autre. Elle met en lumière les points de contact que peuvent avoir ces deux cheminements. C’est au travers de ses comptes rendus cliniques que l’auteur le manifeste le mieux. A l’occasion des mouvements de la vie psychique, de l’expression des résistances, du dévoilement de l’inconscient, de la mise en œuvre du transfert on peut sentir comment les postures et la méditation du yoga d’une part, le travail de la parole par la démarche analytique d’autre part, peuvent se conjuguer ou se répondre dans des effets repérable.

L’élaboration qui suit les espaces cliniques auraient sans doute gagné à s’ouvrir à d’autres courants que celui de l’école lacanienne, mais le lecteur y trouvera plusieurs occasions d’établir les passerelles qui lui conviennent.

James Hillman, psychanalyste jungien, nous propose ici une exploration originale du vieillissement. On y trouvera des intuitions fécondes quelquefois prolongées de façon un peu systématique mais qui ouvrent toujours de riches perspectives à la réflexion.

Et tout d’abord, il pose la question fondamentale du sens du vieillissement : A quoi sert de vieillir ?

Pour éclairer cette question l’auteur s’appuie sur le concept de « caractère » : l’ensemble de notre nature, la personne singulière que l’on est devenue et que l’on était déjà.

La biologie peut nous donner sa version du vieillissement. Ce n’est pas la seule. La psychologie peut en donner une autre pour ce qui concerne l’être vivant et pensant. Et sans ignorer la biologie, il utile de ne pas s’y limiter mais de chercher du côté du psychique, du caractère, du moi, de l’âme, le sens du vieillir. Pour ce faire, Hillman évoque les concepts de «forme» chez Platon et d’ «âme» chez Aristote.

Finalement, les bonnes questions quand l’âge vient, ressemblent étonnamment aux bonnes questions de toute la vie : Comment être vraiment fidèle à ce que je suis ? En ce sens, Hillman conclut en citant Miguel de Unamuno : « Notre plus haute intention doit être de nous rendre irremplaçables…car en fait chaque homme est unique et irremplaçable. Il ne peut y avoir un autre je ; chacun de nous –notre âme, s’entend, pas notre vie- vaut l’Univers tout entier…

Tous, chacun d’entre nous, nous pouvons et nous devons donner le plus possible de nous même, nous surpasser, nous rendre irremplaçables.»

Elisabeth Roudinesco nous entraîne ici à réfléchir sur la démarche entreprise par l’Etat pour réglementer en France l’exercice de la psychothérapie, à travers l’amendement B. Accoyer-J.F. Mattei-F.Giraud, adopté au Sénat le 19 janvier 2004.

Elle y pointe le danger d’une chasse aux charlatans qui devient très naturellement une chasse aux sorcieres. On voit alors se profiler le spectre d’un pouvoir d’Etat qui s’autorise à intervenir dans un champ qui n’est pas le sien et l’on peut craindre qu’un esprit d’exclusion de l’autre puisse s’emparer d’institutions soucieuses d’abord de se préserver elles-mêmes.

Même si l’on ne partage pas tous les points de vue d’Elisabeth Roudinesco sur les médecines parallèles, on aura apprécié, chemin faisant, ses propos sur les dangers de l’expertise généralisée et sur l’univers des sectes. Surtout, on lui saura gré de nous rappeler que « si l’on entre dans la spirale de la terreur que nous inspire l’altérité en croyant sauvegarder la paix dans son propre royaume, on perd d’abord l’honneur et ensuite la liberté ».

Ali Magoudi a déjà publié, sous le pseudonyme d’Oreste Saint-Drôme, un savoureux petit livre intitulé « Comment choisir son psychanalyste ? »

On retrouve dans « Le monde d’Ali » ce ton distancié où l’humour joue avec les interprétations pour chercher du sens. L’auteur s’essaie à une remise en place de la théorie par rapport à l’expérience dans la cure analytique. On appréciera de ce point de vue les hypothèses qu’il suggère sur l’origine des théories lacaniennes. D’autres, ailleurs, ont commencé ce travail pour Freud et Jung.

L’auteur a un objectif annoncé et poursuivi qui est de manifester ce qui se passe en analyse, de suggérer l’irruption de l’inattendu. Ali Magoudi n’a pas tort de penser que c’est en parlant de certaines des surprises de son analyse qu’il sera le plus pertinent pour le lecteur. Au fil des pages, il nous suggère ce que peut être l’effet des associations libres et le sens, ou plutôt l’un des sens qui peut émerger des rêves nocturnes, celui qui émerge pour lui…

La cure, écrit-il, n’est pas affaire de savoir universitaire ou d’intelligence, elle nécessite juste de supporter l’imprévu surgissant dans la parole libre…

L’auteur en porte témoignage, à chacun d’en faire l’expérience.

Ce petit livre vient d’être réédité en 2004 sous une forme très accessible dans la collection Points. Il offre, dans une démarche condensée, un parcours qui conduit le lecteur de Mesmer, aux écoles de Nancy et de la Salpêtrière jusqu’à la fin de l’âge d’or de l'hypnose.

Gérard Miller nous rappelle, bien sûr, comment et pourquoi Freud abandonne cette approche mais il nous raconte aussi quelques pittoresques histoires dont celle de Jacques Aymar qui avait le « don de démasquer les criminels » à l’aube du 18e siècle du côté de Lyon.

Chemin faisant, on apprend ce que contenait le rapport qui fut fait au roi Louis XVI en 1784 sur le phénomène du magnétisme. Et l’on nous dévoile le « secret » d’Émile Coué, le pharmacien de Nancy qui déplaçait les foules.

Ce livre, écrit d’une plume alerte, est d’une lecture agréable. Il est une bonne introduction à une réflexion sur l’hypnose . Ceux qui voudront pousser plus loin leurs investigations pourront se référer, par exemple, aux deux volumes de « Somnambulisme et Médiumnité » que Bertrand Meheust a publié aux « Empêcheurs de penser en rond » et dont nous rendrons compte ici prochainement.

Ce petit livre présente le compte rendu d’une rencontre entre le sinologue François Julien et quelques psychanalystes. On en retiendra surtout ici la contribution de F. Julien « D’un dialogue imaginaire entre Freud et Lu Xun ».

Lu Xun, écrivain du début du XXe siècle, appartenait à la dernière génération des lettrés chinois et a fait référence à Freud dans un de ses contes. Cet intérêt, en Chine, est vite retombé. F. Julien pointe ici ce qui, à ses yeux, rend difficile le rapprochement entre la Chine et la psychanalyse. Il y a d’abord, dans la pensée chinoise, une réticence à l’égard du dire : « J’aimerais ne pas parler. Les saisons suivent leurs cours. Tous les existants sont engendrés. Quel besoin le ciel aurait-il de parler ? » (Confucius, Entretiens, XVII, 19).

Et puis si la psychanalyse est préoccupée de sens, la pensée chinoise regarde plutôt du côté de la cohérence, le li chinois ? Faire apparaître la cohérence, c’est ce que cherche le Yi King.

Enfin, si l’interprétation a une place important en psychanalyse, le commentaire des textes en Chine, ne cherche pas à interpréter mais plutôt à déplier, à développer.

Cependant, si l’on considère la psychanalyse dans tous ses développements, sans la réduire à certains courants, on ne peut ignorer, à côté de la valeur accordée à la parole, le poids du silence. On y trouve la recherche du sens mais aussi la prise en compte de la cohérence intérieure. Enfin, interpréter, sans doute, mais sans unilatéralité et en donnant libre cours à l’amplification qui déplie l’interprétation.

François Julien relève aussi lui même quelques points de « résonance » ou de « connivence » entre la pensées chinoise et la psychanalyse : ce qui fait obstacle à l’évolution du psychisme, c’est la fixation à des modes de satisfaction dépassées et pour les chinois, le danger est celui de l’enlisement ou obstruction (zhi) sur la voie (tao).

Un peu plus loin encore on verra la correspondance entre le laisser advenir de la psychanalyse et la nécessaire disponibilité que l’on trouve exposée tant chez Confucius que du côté taoïste chez Zhuangzi. Un dialogue et une confrontation à poursuivre…

Le titre du livre se réfère a un souvenir d’enfance, source d’un cauchemar répétitif pour l’auteur, associé aux héroïnes d’Hitchcock et plus précisément a leur regard.

Pour Serge Tisseron, nos relations aux images reproduisent nos relations à nos mères : l’être humain aurait inventé les images dans un but unique : reproduire les diverses formes de relations initiales qu’il a eues avec sa mère. Elles sont le lieu d’intégration de sensations d’origines diverses mais elles fournissent de plus un appui intérieur en référence à l’adossement à l’adulte par identification mais aussi par la position corporelle dans laquelle beaucoup d’enfants regardent les images.

L’image peut servir d’étayage à l’identité, nous dit Serge Tisseron. Certes, mais à la condition qu’elle soit aussi le lieu d’une différenciation évitant l’écueil d’une projection massive.

Le livre passe en revue d’autres fonctions assumées par l’image comme « pare excitation » , inscription des traces, stimulation, source d’éveil et bien sûr rencontre esthétique.

Poursuivant la défense de l’image entreprise dans ses ouvrages précédents, l’auteur prend le contre-pied des inquiétudes, sans doute excessives, formulées à cet égard à la fin du 20e siècle. Pour éviter de tomber dans un autre excès, nous pensons qu’il reste à garder vis à vis de l’image cette distance qui permet d’y vivre la dimension dialectique de tension des opposés.

Ce livre paru en 1981 retrouve une actualité particulière avec la sortie du film de Roberto Faenza, « L’âme en jeu », qui présente une mise en scène romancée de la vie de Sabina Spielrein, de sa thérapie et de sa liaison avec Jung.

On trouvera dans le livre que nous évoquons aujourd’hui, les sources historiques de l’histoire de Sabina au delà du récit romancé du film : la correspondance de Jung et Freud, une communication de Jung au congrès de psychiatrie de 1907 et le journal de Sabina Spielrein.

On pourra aussi parcourir les correspondances entre Sabina, Freud et Jung, retrouvées dans les caves de l’institut de psychologie de Genève.

On y verra comment les début de la psychanalyse ont permis d’expérimenter et d’élaborer autour du transfert, du contre-transfert et des règles qui structurent aujourd’hui la situation analytique mais qui ne se sont pas imposées, dés l’abord, avec évidence, aux pionniers qui ont défriché le chemin.

Marie Pierrakos est psychanalyste mais elle a été, pendant ses années de formation, sténotypiste des séminaires de Jacques Lacan. Elle en a gardé quelques souvenirs anecdotiques cuisants. Ce n’est pas seulement cela. L’immersion prolongée dans ce bain de culture lacanienne l’a amenée a se questionner sur la façon dont elle y réagissait elle-même, sur la nature du lien établi entre Lacan et son auditoire et aussi sur les effets à plus long terme du lacanisme, de ses modes, de ses tics, de ses failles.

L’auteur n’ignore pas pour autant l’apport des concepts lacaniens au travail clinique, mais elle décrit plus particulièrement la manière dont elle a ressenti les procédés de séduction et d’emprise qui lui apparaissaient au long des séminaires. Elle s’interroge aussi sur l’usage des jeux de mots dans la perspective lacanienne. Pour ce faire, elle nous renvoie à Freud - Le mot d’esprit et sa relation avec l’inconscient -, et aux distinctions qu’il y propose.

Dans la critique qu’elle avance, de la démarche d’analyse lacanienne, Maria Pierrakos, s’appuie sur François Perrier, Charles Melman, Didier Anzieu, Elisabeth Roudinesco.

Elle en vient finalement a poser la confrontation entre Analyse et Éthique et nous touchons là, à ce qu’il y a de moins anecdotique et de plus fondamental dans son essai.

Nina Canault nous convie dans ce petit livre à un tour d’horizon de la psychogénéalogie et du transgénérationnel, c’est à dire des auteurs qui explorent ce qui, dans le psychisme individuel, relève d’une transmission inconsciente ayant son origine dans une ou plusieurs générations précédentes. Elle nous permet ainsi de mesurer ce qui rapproche et ce qui différencie les auteurs qui ont travaillé dans ce champ.

A commencer par Nicolas Abraham et Marie Török qui précisent que les fantômes « ne sont pas les trépassés qui viennent hanter mais les lacunes laissées en nous par les secrets des autres ».

Elle poursuit avec Didier Dumas à propos du livre « L’ange et le fantôme », ouvrage sur lequel nous reviendrons dans une prochaine chronique.

Nathalie Zajde s’est intéressé à une catégorie particulière de fantôme : ceux de la dernière guerre. Elle a étudie la façon dont les horreurs de la persécution nazie se sont transmises aux enfants des déportés.

Anne Ancelin Schützenberger, de son côté, a travaillé autour du syndrome d’anniversaire et mis en œuvre une méthode : le génosociogramme. Nous en avons rendu compte ici.

L’œuvre de Nina Canault est émaillée des illustrations cliniques données par les praticiens qu’elle a interrogé. C’est ainsi qu’elle poursuit avec Willy Barral, psychanalyste formé par Françoise Dolto, et Danièle Flaumenbaum, gynécologue, qui relève le poids du transgénérationnel sur la sexualité féminine.

Le livre de Nina Canault est une introduction et un survol. Elle a atteint son objectif, puisqu’elle donne envie d’aller lire les auteurs qu’elle a rencontrés.

Le titre de cet ouvrage est éloquent puisque Didier Dumas se propose de nous montrer combien il est urgent de redonner au père la place qu’il a perdu dans la seconde moitié du vingtième siècle mais surtout sa vraie place qui permet à l’enfant de sortir du lien infantile à la mère, de grandir psychiquement et d’accéder au langage.

Une curieuse éclipse des pères s’est produite à la faveur des transformations du couple et de la famille. Elle est intervenue avec la complicité des hommes s’il est vrai que « la névrose de l’homme apparaît de façon commune dans son désir d’une vie dans laquelle la loi ne serait pas déterminée par son propre sexe mais par les femmes. » (J. Lacan).

L’auteur nous montre au travers d’illustrations cliniques, comment une conception transgénérationnelle de l’inconscient va éclairer les avatars des fonctions maternelle et paternelle. C’est à dire comment chaque enfant prend en compte la façon dont ses grands parents se sont comportés avec ses parents. En ce sens, il y a reproduction du père antérieur et de la mère antérieure. Pour Didier Dumas, les mères des enfants fous ne se comportent pas comme des épouses de leurs maris mais comme les « Jules » de leur propre mère. En ce sens, il rejoint Lacan qui a défini la psychose comme « la forclusion du nom du père ».

Sabrina Spielerein avait déjà repéré comment, chez les êtres parlants que nous sommes, l’identification au père est la porte d’entrée dans la langage. C’est bien, en effet, grâce au père que l’enfant va passer d’une relation de corps à corps, à une relation qui se médiatise par l’imaginaire et qui sera le modèle primordial de toute relation distancée.

Après Aldo Naouri (les filles et leurs mères, Paris, Odile Jacob, 1998) et Marie Lessana (Entre mère et fille : un ravage, Paris Pauvert, 2000), Caroline Eliacheff et Nathalie Heinich abordent la question des relations mères-filles. Elles le font à partir de leurs outils : la psychanalyse et la sociologie mais sans référence à des cas cliniques.

Le matériau d’investigation et d’illustration de leur propos est la fiction littéraire et cinématographique. Cette fiction renvoie à la fois à l’expérience réelle et au monde imaginaire. C’est dans ces matériaux que les auteurs vont chercher à lire les rapports mères-filles sous tous leurs aspects et à tous les âges, en se limitant aux sociétés occidentales.

Elles nous conduisent ainsi des « plus mères que femmes » aux « plus femmes que mères » en passant par toutes les positions intermédiaires jusqu’à ces mères et filles qui ont trouvé entre elles une complicité heureuse qu’il convient d’interroger.

Une chose est sure et fondamentale : ce qui est essentiel dans la relation mère fille, c’est l’inclusion du tiers ; un tiers qui ne doit pas être exclu comme c’est le cas dans les incestes du premier type ou du deuxième type, dans l’inceste platonique ou dans les situations des « plus femmes que mères ».

Il faut aussi dans ce champs prendre en compte les problématiques de l’identité, de la différenciation dans cette relation qui doit être une relation à trois n’excluant ni le père, ni la fille, ni la mère.

Coll. Du rêve, Paris, Puf, 2001.
C.G.Jung, Psychogenèse des maladies mentales, Paris, Albin Michel, 2001.

Cet ouvrage est pour partie la réunion d’articles précédemment parus et développés pour être réunis autour du thème de la dépression;

Pierre Fedida y énonce une évidence paradoxale qu’il va illustrer : La psychothérapie se donne pour objectif de prendre soin de la souffrance psychique ; son but n’est autre que de parvenir à guérir les humains de ce psychique qui les fait souffrir.

L’auteur aborde après Winnicot, Ferenczi et Searles les dangers de la contagion psychique pour le psychothérapeute mais surtout la question des rapports entre la psychothérapie et la psychanalyse, objet de nombreux débats passés et actuels.

Fedida affirme clairement sa position qui est que l’on ne saurait concevoir qu’une pratique psychothérapique ne soit psychanalytique. C’est cette position qui traverse le livre de bout en bout et que l’auteur soutient à travers les illustrations cliniques qu’il en donne.

Le livre commence par deux histoires, celle de Marilyn Monroe et celle de Hans Christian Andersen. Deux histoire d’enfants maltraités par la vie mais qui ont réagi différemment à cette maltraitance selon qu’il ont ou non trouvé les deux éléments qui permettent d’évoluer : le lien et le sens.

Cyrulnik pose de nombreuses questions autour de situations traumatisantes. Il n’y apporte jamais de réponse simpliste et univoque. Les amateurs de recettes seront déçus. L’auteur ne perd jamais de vue le principe de pluricausalité des phénomènes psychiques, pas plus qu’il n’ignore qu’une même cause peut avoir des effets différents voire opposés selon le terrain, l’histoire et le contexte.

Deux questions centrales gouvernent ce livre :

Celle de savoir quand peut se produire la résilience, c’est à dire la reprise du développement personnel après un traumatisme, la cicatrisation d’une blessure précoce.

Et celle de déterminer quels sont les facteurs qui favorisent la résilience.

Ces questions sont éclairées par des points de vue nuancés. Formateurs, enseignants et psychologues y trouveront matière à réflexion et pourront repérer qu’une intervention discrète mais opportune peut changer le cours d’une vie.

Naomi Feil est la créatrice de la méthode de validation qu’elle a mise au point pour aider les personnes de grand âge atteinte de désorientation, qu’il arrive encore que l’on appelle quelquefois démence sénile. Cette méthode a renouvelé l’approche des personnes très âgées ; elle facilite la communication avec elles et donne du sens au travail de ceux qui s’en occupent.

Pour Madame Feil, hormis Alzheimer, les personnes qui sont désorientées, le sont en raison de conflits non résolus du passé. Cette hypothèse est éclairante pour comprendre les discours et les comportements des personnes âgées et manifester à leur égard, une empathie plus pertinente.

Cette vision peut aussi être une indication pour se préparer au grand âge afin d’y arriver en ayant éclairci les vieux conflits que l’on traînait depuis longtemps. De ce point de vue, entreprendre un travail sur soi est aussi une préparation à mieux vivre le grand âge.

La méthode de validation est fondée sur la conviction qu’il y a une cause et un sens derrière tout comportement : « Comprendre pourquoi les personnes très âgées ont tel comportement et accepter ce comportement est la clé qui permet de les valider ».

Naomi Feil observe que cette attitude permet une évolution des comportements visés et évite de sombrer dans l’état végétatif.

Les personnes qui ont ignoré ou nié certains devoirs essentiels de la vie, ressentiraient avec le grand âge la nécessité d’en terminer avec ce qui était resté en suspens : c’est le travail de Résolution.

Après avoir décrit les techniques de la validation parmi lesquelles la reformulation, l’acceptation et certaines formes d’exploration, Naomi Feil dresse une série de portraits auxquels elle applique sa méthode. Ces vignettes cliniques sont démonstratives et convaincantes.

Le travail de Madame Feil sera une aide précieuse même pour ceux qui ne sont pas convaincus par l’énoncé des stades de Résolution, car il est traversé par un réel humanisme. Il renouvelle considérablement l’abord des personnes entrées dans le grand âge et fournit des clés et des outils pour le travail dans un champs où l’on était jusqu’alors très démuni.

Aude Zeller, psychothérapeute, nous rend compte ici du chemin d’accompagnement qu’elle a accompli avec sa mère Denyse dans les six dernières années de sa vie.

En lisant ce récit, au-delà de ses particularismes anecdotiques et de son contexte socioéconomique particulièrement favorable, nous sommes confrontés à une démarche éclairante sur le chemin intérieur qui peut être parcouru à travers la perte, la régression et la dépendance.

Cet accompagnement a été facilité par une psychothérapie commencée à 81 ans, qui a permis d’initier un travail psychique d’ouverture et d’interrogations spécifiques.

L’auteur décrit quatre étapes dans cette épreuve de la vieillesse : la révolte, la recherche de sens, l’acceptation et la transformation. Elles sont colorées par la dimension spirituelle qui imprègne la vie et la fin de vie de Denyse.

Le regard de l’analyste nous apporte bien des éclairages dont la pertinence apparaîtra à qui se trouve confronté à cette épreuve vécue par des proches.

La psychanalyse nous a appris que la régression à un stade antérieur est une des voies de la guérison psychique. La régression propre au grand âge peut elle être considérée de ce point de vue ? C’est la lecture que nous en propose Aude Zeller et qui ne manque pas de cohérence.

Bernard Lam aborde la psychanalyse par l’humour, la caricature, voire la bouffonnerie.

Il traite tour à tour de ces thèmes que l’on discute autour de l’analyse pour éviter d’y entrer ou pour en sortir prématurément : le premier rendez-vous, le choix de l’analyste, le divan et le fauteuil, le silence, l’argent, le symptôme, le transfert, la durée de l’analyse.

Le trait est quelquefois un peu lourd et la charge excessive mais bien loin des déclarations sentencieuses et des idéologies savantes. ce petit livre peut permettre une prise de distance salutaire.

Anne Ancelin Schützenberger nous introduit ici, par un exposé de style universitaire, riche en références, mais tempéré de témoignages personnels et de vignettes cliniques, à l’histoire de la recherche et à la genèse des concepts qui touchent à la transmission transgénérationnelle inconsciente et involontaire qu’elle distingue de la transmission consciente intergénérationnelle.

Parmi les thérapeutes fondateurs du transgénérationnel, apparaît d’abord Ivan Boszormenyi-Nagy avec le concept de « loyauté familiale » : « ce que nous avons reçu de nos parents, nous le rendons à nos enfants » et l’idée de « parentification » lorsqu’il y a un renversement du rapport naturel « parents-enfants ».

Nicolas Abraham et Marie Török ont quant à eux introduit la notion de « fantôme » : une formation de l’inconscient qui a pour particularité de n’avoir jamais été consciente et de résulter du passage, dont le mode reste à déterminer, de l’inconscient d’un parent à l’inconscient d’un enfant.

Il faut encore citer le « syndrome d’anniversaire » de Joséphine Hilgard.

Anne Ancelin Schützenberger utilise ces modèles dans une démarche intégrative : la psychogénéalogie transgénérationnelle contextuelle. Elle donne plusieurs illustrations éloquentes de cette démarche pour lesquelles elle utilise l’outil du génogramme : arbre généalogique sur lequel sont repérés pour chacun, les faits et les liens importants.

Il reste à savoir comment se fait cette transmission transgénérationnelle inconsciente et involontaire ; mais ceci est une question toujours ouverte…

Ce livre nous présente la confrontation de deux itinéraires personnels mais surtout de deux expériences et de deux approches de la psychée : une certaine façon de penser la psychanalyse et une certaine façon d’agir dans ce qu’il serait plus juste d’appeler « ethnopsychothérapie » plutôt que « ethnopsychiatrie ». L’intérêt de ces confrontations réside dans l’affirmation claire de différences, voire d’oppositions qui ne nie pas les correspondances. On s’interroge, par exemple, sur le rapport entre psychanalyse et initiations mais aussi sur la question de savoir s’il faut passer par la déstructuration de la personnalité pour arriver au renforcement du moi autonome. Au passage, on notera un portrait coloré de Georges Devereux et de sa passion pour les indiens Mohave. On discute aussi du rapport entre l’hystérie et le syndrome de la «femme bretonne arrivée à Paris de fraîche date et travaillant comme servante chez les bourgeois»! Le débat donne l’occasion d’exprimer des points de vue iconoclastes, provoquants, souvent tendancieux mais rafraîchissants et stimulants. Nous adhérons volontiers à l’hypothèse de la psychanalyse comme initiation, en tant qu’elle donne accès à un art de vivre.

Nadia Neri nous entraîne dans une galerie de portraits des femmes qui ont gravité autour de Carl Gustav Jung , certaines très connues : Sabina Spilerein, Emma Rauschenbach Jung, Toni Wolf, Aniela Jaffé, Marie Louise von Franz. D’autres moins souvent citées mais dont les rôles dans la galaxie jungienne méritaient d’être éclairés. Ce faisant, Nadia Neri lève une censure soigneusement entretenue depuis des décennies et peut être induite par Jung lui-même lorsqu’il détruisit toute la correspondance qu’il échangea avec Toni Wolf. La démarche de Nadia Neri contribue aussi a débarrasser l’approche de la naissance de la psychologie analytique des flous et des non dits hagiographiques qui l’encombraient. Nous percevons mieux, à la lecture de cet ouvrage, le rôle joué par ces collaboratrices, la nature des relations qu’entretenait avec elles C. G. Jung et la place particulière que chacune a pu tenir dans l’élaboration de la théorie jungienne. S’en trouvent éclairées les circonstances de certains épisodes de la vie de Jung mais aussi la genèse d’idées dont la perception de l’origine et du cheminement facilite grandement l’intelligence et la mise en perspective.

Elisabeth Roudinesco nous convie dans cet essai à l’exploration des transformations de l’image de la famille depuis le déclin de sa forme patriarcale jusqu’au désir d’intégration de la réalité familiale par les anciennes minorités qui la rejetaient.

C’est à l’intérieur de deux grands ordres du biologique (différence sexuelle) et du symbolique (prohibition de l’inceste et autres interdits) que se sont déployées les évolutions de l’institution familiale et les modifications du regard porté sur elle.

Après la famille traditionnelle qui sert à la transmission du patrimoine, régie par l’autorité patriarcale, et la famille moderne dominée par la logique affective, la division du travail entre époux et le partage de l’autorité, on en arrive à la famille post moderne dont les caractéristiques ne sont pas stabilisées. Elle est traversée par d’autres problématiques : la nouvelle puissance des mères, les familles recomposées mais aussi la parentalité des homosexuels qui ne fait pas l’économie de la nécessité d’une représentation réelle de la différence des sexes.

Comment ne pas adhérer à la conclusion de l’historienne de la psychanalyse : « la famille à venir doit une nouvelle fois être réinventée.

Au-delà des séparations ordinaires de la vie : le livre que l’on termine, les amis que l’on quitte, Michel Gribinski nous entraîne à regarder les séparations qui jalonnent l’expérience analytique. Elles sont pour l’analysant l’occasion de rompre ou laisser se dissoudre les liens qui l’attachent au passé et au dépassé. Pour l’analyste, elles font rupture avec les représentations stéréotypées, les automatismes intellectuels, les interprétations immédiates. J’essaie de voir ce qui se passe en moi quand je travaille écrit l’auteur et pour ce faire il tente de rentrer dans la masse opaque qu’il y a dans une analyse. Si nous tentons de l’y suivre, nous trouverons des lieux où la clarté du propos opère une trouée évocatrice. Il reste -privilège de l’ombre- des champs où l’opacité garde son épaisseur. A nouveau, occasion de séparation.

Serge Tisseron nous fournit dans ce petit livre, une introduction facilement abordable à la question des secrets de famille ; ces secrets qui sont des fardeaux pour beaucoup et qui empoisonnent leur vie. L'auteur nous explique comment détecter la présence du secret et comment distinguer le secret légitime du secret-poison. Chemin faisant, il illustre son propos d'histoires très révélatrices du secret conservé ou du secret refoulé. Enfin ce livre nous permet de repérer comment nous pouvons être amenés à reconnaître les voies qui permettent de sortir du secret et aussi les manières d'éviter de créer des secrets pathogènes.

Pour aller plus loin :

Anne Ancellin Schützenberger, Aïe, mes aïeux!, Ed. La méridienne, Paris, 1993.
Serge Tisseron, Le Psychisme à l'épreuve des générations, Ed. Dunod, Paris.